Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Christianisme
Benoît XVI

Benoît XVI : La Shoah, chapitre « épouvantable de l’histoire ne doit être ni oubliée, ni niée
19/05/2009

Selon certains, le pape a voulu corriger la déception causée par son allocution de Yad Vashem. Ils en veulent pour preuve le fait que le pape a modifié le texte préparé d’avance, de son discours de départ de l’aéroport Ben Gourion. C’est ce qu’affirme le journal catholique "La Croix", qui met en ligne sur son site un clip audio [*] de la dépêche de son correspondant, introduit par ces mots : "Fait très rare, le souverain pontife a rédigé une nouvelle version de son dernier discours, prononcé vendredi à son départ de Tel Aviv. Décryptage avec Jean-Marie Guénois, rédacteur en chef adjoint chargé des religions". Nul doute que les termes de ce "rattrapage" oral, si c’en est un, seront pesés et soupesés, glosés et interprétés, dans un sens et dans un autre, par les chroniqueurs spécialisés. En tout état de cause, cet optimisme doit être relativisé par la lecture d’un autre compte-rendu de ce dernier discours [**]. Je consacrerai bientôt un commentaire ad hoc à cette allocution modifiée, dont le texte officiel vient d’être rendu public [***]. En attendant, je reprends, ci-après, l’intégralité de la dépêche concernant cette ultime allocution du pape en Terre Sainte. (Menahem Macina).

[*] "Benoît XVI est sorti de son registre un peu timide" (15 mai 2009). [**] Voir: "Quittant Israël, le pape prône encore une solution à deux Etats". [***] "Discours de Benoît XVI, lors de son départ de l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv, le 15 mai 2009".


19/05/09

 

Source de la dépêche : Agence de presse catholique Zenit (15 mai 2009)

 


Dernier discours de Benoît XVI à l’aéroport Ben Gourion

 

ROME, vendredi 15 mai 2009 (ZENIT.org) - La Shoah, chapitre « épouvantable » de l’histoire, ne doit être ni oubliée ni niée, a déclaré Benoît XVI ce matin, lors de la cérémonie d’adieu à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv en présence des autorités civiles et religieuses d’Israël.


Brutalement exterminés

Evoquant le premier jour de son arrivée, le pape a confié :

« La cérémonie au palais présidentiel a été suivie par l’un des moments les plus solennels de mon séjour en Israël : ma visite au Mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem, pour honorer les victimes de la Shoah. J’y ai aussi rencontré certains survivants ».

Le pape a dit son émotion profonde :

« Ces rencontres, profondément émouvantes, m’ont rappelé des souvenirs de ma visite, il y a trois ans, au camp de la mort d’Auschwitz, où tant de juifs - des mères, des pères de famille, des maris et des femmes, des fils et des filles, des amis - ont été brutalement exterminés sous un régime sans Dieu, qui a propagé une idéologie d’anti-sémitisme et de haine ».

Le pape en a appelé à la mémoire du monde entier en reprenant une image de saint Paul:

« Ce chapitre épouvantable de l’histoire ne doit jamais être oublié ou nié. Au contraire, ces sombres souvenirs doivent fortifier notre détermination à nous rapprocher les uns des autres comme les branches du même olivier, nourris par les mêmes racines et unis par l’amour fraternel ».


Un écho aux paroles du premier jour

Dès son arrivée à l’aéroport de Tel Aviv, le 11 mai dernier, Benoît XVI avait rappelé la « tragédie » de l’extermination de six millions de juifs sous le IIIe Reich, en disant :

« Tragiquement, le peuple juif a fait l’expérience des terribles conséquences d’idéologies qui nient la dignité fondamentale de toute personne humaine. Il est juste et il convient qu’au cours de mon séjour en Israël, j’aie l’occasion d’honorer la mémoire des six millions de victimes juives de la Shoah, et de prier pour que l’humanité ne soit plus jamais le témoin d’un crime d’une telle ampleur ».

Au seuil de son pèlerinage de paix, le pape avait aussi immédiatement renouvelé sa condamnation de l’antisémitisme :

« Malheureusement... l’antisémitisme continue de relever sa tête répugnante dans de nombreuses régions du monde. C’est absolument inacceptable ».

Il avait tout de suite lancé un appel à combattre l’antisémitisme « où qu’il se trouve », et à « promouvoir le respect et l’estime pour les membres de chaque peuple, tribu, langue et nation » du monde.


Le silence, mais pas sans paroles

Le pape n’avait pas voulu attendre le lendemain et s’était rendu, l’après-midi même, au mémorial de Yad Vashem où il avait voulu laisser le « cri » des victimes résonner dans un silence, respectueux de leur mémoire: « Je suis venu pour rester en silence », avait dit le pape. Pour le pape bavarois, le « cri » des victimes « résonne encore dans nos cœurs », et impose le silence.

Mais à l’aéroport Ben Gourion, Benoît XVI a fait comprendre que ce silence s’inscrivait dans une histoire de paroles claires et répétées - celle de la veille, déjà - contre l’antisémitisme et le négationnisme. Il a cité son voyage à Auschwitz-Birkenau, mais [ses paroles] avaient également été limpides et abondantes à Cologne, en août 2005, et [elles l’ont été] cette année encore.


Avertissement contre l’oubli

Le 29 janvier, dans son édition quotidienne en italien, L’Osservatore Romano (OR) titrait à la une, à propos de l’intervention de Benoît XVI à l’audience générale du 28 janvier et à l’occasion de la « Journée de la Mémoire » :

« La Shoah, avertissement contre l’oubli et la négation ».

Pour sa part, Radio Vatican en italien titrait, ce même mercredi :

« Que personne ne nie la tragédie de la Shoah ».

« Benoît XVI exprime aux juifs pleine et indiscutable solidarité »,

insistait L’OR, en surtitre. Et d’expliquer : La Mémoire de la Shoah doit être, pour tous,

« avertissement contre l’oubli, contre la négation, ou le réductionnisme ».

Le pape avait parlé de « haine raciale et religieuse aveugle » :

« En ces jours où nous rappelons la Shoah...me reviennent en mémoire les images recueillies lors de mes visites répétées à Auschwitz, un des camps dans lesquels s’est consommé l’atroce massacre de millions de juifs, victimes innocentes d’une haine raciale et religieuse aveugle ».


Ni négation ni réduction

Il avait ajouté cette expression de sa solidarité « indiscutable » :

« Tout en renouvelant avec affection l’expression de ma solidarité entière et indiscutable avec nos Frères destinataires de la première Alliance, je souhaite que la mémoire de la Shoah induise l’humanité à réfléchir sur l’imprévisible puissance du mal lorsqu’il conquiert le cœur de l’homme ».

« Que la Shoah soit pour tous… un avertissement contre l’oubli, contre la négation, ou contre le réductionnisme, parce que la violence perpétrée contre un seul être humain est une violence contre tous ».


L’arc-en-ciel

Benoît XVI avait encore insisté :

« Que la Shoah enseigne aux générations anciennes et nouvelles que seul le chemin fatigant de l’écoute et du dialogue, de l’amour et du pardon, conduit les peuples, les cultures et les religions du monde au but tant désiré de la fraternité et de la paix dans la vérité. Que jamais plus la violence n’humilie la dignité de l’homme ! »

A l’aéroport Ben Gourion également, le pape a cité sa visite à Auschwitz. On se souvient de l’arc-en-ciel saisissant sur lequel s’est achevé alors ce pèlerinage, comme un signe de l’alliance inscrite désormais dans le ciel et sur la terre.

 

Anita S. Bourdin

 

© Zenit

 

Mis en ligne le 19 mai 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org