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Christianisme
Benoît XVI

La nouvelle politique du Vatican, Shmuel Trigano
20/05/2009

Article amer, sans aucun doute, mais pas injuste comme auront tendance à le juger les défenseurs inconditionnels de la politique du Vatican. Malgré les apparences, Trigano ne confond pas le religieux et le politique. Il estime – et il n’est pas le seul à ressentir les choses de cette manière – que le pape, au cours de son pèlerinage en Terre Sainte, a fait preuve d’une "discrimination positive" si excessive en faveur des Palestiniens, qu’elle apparaît, au pire, comme un favoritisme exorbitant, et au minimum, comme un misérabilisme mal éclairé. En affirmant que Benoît XVI est « l’un des papes qui a le moins de sympathie pour le peuple juif », et qu’il « a épousé la cause palestinienne dans sa radicalité la plus grande », il ne fait aucun doute que l’intellectuel juif va choquer de nombreux chrétiens. Pourtant, si rude qu’en soit l’expression, il leur faut entendre l’exigence de justice pour Israël, que véhicule ce constat sévère. (Menahem Macina).

18/05/09


Source : Blog de l’auteur, 17 mai.


Un leurre est un artifice qui attire l’attention de quelqu’un pour lui cacher l’événement essentiel qui se déroule au même moment sur une autre scène. C’est ce qui s’est passé avec la visite du pape en Israël ; et, en l’occurrence, ce sont les observateurs qui se sont leurrés eux-mêmes. A nouveau, c’est la mémoire de la Shoah qui a servi d’écran. Tout le monde attendait le pape sur ce qu’il ferait et dirait à ce propos, suite à l’affaire de la levée d’excommunication d’un évêque intégriste négationniste (l’affaire Williamson), tandis que l’essentiel se produisait sur une autre scène : celle des Palestiniens.

A travers tous ses discours aux Palestiniens, si pleins de l’emphase et de l’empathie qu’il n’a pas su trouver pour les Juifs, Benoît XVI nous apparaît comme l’un des papes qui a le moins de sympathie pour le peuple juif. [Ses propos] laissent entendre l’adoption d’un tournant drastique dans la politique du Vatican envers les Juifs et démontrent que le pape a épousé la position palestinienne, dans sa radicalité la plus grande.


Aux uns, la victimologie, aux autres, le politique

Le jeu classique du « devoir de mémoire » a été rejoué (1) : aux Juifs, la reconnaissance du martyre de la Shoah, aux Palestiniens, la reconnaissance politique, voire théologico-politique. Une formule forte restera: la Terre sainte définie comme la « terre des ancêtres » du peuple palestinien, abondamment évoqué, lui.

« Monsieur le Président, le Saint-Siège soutient le droit de votre peuple à une patrie palestinienne souveraine sur la terre de ses ancêtres, sûre et en paix avec ses voisins, à l’intérieur de frontières reconnues au niveau international. »

Quand cette expression est proférée par l’évêque de Rome, qui doit connaître tout de même son Nouveau Testament et l’histoire des Juifs dans ces mêmes lieux, elle pèse d’un poids considérable. Tout un univers psychologique s’y profile : un État d’Israël défini par la Shoah et donc refuge humanitaire pour rescapés européens du nazisme face à un peuple réel, autochtone, héritier de l’Ancien Israël, « ancêtres » obligent ! Ce qui est en partie faux car une part importante de la population palestinienne descend de vagues migratoires venant du monde arabe de la fin du XIX° siècle au début du XX°...


Le peuple élu de Palestine

Cette interprétation est confirmée par une autre formule ahurissante, qu’a justement relevée Menahem Macina dans la Newsletter de l’U.P.J.F. (2), prononcée à l’occasion du départ du pape des Territoires palestiniens :

« Mon souhait sincère pour vous, peuple de Palestine, est que cela arrivera bientôt, pour vous permettre de jouir de la paix, de la liberté et de la stabilité dont vous avez été privés depuis si longtemps. Avec angoisse, j’ai été le témoin de la situation des réfugiés qui, comme la Sainte Famille, ont été obligés de fuir de leurs maisons. » Or, la "Sainte Famille" fuit Bethléem pour échapper au massacre des enfants que le Roi d’Israël Hérode s’apprête à perpétrer pour éliminer Jésus (Évangile selon Matthieu 2, 13).

Cette comparaison appelle inéluctablement, dans l’oreille chrétienne et sans doute dans la compréhension papale, une identification des Palestiniens à la famille de Jésus, le "véritable Israël" persécuté par l’Israël déchu, "l’Israël selon la chair", en l’occurrence, les Israéliens contemporains qui, de surcroît, se voient implicitement accusés de fomenter le massacre des enfants ! On sait que l’accusation de crime rituel est le mythe central du Nouvel antisémitisme, adroitement exploité par l’Autorité Palestinienne et le Hamas. L’Église vient de la consacrer de façon subliminale.

Benoît XVI n’a pas manqué de bénédictions enthousiastes du peuple palestinien.

Dans son discours de départ des territoires palestiniens :

« Puisse-t-Il bénir par la paix le peuple palestinien ! ».

Au camp de réfugiés d’Aïda :

« Puisse Dieu bénir son peuple avec la paix ! ».

Dans son homélie sur la place de la Mangeoire :

« Vous-mêmes, peuple choisi de Dieu à Bethléem ».

Dans son discours devant Mahmoud Abbas :

« J’invoque sur tout le peuple palestinien les bénédictions et la protection de votre Père céleste » (3).

Je ne vois pas beaucoup de bénédictions de ce type sur le peuple d’Israël avec lequel l’Église a tout de même, à ce qu’elle prétend, d’autres liens!


La justification de la guerre ?

Comment quasiment tous les observateurs ont-ils pu voir dans les discours du pape des paroles de paix ? J’y entends tout au contraire des encouragements à la violence.


Le droit au retour

Faire l’apologie du droit au retour des réfugiés, que réclame l’Autorité Palestinienne, est-ce autre chose que vouer à la disparition en douceur de l’État d’Israël et, bien sûr, de l’État juif ? Le pape a exprimé sa

« solidarité à l’ensemble des Palestiniens qui n’ont pas de maison et attendent de pouvoir retourner sur leur terre natale, ou d’habiter de façon durable dans une patrie qui soit à eux. »

C’est la meilleure façon de ruiner la paix et de confirmer les Palestiniens dans leur projet d’éradication de l’État juif, qu’ils disent très officiellement aujourd’hui ne jamais vouloir reconnaître. Tous les Israéliens, de la gauche à la droite, sont opposés à cette revendication, qui noierait les Israéliens sous le flot des Palestiniens. Dans cette remarque du pape, il y a une autre façon de méconnaître la réalité du peuple juif, celui qui est originaire des pays arabo-islamiques et dont provient la majeure partie de la population d’Israël. L’existence juive a été quasi totalement éradiquée en terres d’islam depuis les années 70 du XX° siècle. 900 000 Juifs se sont vus expulsés par la violence, ou exclus et poussés au départ. Ils ont alors trouvé, pour 600 000 d’entre eux, en Israël une terre où s’installer. La scène que l’Autorité palestinienne a mise en place pour l’accueil du pape, dans laquelle un ballet de jeunes enfants agitaient des clefs noires symbolisant les maisons abandonnées, écrit une version unidimensionnelle de l’histoire ; car il y a autant de Juifs que de Palestiniens, qui ont été chassés et spoliés de leur maisons, dont ils possèdent, eux aussi, les clefs. Il y a eu un échange de populations et Israël est quitte !


Détruire le mur

Comment entendre des « paroles de paix » dans la condamnation du "mur", à l’occasion de la savante mise en scène de la réception du pape devant la "barrière de sécurité" qui n’est pas un mur sur sa plus grande longueur ? Reçu dans la cour d’une école, à 10 mètres de là, le pape a déploré que

« au-dessus de nous, qui sommes rassemblés ici cet après-midi, s’érige le mur, rappel incontournable de l’impasse où les relations entre Israéliens et Palestiniens semblent avoir abouti. Dans un monde où les frontières sont de plus en plus ouvertes, pour le commerce, les voyages, le déplacement des personnes, les échanges culturels, il est tragique de voir que des murs continuent à être construits ».

C’est très démagogique de tenir un tel langage face à un monde arabe où les non-musulmans sont en voie de disparition, du fait de l’intolérance, face à une Palestine dont tous les documents officiels déclarent qu’il ne doit y avoir aucun Juif qui y réside. Au moment de prendre congé du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, le pape devient combatif : «

 J’ai vu le mur qui fait intrusion dans vos territoires, séparant des voisins et divisant des familles. Bien que les murs puissent être facilement construits, nous savons qu’ils ne subsistent pas toujours. Ils peuvent être abattus. »

Le pape a-t-il oublié qu’avant cette barrière, le terrorisme palestinien faisait des ravages dans les villes israéliennes ? Préconiserait-il aux Juifs le martyre passif sous la main des terroristes ? Comment peut-il évoquer la globalisation et la fin des frontières dans un milieu où l’État d’Israël est sans cesse sous la menace de la destruction totale ? En évoquant la possibilité d’abattre « les murs », ne justifie-t-il pas la violence ? Comment peut-il définir le fait de ne pas commettre d’actes terroristes comme un courage, si ce n’est pour assumer implicitement sa compréhension d’une telle « tentation » ?

« Ayez le courage de résister à toutes les tentations que vous pourriez ressentir de vous livrer à des actes de violence ou de terrorisme. Au contraire, permettez que ce que vous avez vécu renouvelle votre détermination à construire la paix » ? 

Qu’est-ce qui a été vécu ? La politique des attentats de l’Autorité Palestinienne au lendemain d’Oslo ?


Le “blocus” de Gaza

Quant à la condamnation du blocus de Gaza, la même mémoire sélective y est à l’oeuvre.

« Soyez assurés de ma solidarité dans l’immense tâche de reconstruction à laquelle vous devez faire face, et de mes prières pour que l’embargo soit bientôt levé ».

Pas un mot sur le Hamas (solidaire avec lui ?), ni sur ses responsabilités (8 000 missiles lancés durant des années sur Israël), ni sur le fait que Gaza a deux frontières, avec l’Égypte notamment, à qui il ne tient que d’ouvrir la sienne...


Le droit à une patrie souveraine sur la terre des ancêtres

On ne peut pas mieux méconnaître la généalogie du conflit qu’en soutenant la version de l’histoire qui nourrit la déclaration faite devant Mahmoud Abbas:

« Le Saint Siège soutient le droit de votre peuple à une patrie palestinienne souveraine sur la terre de ses ancêtres, sûre et en paix avec ses voisins, à l’intérieur de frontières reconnues au niveau international ».

Or, ce sont les Palestiniens qui ont refusé, depuis le début du XX° siècle, toute solution de compromis et de partage, toute souveraineté dans le cadre d’une solution à deux États, le dernier refus en date étant celui d’Arafat à la proposition de Barak. Qui n’a pas de frontières reconnues si ce n’est Israël, dont les frontières ont toujours été des frontières d’armistice, consécutives aux guerres déclenchées par les États arabes ? Aujourd’hui, même l’Autorité Palestinienne, pour ne pas mentionner le Hamas, récuse le principe d’un État juif. Elle a en effet l’ambition ultime de submerger l’État juif en demandant le retour des "réfugiés". Comment parler d’État souverain sur la terre des ancêtres ? Le pape ignore-t-il que, pour l’Autorité palestinienne comme pour le Hamas, la Palestine comprend également le territoire israélien ? Par ailleurs, sur le territoire mandataire de la Palestine, un État arabe a déjà été créé, peuplé en grande majorité par des Palestiniens : la Jordanie.


Les réfugiés

Que signifiait aussi la visite papale dans un "camp" de réfugiés, sinon accréditer le récit arabe ? Les "réfugiés" palestiniens sont les seuls, sur des dizaines de millions de réfugiés d’après la Deuxième Guerre mondiale (Grèce-Turquie, Pakistan-Inde, et Afrique, Europe, Asie), qui soient restés des "réfugiés" et pour lesquels une institution spéciale de l’ONU ait été créée, l’UNRWA, distincte du Haut commissariat aux réfugiés. Ils sont les seuls "réfugiés" au monde que les pays hôtes, pourtant "frères", n’ont jamais voulu intégrer, les seuls réfugiés dont la condition s’hérite de père en fils. Comment accréditer la version de leur malheur alors que des sommes fabuleuses sont déversées par les nations du monde, et notamment par l’Europe, sur la Palestine, pour aider à l’amélioration de leur sort, des sommes qui finissent dans les poches de la bureaucratie mafieuse de l’OLP ?


La démission politique

Le plus étonnant, dans ce florilège de discours, est le silence respectueux gardé par le pape sur la situation des chrétiens en territoires palestiniens, et plus largement dans le monde musulman. L’appel qu’il leur a lancé à ne pas émigrer et l’exhortation à « être des bâtisseurs de ponts » n’est ni crédible ni réaliste. S’il a pu penser qu’en faisant un discours pro-palestinien il s’attirerait les bonnes grâces du monde arabe au profit des Arabes chrétiens, il s’est lourdement trompé, car les soutiens des chrétiens sont clairement du côté d’Israël... La comparaison des flux de population parle d’elle-même. En 1990, les chrétiens représentaient 60% de la population de Bethlehem, aujourd’hui, ils ne sont plus que 20%, et ce chiffre ne cesse de baisser du fait de l’oppression dont ils sont victimes dans les territoires de l’Autorité palestinienne, pour ne rien dire de Gaza. Les chrétiens des territoires palestiniens sont sur le point de disparaître, leur proportion est passée de 15% de la population, en 1950, à moins de 1% actuellement. A l’inverse, en Israël, leur nombre augmente, passant de 34.000 en 1948 à plus de 140.000 actuellement. Que penser de ce silence, sinon qu’il était une solution de facilité et de basse politique pour se refaire une réputation en monde musulman aux dépens d’Israël, après sa "sortie" de Ratisbonne. Spiritualité ? Message de paix ?


Les leçons de la visite


La vraie finalité du “devoir de mémoire”


Nous avons, dans cet épisode, un condensé d’enseignements significatifs. Il confirme le modèle que j’ai construit pour comprendre le fonctionnement idéologique du "devoir de mémoire". La Shoah est devenue le contrepoids à la reconnaissance de la condition juive dans le politique et l’histoire, c’est-à-dire la reconnaissance des Juifs comme peuple, ce qui est en jeu avec Israël et le sionisme. La reconnaissance des victimes de la Shoah dans les Juifs (un peuple mort) justifie la condamnation ou la relégation ou la méconnaissance des Juifs comme sujet souverain de l’histoire (peuple vivant).

Sur ce plan-là du politique, les bénéficiaires de la mémoire de la Shoah sont les Palestiniens, reconnus, eux dans les attributs d’un véritable peuple, avec tous les droits qui s’ensuivent, et les devoirs pour Israël, rétrogradé au rang de refuge humanitaire pour Juifs persécutés, le contraire d’une vraie nation. Cette condition assigne les Juifs à un rôle sacrificiel, victimaire. Aussi devraient-ils, si l’on en croit le pape, supporter, avec abnégation et sans réagir, les actes terroristes.

La deuxième conséquence de ce syndrome malsain constitue le peuple palestinien en peuple messianique, en fait le véritable Israël, un vecteur planétaire de l’histoire humaine. On assiste alors à l’enchantement quasi religieux du nationalisme palestinien, un des plus rétrogrades de notre temps, tandis que le sionisme est affublé de tous les ismes de la répulsion.

 

La méthode palestinienne

Il faut aussi dans cet épisode constater l’habilité palestinienne à mettre en scène la passion christique de leur peuple. Le décor de la réception du pape est théâtralement choisi: devant la barrière de sécurité, avec le lâcher de ballons noirs, un pour chaque année de l’existence d’Israël, le ballet de jeunes enfants (évidemment, les "enfants"!) avec des clefs noires, et, pour finir le "message de paix" de Mahmoud Abbas, lancé aux Israéliens devant les caméras mondiales, comme pour faire contraste avec la noirceur israélienne. Il aurait fallu que le pape se déplace quelques mètres plus loin et consulte les manuels scolaires de l’Autorité Palestinienne, allume la télévision palestinienne et lise la presse palestinienne pour savoir quel message d’hostilité contre les Juifs (c’est ainsi que sont appelés les Israéliens dans le langage courant) est constamment diffusé dans cette société. L’esclandre fait par le cheikh Tamimi, chef des tribunaux islamiques de l’Autorité palestinienne - ce qui n’est pas rien - lors du "dialogue interreligieux" organisé par le pape, est très significatif de l’état de l’opinion palestinienne. Ce partage entre un leader qui joue le rôle de la modération et l’autre qui incarne la guerre est un trait politique commun à tout le monde islamique (Khamenei-Ahmadinejad en Iran). Le partage Hamas-Autorité Palestinienne s’inscrit dans un même jeu politique. L’un parle à l’Occident, l’autre à l’opinion arabo-islamique.


Le discours médiatique

Le scénario retenu par le récit médiatique était déjà prédéterminé par le rééquilibrage qu’avait permis l’affaire Williamson. Les médias avaient alors durement stigmatisé le pape, alors qu’eux-mêmes sortaient d’une violente diatribe de plusieurs semaines contre Israël, du fait de la guerre de Gaza. La condamnation du pape équilibrait, sur le plan moral (devoir de mémoire oblige!), cette critique ressentie, au fond, comme abusive. En condamnant le pape, les médias démontraient qu’ils condamnaient le négationnisme et l’antisémitisme. C’est donc sur ce plan-là que le pape était attendu en Israël. Toutes les caméras et les micros furent braqués sur Yad Vashem, et le rapport du "pape allemand" à la Shoah. Le tournant radical pris par le Vatican à Bethlehem fut à peine remarqué. Sans doute aussi parce que ce qui y fut dit correspond à l’opinion commune de la sphère médiatique, si commune qu’on ne la remarque plus. Et l’on ne peut ignorer que peut-être aussi le pape a voulu se "racheter" auprès des médias (en même temps que de l’opinion musulmane) en adoptant le narratif médiatique sacro-saint de la cause palestinienne.


L’hémiplégie du leadership juif

De quoi se plaint-on devant un tel paysage ? Le leadership juif y a sa part. Voici une quinzaine d’années, il a fait un choix stratégique catastrophique, qui mène aujourd’hui les Juifs au bord de l’abîme, en donnant à accroire aux nations du monde que l’intérêt suprême des Juifs était la reconnaissance de la mémoire de la Shoah. Depuis tant d’années, des politiques entières, des budgets considérables, des littératures immenses ont été consacrés à cette cause, aux dépens des intérêts vitaux des Juifs, avant tout, l’État d’Israël comme entité souveraine, historique et politique, la survie des communautés juives, non pas comme des conservatoires de la mémoire, mais en tant que collectivités vivantes, créatives, défendant leurs intérêts, défendant et illustrant la culture du judaïsme. Tous ces postes ont été abandonnés. Et l’on peut aller jusqu’à dire que la désaffection des Juifs, et notamment des jeunes, pour la vie juive en est la conséquence la plus dramatique. Quelle espérance, quelle jouissance d’être ce judaïsme-là a-t-il à proposer aux jeunes générations ? Quelle grande œuvre ?

La visite du pape nous le donne à voir à nouveau dans un mouchoir de poche. Je ne comprends pas la satisfaction que des représentants du judaïsme affichent officiellement (4). Ils ne parlent que de la visite à Yad Vashem et pas de la visite à Bethlehem. Ils ne témoignent de souci que pour la mémoire. Leur oreille est-elle sourde au discours palestinien du pape, ou finalement sont-ils d’accord avec ce partage entre le martyre pour les uns et la souveraineté pour les autres ? Je sais que c’est le gage idéologique qu’il leur faut aujourd’hui donner, pour accéder à la tribune médiatique, sous peine d’être taxés de tous les ismes possibles. Mais il faut avoir un peu plus confiance en la parole prophétique d’Israël ! S’ils ne font pas entendre que le dialogue judéo-chrétien ne peut se faire sur la base de la méconnaissance de la condition de peuple des Juifs - la cible du nouvel antisémitisme, et donc la chose la plus chère - on ne voit pas pourquoi l’Église le prendrait en compte. La même chose vaut pour le dialogue judéo-musulman avec le contentieux historique du judaïsme sépharade. Le leadership juif a-t-il déjà renoncé à Israël pour conserver son influence ? Il court le risque de ne plus représenter que lui-même.

 

© Shmuel Trigano



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Notes


1. Cf. mes posts précédents, dont "Un scandale qui tombe à pic", et, plus généralement, Les frontières d’Auschwitz, les dérapages du devoir de mémoire, Livre de Poche Hachette, 2005.

2. "Pèlerinage du pape en Terre Sainte : ombres et lumières", dans la Newsletter d’upjf.org (9-15 mai 2009).

3 - Selon les remarques judicieuses rapportées par Nicolas Baguelin sur son blog (cité par Menahem Macina).

4 - Le Figaro, vendredi 15 mai 2009.


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Mis en ligne le 18 mai 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org