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Un général américain met sur pied une armée palestinienne, par Robert Dreyfuss
17/05/2009

« Les commentaires [*] qui suivent la version originale valent la peine d’être lus - question de prendre la température des lecteurs. La traduction française est prise en charge par un certain Charbonnier, toujours prêt, comme les scouts, à taper sur les Juifs! » (Roseline).

[*] Sur le Blog de R. Dreyfuss


16/05/09


The Nation.com

Original anglais : "US General Builds A Palestinian Army", 10 mai 2009.   


Traduction française : Marcel Charbonnier pour le site Mondialisation.ca, 15 mai.

 

Mercredi dernier, lors de ce qui a été considéré comme son premier discours destiné au public, le Lieutenant Général Keith Dayton, coordonnateur ès sécurité pour Israël et l’Autorité palestinienne, s’est adressé au Symposium Soref 2009, organisé par le Washington Institute for Near East Policy (WINEP). Le Winep, bien entendu, est la principale boîte à idées (think tank) du lobby israélien situé à Washington.

Dans son discours, le général Dayton a formulé une importante mise en garde.

Voyons, tout d’abord, le contexte. Depuis trois ans et demi, Dayton habite et travaille à Jérusalem et dans toute la Cisjordanie, où il supervise la création de trois bataillons palestiniens recrutés en Cisjordanie, puis formés dans une école militaire en Jordanie, après quoi ils sont déployés dans ce territoire occupé (par Israël, ndt).

Ces trois bataillons (de cinq cents hommes chacun) sont appelés à se multiplier : on parle de dix bataillons analogues. Ils ont pour mission, dit Dayton, « de créer un Etat palestinien ». Conscient que beaucoup des membres de son public, au Winep, n’étaient pas particulièrement entichés de l’idée d’une Palestine indépendante, Dayton usa de précaution oratoire : « Si vous ne trouvez pas l’idée d’un Etat palestinien sexy, alors vous n’allez pas aimer ce qui va suivre… »

A en juger [par le] tableau détaillé décrit par Dayton, il est clair que les forces armées palestiniennes qu’il est en train d’instituer risquent fort de se voir accuser de faire le boulot de gendarme, en Cisjordanie, au profit des Israéliens. Après tout, la Cisjordanie est occupée par Israël, et vérolée de colonies illégales, de surcroît – sans oublier qu’elle est cernée par une muraille [1] qui en fait le tour, que ses routes sont coupées par plus de six-cents check-points [points de contrôle] au cœur de son territoire, celui-ci étant sillonné par un réseau d’autoroutes réservées exclusivement aux juifs [2]: les troupes palestiniennes sont donc à la merci totale des Israéliens. Chaque nouvelle recrue palestinienne est interrogée par les forces de sécurité américaines (comprendre : la CIA), puis par le Shin Bet, le service du renseignement intérieur israélien, puis, à nouveau, par les services de renseignement hyper efficients de la Jordanie, avant de pouvoir entamer sa formation militaire en Jordanie. Dayton a été très clair : les unités palestiniennes entraînées jusqu’ici sont prioritairement déployées contre deux cibles en Cisjordanie : les gangs criminels et le Hamas.

Jusqu’ici, cette armée palestinienne a bénéficié d’un financement américain d’un montant de 161 millions de dollars.

Dayton a décrit la manière dont, durant l’opération armée israélienne contre Gaza, en décembre et en janvier derniers, la Jordanie est restée calme – même si certains analystes prévoyaient une explosion de sympathie pour le Hamas, qui contrôle Gaza, accompagnée de violence, voire même [sic] une troisième Intifada. « Aucune de ces prédictions ne s’est réalisée », a dit le général, qui a ajouté que les bataillons palestiniens ont autorisé des manifestations pacifiques de solidarité avec le Hamas, mais en maintenant le couvercle sur d’éventuelles actions violentes. « Israël », a-t-il dit, « a gardé profil bas », et aucun Palestinien n’a été tué en Cisjordanie durant le carnage [3], trois semaines durant, à Gaza.

Dayton a indiqué que le plus gros du boulot qu’il a accompli a concerné la Cisjordanie, après la prise de contrôle de Gaza par le Hamas, en juin 2007. « Ce que nous avons créé, ce sont des ‘hommes nouveaux’ », a-t-il ajouté sobrement.

Venons-en à l’avertissement. Reconnaissant qu’en organisant et en entraînant des milliers de soldats palestiniens, encadrés par de vrais professionnels, il est en train de créer, de fait, une armée nationaliste, Dayton a averti ses quelque cinq cents auditeurs du Winep que ces troupes ne pourront être contrôlées que pendant un certain temps. « Avec les grands espoirs viennent les gros risques », a-t-il dit. « Il y a tout au plus une période de deux ans, où on peut vous amuser en vous disant que vous êtes en train de créer un Etat, si ça n’est pas réellement le cas ».

A mes oreilles, tout au moins, ce subtil avertissement veut dire que, si un progrès concret n’était pas réalisé dans la voie de la création d’un Etat palestinien, les troupes palestiniennes que Dayton est en train de mettre sur pied pourraient elles-mêmes entrer en rébellion.

Dayton répondait à une question de Paul Wolfowitz, l’ex-vice secrétaire à la Défense néoconservateur, qui est devenu un pilier de l’American Enterprise Institute, une institution sous emprise néoconne [sic] [4]. Celui-ci lui avait demandé : « Quelle proportion des Palestiniens voit en vos hommes des collaborateurs ? » Répondant à Wolfo, le général a reconnu que le Hamas et ses sympathisants accusent les bataillons palestiniens d’être des « supplétifs de l’occupation israélienne ». Mais il a souligné que chacun de ses hommes est persuadé de lutter pour une Palestine indépendante. Le message subliminal : les Etats-Unis et Israël ont intérêt à tenir leurs promesses. D’où le compte à rebours de deux ans… Ce qui, à mes yeux, colle pile-poil [sic] avec le calendrier de l’administration Obama.

Ah, et puis, aussi, ceci : le Général Dayton rempile, en Cisjordanie. Vous avez deviné pour combien de temps ?


Yep ! [élémentaire, mon cher Watson] : deux ans !

 

Robert Dreyfuss

 


© The Nation.com

 

 

Notes d’upjf.org

 

[1] Le terme original anglais est plus sobre – "wall", mur – quoique aussi erroné. En effet, ce "mur" – constitué, en fait, des blocs de béton superposés sur une hauteur de 8 m -, ne dépasse guère les 20 kilomètres, sur plus de 800 que compte ce qu’il faut bien nommer, conformément à son appellation originelle, "barrière de sécurité", laquelle est majoritairement un grillage et non un mur.

[2] L’auteur se garde bien de préciser que c’est en raison des tirs palestiniens incessants contre des véhicules civils israéliens, et des morts et des blessés par dizaines qu’ils ont causés, qu’a été construit ce « réseau d’autoroutes réservées exclusivement aux juifs ».

[3] Le "traducteur", rend par "carnage" le terme anglais "assault", justifiant ainsi l’adage italien, "traduttore – traditore". En effet, carnage se dit "slaughter", ou "carnage", en anglais, et non "assault".

[4] Je n’insisterai pas sur la vulgarité de l’épithète "néoconne", formée sur l’abréviation anglaise "neocon" qui, elle, n’a pas le sens grossier que celui permis par le sordide jeu de mots français. L’expression "néo-conservatrice" existe : elle eût été plus conforme au génie de la langue française, et surtout, plus honnête.

 

[Texte aimablement signalé par Roseline.]

 

Mis en ligne le 16 mai 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org