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Réforme, quand tu nous tiens, Michel Ségal
16/05/2009

Toujours aussi lucide, précis et rigoureux, M. Ségal, fidèle à lui-même [*], est de plus en plus la voix qui crie dans le désert. M’est avis que l’histoire lui rendra justice, a posteriori, comme ce fut le cas des pionniers et/ou des prophètes. Son livre, paru l’an dernier [**], est incontournable. (Menahem Macina).

[*] Voir ses articles antérieurs repris sur notre site : "Quand les adultes ont peur des enfants" (22.1.07) ; "Le lycée de tous les dangers" (24.12.08). [**] Voir : "A lire, de Michel Segal: « Autopsie de l’école républicaine »" ; "bonnes feuilles" ; "Retour sur le livre incontournable de M. Segal: « Autopsie de l’école républicaine »".

  Cliché ajouté par upjf.org

Dès septembre 2008, le ministère de l’Education nationale avait préparé l’arrivée de sa réforme du lycée en changeant les programmes de mathématiques de la classe de troisième. Mais, avec l’abandon de la réforme, le « nouveau » programme de seconde devenait inapplicable. Le problème est que l’ancien ne l’est pas davantage, puisque devenu incohérent après les changements faits en troisième. L’inspection générale de mathématiques a donc rédigé, dans l’urgence, un programme « transitoire » pour la seconde de 2009/2010, en attendant de connaître celui de la réforme préparée par Richard Descoings. Ce programme provisoire n’a évidemment aucune visibilité, puisque personne, même au ministère, ne sait encore à quoi ressemblera le programme de première de 2010/2011, ni, a fortiori, le baccalauréat de 2012. L’exercice devient périlleux.

Pour son projet de programme provisoire, l’inspection générale, pressée par le temps, reprend des éléments de la réforme abandonnée en janvier dernier, comme la répartition en semestre 1 et 2 d’un enseignement commun, ou des modules à la carte. En toute hâte, toujours, une consultation est lancée auprès des enseignants (1), et devrait, comme d’habitude, aboutir à tout et son contraire, dans un magma inexploitable de milliers de commentaires. A supposer qu’ils soient lus, l’inspection générale pourra, dans le meilleur des cas, y relever le démarquage de nouvelles incohérences débusquées par des collègues consciencieux.

Sans juger du contenu de la réforme abandonnée, ou du programme provisoire en cours de rédaction (2), il est légitime de s’interroger sur les raisons qui ont mis le MEN dans une situation objectivement aussi lamentable. Certains accuseront l’obstination d’une mauvaise réforme proposée fin 2008, d’autres, au contraire, son abandon trop facile début 2009. Mais il serait plus judicieux encore de se demander pourquoi cette réforme a été lancée. Il est à craindre que la réponse tienne en son seul titre : REFORME. Moderniser, réformer, bouger, innover, changer, tels sont les nouveaux maîtres mots de l’action politique, dont la seule application constituerait une garantie de progressisme, donc d’avancée significative sur le chemin du bonheur. Honte et infamie sur ceux qui ne s’en réclameraient pas. Les rangs de la majorité, comme ceux de leurs adversaires en d’autres temps, jouent sur du velours en s’adressant ainsi à ceux de l’opposition : "Mais quoi! Vous êtes contre la réforme ? Contre le changement ? Allez, avoue que tu es conservateur, Satan! ". 

Persuadé qu’il s’agissait là du coeur de son travail, Xavier Darcos s’est empressé de vouloir réformer le lycée sans trop savoir pourquoi ; et c’est, naturellement, « ouvert à toute proposition », qu’il a élaboré son projet en associant syndicats d’enseignants et coordinations lycéennes (3). Il ne s’y serait pas pris autrement pour faire savoir publiquement que, n’ayant ni projet politique, ni conviction, il était, au fond, prêt à n’importe quoi, tant qu’étaient respectés ses seuls objectifs : réformer, supprimer des postes et satisfaire le plus grand nombre. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter ses arguments lorsqu’on lui fait remarquer qu’il a en face de lui des opposants déterminés. Il se contente de les énoncer :

  • il y a nécessité de réformer ;
  • il y a eu respect de la concertation ;
  • et il est impératif de supprimer des postes.

C’est un peu court. D’une réforme quelle qu’elle soit, on serait en droit d’espérer qu’elle résulte d’une conviction ou d’un choix politique raisonné. Quant à celui qui la propose ou la met en oeuvre, on aimerait qu’il convainque ou qu’il prouve, peut-être même qu’il y croie.

Mais là, ce n’est plus un espoir, c’est un rêve.

 

© Michel Segal *

 

* Professeur de mathématiques. Auteur de « Autopsie de l’école républicaine », éd. Autres Temps, février 2008.

 

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(1) Réponses attendues mi-mai dans les rectorats.

(2) Signalons tout de même qu’une partie importante du programme de troisième a tout simplement été supprimée, pour être inscrite dans celui de seconde.

(3) Il n’existe pas de syndicats lycéens, mais des représentations lycéennes qui posent justement un sérieux problème de représentation, sachant que FIDL et UNL comptent, à elles deux, moins de 1% des lycéens.


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Mis en ligne le 15 mai 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org