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Politique moyen-orientale

Chant des sirènes arabes: Plus de solution à deux Etats, place à la "solution à 57 Etats", M. Macina
15/05/2009

L’expression - décoiffante - est du Roi Abdullah de Jordanie. Voici un acteur arabe non négligeable de la solution du conflit palestino-israélien, qui admet, sans état d’âme, que "les pays qui reconnaissent la Corée du Nord sont plus nombreux que ceux qui reconnaissent Israël". Et quelle conséquence en tire-t-il? - Que le monde va mal? Qu’il a perdu tout honneur et tout sens moral? - Non. Il estime, au contraire, qu’Israël doit comprendre ce qui l’attend s’il "s’obstine" à refuser les initiatives arabes et à défendre son existence nationale sur des terres "conquises de force" aux dépens des populations palestiniennes. Et le souverain hachémite de faire miroiter aux Israéliens la perspective mirifique qu’ouvre la proposition arabe. Selon lui, elle implique qu’"un tiers des nations du monde leur ouvrent les bras". Avant de se laisser aller à cette étreinte contre nature, Israël et les juifs du monde entier doivent se souvenir du célèbre vers de Racine : "J’embrasse mon rival, mais c’est pour l’étouffer" (*).

(*) Jean Racine, Britannicus (1669), IV, 3, Néron.


14/05/09

 

Interviewé tout récemment par le Times de Londres, le Roi Abdullah de Jordanie a tenu, entre autres, les propos suivants (1) :

« Ce dont il est question, ce n’est pas d’Israéliens et de Palestiniens assis à la même table, mais d’Israéliens assis avec des Palestiniens, d’Israéliens assis avec des Syriens, d’Israéliens assis avec des Libanais. Et simultanément, les Arabes et le monde musulman prêts à ouvrir des négociations directes avec les Israéliens. Telle est la tâche à accomplir dans les prochains mois : elle constitue la réponse régionale à ce problème. Ce n’est pas une solution à deux Etats, c’est une solution à 57 Etats.

Tel est le point de bascule qui ébranle les politiciens et le public israéliens. Voulez-vous rester la Forteresse Israël durant les 10 prochaines années ?  La catastrophe que cela risque de nous causer à tous est devenue un problème mondial. Nous disons aux Israéliens: c’est un problème bien trop grand, tant pour vous, Israéliens, que pour les Palestiniens. C’est à ce constat, je pense, qu’en est arrivée l’Administration Obama. Je suis très inquiet de la perspective d’avoir une conférence d’ici 6 mois, puis une autre d’ici un an, et que cela n’aboutisse à rien. Je pense que nous allons avoir une diplomatie de navette, qui amènera des gens autour d’une table dans les deux prochains mois pour trouver une solution. »

- Donc vous privilégiez une offre qui dirait aux Israéliens : Si l’on parvient à un accord, voici les peuples qui feront la paix avec vous, chez lesquels vous aurez des ambassades, et avec lesquels vous aurez des relations commerciales ?

« Si vous tenez compte du fait qu’un tiers du monde ne reconnaît pas Israël – en effet, 57 pays de l’Organisation des Nations Unies ne reconnaissent pas Israël: un tiers du monde ! -, ses relations internationales ne sont pas si bonnes que cela. Les pays qui reconnaissent la Corée du Nord sont plus nombreux que ceux qui reconnaissent Israël. C’est donc une déclaration très forte que celle qui consiste à offrir [aux Israéliens] un tiers des nations du monde qui leur ouvrent les bras. L’avenir n’est pas le Jourdain ni le plateau du Golan ou le Sinaï, l’avenir, c’est le Maroc, dans l’Atlantique, jusqu’à l’Indonésie, dans le Pacifique. »


Si vous avez-vous lu ce qui précède avec attention, et surtout si vous avez perçu ce qui se cache entre les lignes, vous aurez compris qu’il s’agit là d’un chant des sirènes, dont un psychologue relate le mythe en ces termes (2) :

« Selon la mythologie grecque, les Sirènes avaient la réputation d’attirer les navigateurs sur les récifs afin de les dévorer. Les hommes ne constituaient pour elles que des proies qu’elles attiraient dans leur piège en les séduisant. Bien que prévenu par Circé du danger de l’épreuve, Ulysse ne put résister à la tentation d’écouter le chant des Sirènes. Il mit en place un stratagème qui lui permit d’assouvir sa curiosité sans mettre en péril sa vie ni celles de ses compagnons. Il fit mettre de la cire dans les oreilles des marins afin qu’ils soient sourds au chant des Sirènes. Quant à lui, il se fit attacher solidement au mât du bateau, pour s’empêcher de rejoindre les dangereuses créatures… »

On ne saurait mieux illustrer le danger mortel que court l’Etat juif s’il prend le même risque qu’Ulysse en écoutant les sirènes arabes. D’autant qu’une partie de son "équipage" - c’est-à-dire sa population - n’a pas de cire dans les oreilles, elle. Il ne faudrait pas la pousser beaucoup pour qu’elle succombe au charme du chant de "la paix à 57 Etats", tant elle est lasse de plus de 60 ans de refus arabe de reconnaître son existence, des guerres incessantes qui lui sont imposées, et du terrorisme barbare qui ensanglante sa population.

Pourtant, le monde entier se ligue pour reprocher à Israël de refuser les propositions arabes qui - on le verra plus loin - ne peuvent aboutir qu’à une dilution totale de l’entité nationale juive dans une confédération arabo-musulmane. Les nations répètent inlassablement, depuis ces dernières années, qu’il n’y a pas d’autre alternative pour Israël, et le culpabilisent pour son refus, au point de contaminer sa conscience par le dangereux "Syndrome de Stockholm".

Pour dissuader Israël d’y succomber, je ne peux mieux faire que de citer ce passage capital d’un article séminal (3):

L’objectif est d’amener la population visée à une pensée déconnectée de la réalité : «Peut-être arrêteront-ils si nous accédons à leur demande. Peut-être le problème est-il imputable à notre manière de gérer la crise. Peut-être sommes-nous trop exigeants. Peut-être y a-t-il moyen de raisonner ces gens. Peut-être devrions-nous nous abstenir de réagir, afin de donner une chance à la paix.»

Les citoyens, devenus de plus en plus passifs et troublés, aspirent avant tout à l’apaisement. Ce trouble est manifeste quand des bandits qui font l’apologie de la terreur, au lieu de mettre en cause ceux qui la perpètrent, la décrivent plutôt de manière abstraite comme un «cycle de la violence» (4). Cette idée induit une équivalence morale entre le terroriste et ses victimes, en effaçant la réalité de la barbarie et de la psychopathie humaines.

Il est tellement plus agréable de vivre dans un monde d’abstractions, plutôt que dans un monde habité par... Arafat, Saddam et Ben Laden.

Depuis Oslo, Israël a connu un sort malheureux. C’est à cette époque que la gauche israélienne réécrivit les livres d’histoire israélienne, laissant tomber les références à l’Holocauste et à son rôle dans la création de l’Etat, aux attaques arabes de 1948, 1967 et 1973, à l’impuissance totale des démocraties libérales, telle la France, à sauver leurs Juifs (ce qui devint une justification majeure du sionisme). Ces [nouveaux historiens] proposèrent un point de vue palestinocentrique aux adolescents israéliens, ceux-là mêmes qui allaient devoir servir dans l’armée. Tandis que Shimon Pérès démontrait, dans [son ouvrage] Le nouveau Moyen-Orient (un endroit où il n’y aurait plus d’antisémitisme), qu’un Etat juif ne serait bientôt plus nécessaire, le romancier David Grossman considérait comme un mal la notion d’une auto-défense des Juifs contre l’agresseur :

«On demande maintenant aux Juifs vivant en Israël de ne pas se contenter d’abandonner des territoires géographiques. Nous devons aussi prévoir un redéploiement, ou même un retrait total de régions entières de notre âme… Lentement, sur un grand nombre d’années, nous découvrirons que nous sommes en train d’y renoncer […] Renoncer à la force comme valeur. Renoncer à l’armée elle-même comme valeur […] Renoncer au "Il est beau de mourir pour son pays", renoncer au "Tout ce qu’il y a de mieux pour l’armée de l’air" […] renoncer au "Après moi!" (la doctrine qui veut que l’officier qui commande soit le premier à faire face aux situations de danger)...»

Et voici le message qui se répète au travers de ces incantations : Israël, laisse tomber ton épée."

 

Menahem Macina


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(1) "
King Abdullah, ’This is not a two-state solution, it is a 57-state solution’", Times Online, 11 mai 2009. C’est moi qui souligne.

(2) Extrait de Christophe Allanic, « Le syndrome d’Ulysse ».

(3) N. Doidge, "L’avantage du mal sur la conscience", 10 avril 2002.

(4) Tout récemment, au cours de son "pèlerinage en Terre Sainte", le Pape Benoît XVI a repris ce mantra, aussi menteur que pervers, qui met l’agresseur et l’agressé sur le même pied d’équivalence morale.


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Mis en ligne le 14 mai 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org