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Feu vert d’Obama pour attaquer l’Iran, Caroline Glick
11/05/2009

Le titre de cet article est acerbe et ironique. On retrouve ici l’habituelle lucidité de Caroline Glick. Sans oublier la foule de renseignements qu’elle porte à notre connaissance et que l’on aurait grand-peine à trouver ailleurs, ni le sens de l’humour de l’auteure, ce qui ne gâche rien, bien au contraire. (Michel Garroté).

10/05/09


The Jerusalem Post


Texte anglais original : "
Obama’s green light to attack Iran", 7 mai 2009


Adaptation française : Sentinelle 5769, revue et corrigée par M. Macina


Des vents arctiques soufflent sur Jérusalem depuis Washington ces jours-ci. Alors qu’approche la visite du Premier ministre, Benyamin Netanyahou, le 18 mai, à Washington, l’administration Obama accentue sa rhétorique anti-Israël et travaille fébrilement à isoler Israël dans son coin. Utilisant la conférence annuelle de l’AIPAC en toile de fond, cette semaine, l’administration Obama a lancé son attaque la plus sévère contre Israël à ce jour. Cela a commencé par des articles de médias rapportant que le conseiller national à la sécurité, James Jones a déclaré à un ministre des affaires étrangères européen que les Etats-Unis projettent de monter une coalition anti-Israël avec les Arabes et l’Europe pour obliger Israël à rendre la Judée, la Samarie, et Jérusalem aux Palestiniens. Selon Haaretz, Jones, [cité] dans un télégramme confidentiel du ministre des Affaires étrangères, aurait déclaré à son interlocuteur européen :

« La nouvelle administration convaincra Israël de faire un compromis sur la question palestinienne. Nous ne pousserons pas Israël sous les roues d’un bus, mais nous serons plus contraignants envers Israël que sous l’ère Bush ».

Puis il expliqua que les Etats-Unis, l’Union Européenne, et les Etats arabes modérés doivent déterminer ensemble ce que sera une « solution de fin de partie satisfaisante ». Pour Jones, Israël devrait être mis à l’écart de ces discussions et se voir simplement présenter un ’fait accompli’ qu’il sera obligé d’accepter. Les événements de la semaine ont montré que la déclaration de Jones était une description exacte de la politique de l’administration.

D’abord, le médiateur du quartette, Tony Blair, a annoncé que d’ici six semaines, les Etats-Unis, l’UE, l’ONU et la Russie dévoileront un nouveau cadre pour établir un Etat palestinien. S’entretenant avec des journalistes palestiniens, mercredi, Blair a déclaré que ce nouveau cadre sera une initiative sérieuse parce que « on y a travaillé aux niveaux les plus élevés dans l’administration américaine ». De plus, nous avons appris cette semaine que l’administration essaie d’obtenir que les Arabes eux-mêmes écrivent le nouveau plan du Quartette. Le journal ’Al-Quds al-Arabi’, publié à Londres, a rapporté, mardi [5 mai], que le roi Abdullah de Jordanie, agissant au nom d’Obama, a pressé la Ligue Arabe de mettre à jour le soi-disant plan de paix arabe de 2002. Ce plan, qui appelle Israël à se retirer de Jérusalem, de Judée, de Samarie et des Hauteurs du Golan, et à accepter des millions d’Arabes étrangers comme citoyens, dans le cadre d’un soi-disant ’droit au retour’, en échange de relations ’naturelles’ avec le monde arabe, a été rejeté par les gouvernements israéliens successifs comme un subterfuge diplomatique dont le but est la destruction d’Israël. En acceptant des millions de soi-disant ’réfugiés palestiniens’, Israël serait effectivement incapable de se défendre contre une invasion étrangère. Et puisque des "relations naturelles" est une formule dénuée de sens, aussi bien dans le vocabulaire juridique international que dans le vocabulaire diplomatique, Israël aurait commis un suicide national pour rien. Pour qu’Israël fasse moins d’objections à ce plan, Abdullah aurait appelé ses frères arabes à y supprimer les références aux soi-disant ’réfugiés arabes’, et à accepter des relations ’normales’ plutôt que ’naturelles’ avec l’Etat juif.

Selon le rapport, on s’attendait à ce que le président égyptien Hosni Moubarak présente à Obama les modifications du plan pendant leur rencontre à Washington à la fin du mois. Le plan révisé était supposé constituer la base du nouveau plan du Quartette auquel Blair se référait. Mais les Arabes n’en voulaient rien savoir. Mercredi, le secrétaire général de la Ligue Arabe, Amr Moussa, et le chef du Fatah, Mahmoud Abbas, ont annoncé qu’ils s’opposaient à cette initiative. Jeudi, la Syrie a rejeté l’éventualité du moindre changement au document. L’administration américaine ne pouvait faire moins. Les Palestiniens et les Arabes ne sont rien de plus que des petits joueurs dans la politique au Moyen-Orient. Pour l’administration Obama, Israël est le seul obstacle à la paix. Pour s’assurer qu’Israël comprend ce point central, le vice-président Joseph Biden a usé de son apparition à la conférence de l’AIPAC pour rendre les choses claires. Comme Biden l’a fait savoir clairement, les Etats-Unis ne respectent ni ne soutiennent le droit qu’a Israël, en tant qu’Etat souverain, de déterminer sa propre stratégie politique en vue d’assurer ses intérêts nationaux. Selon la formule de Biden :

« Israël doit travailler à une solution à deux Etats. Vous n’allez pas aimer ce que je vais dire, mais ne construisez pas davantage d’implantations, démantelez les avant-postes existants, et autorisez la liberté de mouvement des Palestiniens ».

Pour Israël, le principal événement de la semaine était censé être la rencontre du président Shimon Pérès avec Obama, mardi [5 juin]. Pérès avait pour tâche de calmer le jeu avant la visite de Netanyahou. On espérait qu’il pourrait introduire une tonalité plus collégiale dans les relations Etats-Unis-Israël. Israël ne s’attendait pas à la réception humiliante réservée par Obama à Pérès.

En empêchant tous les médias de couvrir l’événement, Obama a transformé ce qui était supposé être une visite amicale avec un chef d’Etat respecté et ami, en une rencontre par la porte de service avec un hôte indésirable, qui fut chassé hors de la Maison blanche sans un bruit. La tentative abrupte de la Maison Blanche d’obliger Israël à accepter la responsabilité totale de l’hostilité du monde arabe à son encontre n’est pas la seule qu’a utilisée Obama pour faire d’Israël le bouc émissaire de tous les maux de la région. Dans leur tentative d’inaugurer des liens diplomatiques avec l’Iran, Obama et ses conseillers reprochent aussi à Israël son programme nucléaire. Ils font cela indirectement et directement. Comme le chef de cabinet d’Obama, Rahm Emmanuel, l’a fait savoir clairement dans sa présentation à huis clos devant les responsables de haut rang de l’AIPAC cette semaine, l’administration tient Israël pour indirectement responsable du programme nucléaire de l’Iran. Elle le fait en proclamant que le refus d’Israël de céder sa terre aux Palestiniens rend impossible le soutien du monde arabe à une politique empêchant l’Iran d’acquérir des armes nucléaires. Circonstance quelque peu inconfortable pour l’administration, les Arabes eux-mêmes rejettent cette prémisse. Cette semaine, le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a visité le Golfe persique et l’Egypte pour calmer les craintes arabes que les tentatives désespérées de l’administration de chercher un compromis avec les Mollahs ne nuisent à leurs intérêts sécuritaires. Gates a également cherché à gagner leur soutien au dévoilement, par l’administration, d’un nouveau plan de paix destiné à isoler et à contraindre Israël.

Après sa rencontre avec Gates, Amr Moussa - qui s’est distingué comme l’un des critiques les plus incisifs d’Israël – a déclaré catégoriquement :

« La question de l’Iran doit être disjointe du conflit entre le monde arabe et Israël ».

Tout comme l’administration est indifférente aux faits objectifs qui montrent la folie de sa dévotion unilatérale à la conception selon laquelle Israël est responsable de l’absence de paix au Moyen-Orient, le rejet arabe de sa conception qu’Israël est responsable du programme nucléaire iranien a eu pour seul résultat une intensification de ses attaques contre Israël. Cette semaine, elle a entamé une nouvelle campagne pour imputer à Israël – au prétexte de son prétendu arsenal nucléaire – la responsabilité des ambitions nucléaires de l’Iran. S’adressant à un forum de l’ONU, la secrétaire d’Etat adjointe, Rose Gottemoeller a déclaré :

« L’adhésion universelle au traité de non-prolifération nucléaire [NPT] par l’Inde, Israël, le Pakistan et la Corée du Nord, demeure un objectif fondamental des Etats-Unis ».

Comme Eli Lake, du Washington Times, l’a montré de façon convaincante, en parlant de la sorte, Gottemoeller a effectivement abrogé 40 ans de compréhension entre les USA et Israël : les USA gardaient le silence sur le programme nucléaire israélien parce qu’ils comprenaient qu’il était défensif, et non pas offensif par nature. Ce faisant, Gottemoeller a légitimé la revendication de l’Iran de ne pas s’attendre à ce qu’il suspende sa démarche visant à acquérir des armes nucléaires, dans la mesure où Israël en possède. Elle a aussi effacé toute distinction entre des armes nucléaires qui sont aux mains d’alliés des Etats-Unis et d’Etats démocratiques, et celles dont disposent des ennemis des Etats-Unis et des Etats terroristes.

Les médias israéliens décrivent largement l’affaire de l’antagonisme, croissant et sans précédent jusqu’ici, des Etats-Unis à l’encontre d’Israël comme un défi diplomatique pour Netanyahou. Pour relever ce défi, on met en avant que Netanyahou doit venir à Washington dans un délai de 10 jours avec un plan de paix attractif, qui obtiendra l’adhésion de la Maison Blanche. Mais c’est une fausse interprétation de ce qui va arriver.

Même Ethan Bronner, du New York Times, a souligné cette semaine que la politique d’Obama au Moyen-Orient n’est pas fondée sur des faits. Si c’en était une, la soi-disant « solution à deux Etats », qui a échoué de façon répétée depuis1993, ne serait pas sa pièce maîtresse. La politique d’Obama au Moyen-Orient est fondée sur l’idéologie, non sur la réalité. Par conséquent, elle est imperméable à une argumentation rationnelle. Le fait que si l’Iran acquiert des armes nucléaires, toute chance de paix entre Israël et les Palestiniens, et entre Israël et le monde arabe disparaîtra, n’a aucun intérêt pour Obama et ses conseillers. Ils ne se soucient pas de ce que, le jour suivant la déclaration du maître-terroriste du Hamas, Khaled Mashaal, au New York Times - selon laquelle "le Hamas suspendait ses attaques contre Israël depuis Gaza" -, le régime terroriste contrôlé par l’Iran a revendiqué la responsabilité de plusieurs tirs de missiles contre des cibles civiles israéliennes depuis Gaza. L’administration a toujours l’intention de donner à Gaza 900 millions de dollars aux dépens des contribuables américains, et elle continue d’exiger qu’Israël donne sa terre pour un gouvernement d’union Fatah-Hamas.

Quel que soit le poids des arguments de Netanyahou, et si raisonnable que soit l’initiative diplomatique qu’il présentera à Obama, il ne peut compter sur aucune sympathie ni soutien de la Maison Blanche.

En conséquence, la signification pratique des positions anti-Israël de l’administration est qu’Israël ne sera pas avancé en adoptant une posture plus accommodante envers les Palestiniens et l’Iran. Paradoxalement, en effet, ce que la manière dont l’administration Obama traitera Israël devrait convaincre le gouvernement Netanyahou qu’Israël ne devrait plus tenir compte des avis de Washington dans la prise de décisions au profit des intérêts de la sécurité nationale d’Israël. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne le programme d’armes nucléaires de l’Iran.

Rationnellement parlant, la seule manière dont l’administration Obama pourrait raisonnablement espérer dissuader Israël d’attaquer les installations nucléaires de l’Iran, serait de lui démontrer que le coût d’une attaque par Israël sera supérieur à celui de ne pas attaquer. Mais ce que le comportement de l’administration Obama démontre, c’est qu’il n’y pas une grande différence entre les coûts des deux options. En rendant Israël responsable de l’absence de paix au Moyen-Orient, tout en ignorant le refus palestinien d’accepter le droit à l’existence d’Israël, en cherchant à construire une coalition internationale avec l’Europe et les Arabes contre Israël tout en glissant sur le fait qu’au moins les Arabes partagent les préoccupations d’Israël au sujet de l’Iran, en exposant l’arsenal nucléaire d’Israël et en contraignant Israël à désarmer, tout en courtisant dans le même temps les ayatollahs, comme un jeune marié trop empressé, l’administration Obama fait savoir à Israël que, quoi qu’il fasse, et quelle que soit la réalité objective, pour la Maison blanche, Israël est coupable.

Cela ne signifie pas, bien sûr, que Netanyahou ne doit pas défendre son dossier devant Obama quand ils se rencontreront, et devant le peuple américain pendant sa visite aux Etats-Unis. Ce que cela signifie, c’est que Netanyahou ne doit pas s’attendre à ce que la bonne volonté israélienne puisse détourner Obama de la voie qu’il a choisie. Et à nouveau, cela nous révèle deux faits : les relations d’Israël avec les Etats-Unis pendant le mandat d’Obama seront déplaisantes et difficiles, et le dommage qu’Israël causera à cette relation en empêchant l’Iran d’acquérir les moyens de le détruire sera négligeable.

 

Caroline Glick


© The Jerusalem Post


[Texte aimablement signalé par Michel Garroté.]

Mis en ligne le 10 mai 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org