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"Merci d’avoir gâché la soirée" [interview RFI, obsédée par Lieberman], Emmanuel Navon
09/05/2009

08/05/09

Texte anglais original : "
Thanks for Spoiling the Party", sur le Blog de l’auteur : For the Sake of Zion, 4 mai 2009.

Traduction française : LC, pour Info’sion



J’ai été interviewé aujourd’hui [4 mai] sur RFI, Radio France Internationale. Le sujet était la prochaine visite d’Avigdor Lieberman à Paris. Cela s’est déroulé à peu près ainsi.

Question : Comment se fait-il que Lieberman ne soutient pas officiellement la solution de deux Etats ?

Réponse : Pourquoi Israël soutiendrait-il une « solution » qui marche en théorie et pas en pratique, et est systématiquement rejetée par les Palestiniens ? Ils ont rejeté la partition en 1937 et en 1947 ; ils n’ont montré aucun intérêt à l’établissement d’un Etat, entre 1949 et 1967 ; et ils ont rejeté à la fois les propositions de Camp David et les paramètres de Clinton. Actuellement, ils sont en partie sous l’autorité du Hamas, qui refuse à Israël le droit d’exister, et du Fatah, qui refuse à Israël le droit d’être un Etat Juif. Créer un Etat Palestinien, alors que le Hamas a le dessus et que l’Iran est sur le point de devenir un Etat nucléaire, ouvrirait la voie à la destruction d’Israël, et pas à la paix. Les Palestiniens doivent choisir entre le « droit de retour » et la « solution de deux Etats ». Et ils ne seront pas enclins à choisir le réalisme et le compromis tant qu’ils seront soutenus, stimulés et manipulés par un Iran nucléaire.

Un silence.

Question : Hmm. Bien, le refus de Lieberman d’accepter clairement un Etat palestinien est probablement la raison pour laquelle il sera accueilli fraîchement à Paris. Bernard Kouchner ne donnera  pas une conférence de presse avec lui. N’est-ce pas compréhensible ?

Réponse : Je ne me souviens pas que votre pays ait accueilli fraîchement une personnalité officielle turque alors que son pays n’accepte pas la création d’un Etat Kurde et ne met pas fin à l’occupation de Chypre.

Un deuxième silence (légèrement plus long, cette fois).

Question : Le Président Sarkozy ne recevra probablement pas Lieberman, évidemment à cause de ses positions. Comment le ressentez-vous ?

Réponse : Recevoir Muammar Gaddafi à l’Elysée n’a posé aucun problème à Sarkozy. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

Un troisième silence (suivi rapidement d’un « merci beaucoup », qui voulait dire « je pense que nous en resterons là. ».


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Lieberman est « coupable » de ne pas se conformer à la "ligne du parti" [européen]. Le fait que la "recette" de l’Europe pour la paix au Moyen-Orient  ait continuellement échoué depuis quinze ans ne fait pas question. Et l’idée qu’Israël puisse aussi être intéressé à la paix (qui donc - grand Dieu! -, fait-on sauter dans les bus ?) ne semble pas traverser l’esprit des Européens.

Mais l’Europe sent surtout qu’Israël devrait tâter de la médecine chinoise. Après tout, si les dirigeants européens peuvent être réprimandés par la Chine à propos du Tibet et de Taïwan, Israël peut sûrement être réprimandé par l’Europe à propos de la Cisjordanie ! La Chine a mis Sarkozy en quarantaine après qu’il ait reçu le Dalaï Lama, à l’époque où la France présidait l’Union Européenne. Le président Hu Jintao n’a accepté de rencontrer son homologue français au sommet du G20 à Londres, qu’après que celui-ci ait accepté de "reconnaître" que le Tibet fait partie de la Chine.

Faire pression sur les Européens marche parce que les affaires sont les affaires. Pourquoi les Tibétains ou les Kurdes ont-ils besoin d’un Etat à eux ? Qui a besoin d’autodétermination quand les intérêts de l’Europe sont en jeu ? En fait, ce concept de "droits de l’homme" est vraiment européen, et essayer de l’imposer à d’autres cultures est encore une autre expression de l’arrogance et  de l’impérialisme occidentaux. (Et ne vous avisez pas de rappeler à ces ’chiffes molles’ que l’idéologie officielle du parti communiste chinois était "made in Europe"). C’est pourquoi les séparatistes kurdes, irlandais et basques ont le label "terroriste", dans les médias européens, alors que les tueurs du Hamas sont surtout des "militants".

L’Europe a le droit de placer ses intérêts avant ses principes. Mais qu’elle ne s’attende pas d’Israël qu’il [à ce qu’Israël] mette sa sécurité en péril. Si le prix de la vérité, c’est d’être rembarré par des hypocrites passés de mode, que Lieberman ait donc le privilège d’être le rabat-joie de la soirée dans les chancelleries européennes et celui de gâcher les dîners à Bruxelles.

 

© Emmanuel Navon *

 

* Emmanuel Navon est professeur de sciences politiques à l’Université de Tel –Aviv. Il a été récemment interviewé par [RFI, ndlr], la grande  station de  radio française, au sujet de la visite du [ministre israélien des Affaires étrangères, ndlr], A. Lieberman, en France.

 

[Texte anglais aimablement signalé par Werner Salmon, version française réalisée et aimablement transmise par Info’Sion.]

 

Mis en ligne le 8 mai 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org