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Christianisme
Benoît XVI

La politique du Vatican est de plus en plus philo-arabe, Sergio Minerbi
21/05/2009

Sergio Minerbi, le plus illustre historien des rapports entre le Vatican et Israël a écrit pour "Informazione Corretta", une analyse brillante du voyage de Benoît XVI dans la soi-disant Terre Sainte. Voici les faits, incontestables. (I.C.).

20/05/09

Source : Informazione Corretta.com

Texte original italien : "La politica vaticana è sempre più filo araba" (18 mai) 


Traduction française : D. E. Guez


Le Pape Benoît XVI a quitté Israël : il n’y a plus d’embouteillages à Jérusalem, mais les Israéliens ont gardé un goût amer dans la bouche. Pendant son séjour en Israël, le Pape n’a même pas essayé d’initier un dialogue politique qui aiderait à une meilleure compréhension réciproque. Non, ses idées hostiles à Israël étaient claires avant même de venir dans notre région et elles le sont restées.

Il reconnaît des racines communes avec le judaïsme, dans l’espoir de convertir les Juifs au christianisme comme le démontre l’usage bien connu du mot « réconciliation », utilisé par Saint Paul dans le sens de convertir les juifs et les païens, en les réconciliant dans le signe de la croix (Lettre aux Ephésiens) [1].

Sur le plan politique, le Saint-Siège a fait siennes les thèses des Palestiniens et il ne s’en écarte pas d’un millimètre. Par exemple, la question du mur, lequel a déjà fait l’objet des reproches de Jean Paul II [2], est savamment utilisée par la propagande arabe. Benoît XVI ne s’est jamais demandé pourquoi ce mur a été construit, et il a oublié la série d’attentats terroristes à l’intérieur d’Israël, commis par des Palestiniens provenant de Cisjordanie. Pourquoi le mur provoque-t-il tant de contestation ? Parce qu’il divise la Palestine mandataire en deux entités, préambule nécessaire pour ceux qui veulent vraiment la partition en deux Etats indépendants. Mais, secrètement, les Palestiniens rejettent une telle solution et continuent à exiger le droit au retour  des réfugiés « dans leurs maisons ». Cette formule, apparemment innocente, revient, en fait, à obtenir par la démographie arabe galopante ce qu’ils ne réussiront à obtenir ni par les armes ni par le terrorisme. C’est la raison pour laquelle ils ne veulent pas de mur et organisent chaque semaine  des manifestations, avec le soutien de volontaires européens.

Le Saint-Siège a clairement pris parti pour eux, et une telle attitude ne fait qu’éloigner la paix qu’il appelle de ses voeux. Cette politique partisane hostile à Israël n’aide pas à résoudre la question du conflit israélo-palestinien et, en réalité, ne peut que l’exacerber. L’ex Premier-ministre, Ehoud Olmert, qui fut l’un des [hommes politiques israéliens les] plus conciliants dans les négociations avec les Palestiniens a dit que six mois avant qu’il ne quitte sa fonction, les négociations avaient enregistré des avancées importantes, mais que les Palestiniens n’ont pas voulu signer, dans l’espoir d’obtenir encore davantage. La politique du Saint-Siège au Moyen-Orient semble vouloir jeter de l’huile sur le feu.

C’est l’impression qu’ont eue  de nombreuses personnes qui ont écouté le discours du Pape, mercredi 13 mai, à Bethléem, en particulier quand il a dit :

« les Palestiniens comme tout autre peuple ont le droit de se marier, de fonder une famille et d’avoir accès au travail, à l’éducation et à l’assistance médicale ».

Le droit au travail évoqué par le Pape a été supprimé par le Hamas. Il y avait autrefois la zone industrielle d’Erez, où près de 50 000 Palestiniens de Gaza travaillaient dans des usines et des bureaux créés par des entrepreneurs israéliens. Après une série d’attentats à l’explosif et de tirs de mortiers contre la zone en question, les Israéliens sont partis, et 50 000 palestiniens ont été privés du droit au travail par le Hamas.

Chaque année, l’Union Européenne donne à l’Autorité Palestinienne au moins 600 millions d’euros, sans même exiger qu’au moins un petit pourcentage de cet argent soit consacré à la création de nouveaux postes de travail. C’est de l’argent jeté par la fenêtre. Après l’action militaire [israélienne] à Gaza, il y a quelques mois, la Conférence Internationale de Sharm el Sheikh s’est réunie et les États-Unis ont promis 900 millions de dollars, qui ne sont pas non plus liés à la création de nouveaux emplois. L’argent est dépensé pour bien d’autres objectifs et « le droit au travail » invoqué par le Pape est piétiné par le Hamas.

Les Nations unies ont créé l’UNRWA, agence spécialisée pour les réfugiés palestiniens, et qui existe toujours, depuis 1949, sans pouvoir réinsérer le moindre Palestinien dans la vie économique locale à cause de l’opposition des pays arabes, qui veulent laisser cette plaie ouverte pour en faire une arme contre Israël. Il est probable que le plan Marshall préconisé par le Premier ministre Berlusconi finirait de la même manière.

Le droit à l’éducation, également invoqué par le Pape, existe grâce aux sept universités de Cisjordanie, créées après l’instauration de l’administration israélienne. Mais beaucoup d’étudiants sont payés par le Hamas pour commettre des actes terroristes. À Gaza, des dizaines de milliers de lycéens obtiennent le baccalauréat, mais ne trouvant pas de travail productif, ils finissent dans les milices armées du Hamas. Évidemment, personne n’a raconté au Pape que, dans la bande de Gaza évacuée jusqu’au dernier millimètre par Israël, le Fatah de Abu Mazen a subi l’élimination par le Hamas d’au moins 150 de ses hommes armés, et a perdu la bande de Gaza, qui est aujourd’hui contrôlée par le Hamas.

Si la Cisjordanie indépendante tombait, elle aussi, aux mains du Hamas, les postes de contrôle et la barrière de sécurité ne suffiraient plus. Des missiles Qassam et des obus de mortiers seraient tirés contre Israël, comme ce fut le cas pendant huit ans dans le voisinage de la bande de Gaza, sans que le Saint-Siège exprime, ne serait-ce qu’une fois, sa solidarité avec la population civile israélienne touchée.

Or, pendant l’action militaire israélienne à Gaza, Benoît XVI s’est exprimé cinq fois en faveur des Palestiniens dans les huit premiers jours de l’année 2009. Ensuite, il a béni la Conférence de Genève, dénommée Durban II, malgré le boycott de quelques pays occidentaux et d’Israël. Beaucoup de délégués de ces pays qui se sont rendus à Genève, sont sortis de la salle quand le Président iranien a fait son discours, mais les diplomates du Vatican sont restés.

Depuis la création de l’État d’Israël jusqu’à aujourd’hui, le Saint-Siège a toujours conduit une politique pro-arabe. Qu’a-t-il obtenu ? Résultat : le nombre de chrétiens du Moyen-Orient est passé d’environ 500 000 individus à moins de 100 000 aujourd’hui. Le Liban, qui était l’unique pays chrétien de la région, est soumis à la pression chiite et risque de devenir la proie de l’Iran. L’Égypte est menacée par le Hezbollah.

En écoutant le cours magistral de Benoît XVI, à Ratisbonne, en 2006, on a eu brièvement l’illusion qu’était apparu sur la scène politique un défenseur de l’Europe, guerroyant contre la marée du fondamentalisme musulman. Mais un tel discours apparaît aujourd’hui comme "une voix dans le désert", même la diplomatie vaticane y a renoncé.

Qu’a fait Israël, jusqu’à aujourd’hui, pour tenter d’améliorer la politique du Vatican ? Les ambassadeurs d’Israël près le Saint-Siège, éblouis par l’architecture de Michel-Ange, sont devenus des partisans du Vatican. L’un d’eux a même préconisé la cession de la salle du Cénacle, en échange de la vague promesse de favoriser la venue d’un million de pèlerins à Jérusalem. Ce qui a échappé au diplomate en question, c’est le fait que la salle du Cénacle est seulement sous la responsabilité d’Israël, qui n’en a pas la propriété et donc n’a pas le droit de le céder à quiconque. De plus, Tant Israël que le Saint-Siège ont signé, dans l’Accord Fondamental de décembre 1993, l’engagement réciproque de sauvegarder le status quo, lequel serait gravement lésé par une éventuelle cession. En sens inverse, Israël aurait pu mettre en application les promesses d’exemptions fiscales contenues dans l’Accord Fondamental. Mais la faiblesse du ministère des Affaires étrangères n’a pas permis d’obtenir ce résultat, d’ailleurs devenu insuffisant, puisque entre temps, le Vatican a aussi demandé, le 30 avril 2009, à Jérusalem, outre la cession du Cénacle, évoquée ci-dessus, celle, intégrale, de cinq lieux saints, qui sont la propriété du Vatican.

[Rappelons enfin que], durant des siècles, les Ottomans ont administré les Lieux Saints chrétiens et la Palestine avec le plein accord du Saint-Siège. Mais un accord de ce genre n’a pas encore été concédé à Israël.


Sergio Minerbi

 

© Informazione Coretta.com

 

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Notes d’upjf.org


[1] Lettre aux Ephésiens 2, 16.

[2] Au cours de son allocution d’accueil du Premier ministre palestinien, Ahmed Qorei, le 12 février 2004, Jean Paul II avait déclaré, entre autres : « C’est de réconciliation que la Terre Sainte a besoin : de pardon, et non de vengeance, de ponts, et non de murs. ».

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Mis en ligne le 21 mai 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org