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Procès Fofana : la complaisance de certains sociologues tourne au crétinisme, Alain Rubin
06/05/2009

5 mai 2009

Source : Riposte laïque

Le procès désormais à huis clos est déjà riche d’enseignements. Un des trois avocats de l’assassin - fier de son acte -, dénonce : « Fofana a été maltraité par une campagne de marketing politique et religieux ». On ne sait si l’odieux l’emporte ici sur le grotesque. Mais le ton est donné : la victime n’est pas celle que l’on croyait. Le coupable ne peut pas être le chef assassin et ses complices actifs et/ou passifs.

La victime dans ce drame, la vraie victime, ce serait l’homme débarquant devant ses juges et les provoquant (1). La victime, la vraie, ce serait l’homme exprimant une haine et un mépris absolus pour la République et ses institutions. Mais on ne veut ni le voir ni le relever. Nous sommes dans un déni de la réalité sinistre, rappelant la diplomatie française et Cie face à Durban2.

Fofana est né une seconde fois, lance-t-il en défi au tribunal et à la mère de sa victime, le jour où il a abandonné Ilan Halimi à Sainte Geneviève des bois, après l’avoir achevé en cherchant à le carboniser.

L’auto-aveuglement volontaire

Un exemple parmi quelques autres : Pour justifier son refus de soutenir la manifestation qui eut lieu après l’assassinat, le PT publiera un articulet du défunt Lambert. Le « trotskiste orthodoxe », qui prétendait aussi construire un parti pouvant organiser les militants se réclamant de la tradition de Jaurès, nous y expliquera laborieusement, pour justifier l’inaction de son organisation après l’assassinat de Ilan Halimi, qu’il ne ferait rien « qui pourrait affaiblir le combat du peuple palestinien ». Aujourd’hui, ce courant qui prétend toujours poursuivre la tradition de Jaurès, n’a pas encore entendu parler du procès Fofana. Le procès Fofana, après Durban2, est un non-événement.

Décidément, il est bien loin l’engagement de Jaurès aux côtés des dreyfusards et celui de Lénine aux côtés de l’ouvrier juif, Beilis. Il est vrai qu’il est difficile de contenter tout le monde et de courtiser le Hamas et le Hezbollah, sous prétexte de soutien à la cause palestinienne, et de défendre les Juifs victimes de violences, quand les premiers estiment qu’en finir avec les Juifs c’est accomplir la volonté de MHMD, que c’est un ordre divin.

La mort d’un homme est le symbole de la nouvelle existence de djihadiste du chef des « barbares »

C’est clair et net, sauf à dire que le tueur est un malheureux irresponsable, sauf à dire qu’il est un pauvre fou. Mais personne ne le dit.

Chez Yves Calvi, à « C’est dans l’air », le 29 avril, chacun y est allé de son petit couplet. Personne n’y a relevé le moindre fait ramenant à la résurgence criminelle, via le djihadisme salafiste revendiqué, de la question juive et de sa solution via l’humiliation, la torture et la mise à mort d’un Juif rendu captif.

Le sociologue Wieworka a fait montre d’une rare complaisance, confinant au crétinisme

Sa sociologie de bazar nous a charrié une série de petits restes désarticulés de ce pseudo marxisme qui s’enseignait dans les cours de « marxisme léninisme » encore au début des années soixante quand l’Université Nouvelle nous faisait découvrir la « surdétermination » (2) qui justifiait par la théorie « marxiste » tous les tournants de la politique stalinienne.

Et que nous a-t-on chanté tout au long de cette émission de la chose « dans l’air » ?

Que la bande à Fofana, « ce sont des jeunes, toutes sortes de jeunes… et qu’ (On) laissera à notre collègue psychiatre, à nous expliquer… » Qu’ils sont, les jeunes, dans une nouvelle problématique, « un truc nouveau, le bisness »… « Avant, il y avait des apaches », sous-entendu, maintenant il y a le gang dit des barbares ; en d’autres termes, rien de vraiment nouveau sous le soleil, ni d’inquiétant, et blablabla, et blablabla.

Que Ilan ait été dragué en vue d’être enlevé, parce qu’il était Juif et pour aucune autre raison, cela n’existe plus ou n’a pas vraiment d’intérêt, cela ne doit pas exister.

Parce que même si sa famille à lui est pauvre, les « Juifs sont riches et solidaires et qu’ils paieront pour un des leur ». Ce postulat de Fofana, est celui qui a fondé depuis des siècles les actions diverses déchaînées contre les Juifs ici ou là. Si l’on a bien compris les « penseurs » rétribués qui sont sensés rendre au peuple français ses repères brouillés, cette croyance de base du chef de la bande ne devrait pas être rappelée, ou qu’incidemment.

Ce dont on peut parler, sur tous les tons, en bon sociologue marxisant : c’est de la cruauté de l’homme Fofana ; c’est de son sentiment d’impunité ; c’est de la peur, de la crainte du caïd dans la cité et dans sa bande, mais sans relier cette peur à autre chose qu’à des défauts individuels des personnes incriminées. Ce dont on peut quand même aussi parler, c’est qu’on a transformé la victime en chose ; en « chose » seulement, mais quelle chose ? Et pourquoi ce n’est pas un arabe ou un africain, voire un portugais que l’on a transformé en « chose » dans cette cave d’une HLM ?

Les petites brutes, pour rester bien dans leur peau, ont transformé le Juif qu’ils avaient enlevé et séquestraient, ils en avaient fait « l’autre », nous dit-on.

Question : Est-ce seulement pour « rester bien dans leur peau » ou tout simplement parce que ces jeunes s’étaient imprégnés, directement ou par connivence et copinage, de ces fragments d’un texte religieux disant que doit venir le temps ou : quand le Juif se cachera derrière l’arbre ou le rocher, le rocher et la pierre diront, viens derrière moi, un Juif se cache, tue le !?

Ils ne sont, nous veut-on faire accroire, rien que « des primitifs primaires ». A entendre les discours du genre « c’est dans l’air », on n’a surtout pas à faire à des individus solidaires, haineux et bourrés de stéréotypes comme les groupes de SA hitlériennes ou les bandes de « cent noirs » pogromistes en contenaient tant (3). Si des jeunes et leurs complices ont ravalé au rang de « l’autre » le « jeune homme de confession (4) juive », « vendeur de téléphonie » soutien de famille, c’est parce qu’ils n’étaient que « des primitifs ». En ramenant leur prisonnier au statut de « l’autre », les bourreaux, « un groupe d’une totale inconstance », luttaient contre leur « stress ». Traduisons : ils souffraient de faire souffrir. Pour Ilan, Ce fut donc la faute à pas de chance, rien de plus.

Les plaidoiries ont commencé le premier jour du procès

Plaidoiries encore, cet argument en guise de circonstance : Cette bande, ce sont tous ceux qui s’en prennent aux écoles, aux bus, aux abris bus. C’est un phénomène sociétal, un des effets des « promesses non tenues de la république » (Wieworka). Face à ces promesses non tenues, « Vous vous sentez en droit de vous attaquer à tout ce qui personnifie la république… ».

Si je comprends bien le sociologue Wieworka, le Juif personnifierait la République ? S’en prendre à lui serait une forme de la protestation sociale... La réponse serait dans la résolution de certains problèmes sociaux. Lesquels, comment ?

On a aussi eu droit à la plaidoirie nous expliquant et justifiant « l’appât » : C’est une jeune iranienne, violée quand elle avait treize ans. Nous sommes dans un drame humain. (Wieworka). Certes, mais en mettant en avant ce que son avocat devra mettre en avant, on efface le fait qu’elle devait partager les préjugés du groupe envers les Juifs. Pourquoi cette jeune fille, dont les parents ont été contraints de quitter l’Iran des ayatollah, s’est retrouvée embarquée dans un banditisme choisissant ses victimes parmi les Juifs et personne d’autres, c’est une intéressante question.

On a eu droit aussi aux petites manœuvres pro-PS, du genre : est-ce que ce qui est arrivé n’est pas un argument en faveur de la police de proximité ? La police de proximité, parlons-en. Quand elle patrouille dans les « cités » pour s’y faire canarder ou traiter de fils de pute, de « pute ou d’enculé », qu’elle ne doit pas réagir à ces propos pour ne pas envenimer les rapports entre les jeunes « issus de l’immigration » et les institutions de la république, on imagine ce que veulent dire les sociologues de la TV : ce qui est arrivé à Ilan Halimi est bien triste, mais la gestion de la réalité obligera à chercher la douleur exprimée au moyen du crime.

Quant au racisme, est-ce que c’est un requis dans une bande de banlieue, se demandera-t-on devant les caméras d’Yves Calvi ? Le « racisme », certes, mais quel racisme ? Le racisme en soi, le racisme générique ? Comme si on disait fruit au lieu de dire pomme ou poire. Choix de l’imprécision délibérée ? On préfère dire : la haine et le mépris, à la place des mots : Juifs et antisémitisme. La question de savoir de quel racisme il s’agit principalement, voire exclusivement dans le patrimoine mental de ces bandes, ne sera donc pas posée à « c’est dans l’air ».

On ne nous a parlé de Juif, dans ces comptes-rendus de procès, de ces premiers jours de procès, que pour montrer sous un jour défavorable les jeunes gens en colère qui ont hué une mère accrochée au bras de son assassin de fils.

On n’entendra pas parler des trois semaines d’appels quotidiens à la famille, ponctués chaque fois par la formule « allah ou Akbar ». C’est pourtant par cette formule que Fofana s’est présenté devant ses juges. Un ami musulman me disait ce matin : le comportement de brute revendiquant fièrement la torture, l’humiliation et la mise à mort d’un homme sans défense, ce n’est pas un comportement de vrai musulman. Je veux lui dire ceci : je veux bien te croire, même s’il clame « allah ou Akbar ». Mais si tu as raison, comment se fait-il que l’UOIF et les associations et fédérations musulmanes, la FAIACA notamment, qui organise les musulmans originaires d’Afrique subsaharienne et des Antilles, n’aient pas sorti le moindre communiqué pour se démarquer de l’assassin crachant des « Allah ou Akbar » pour affirmer la légitimité de l’assassinat de Ilan Halimi ?

Ce silence des instances musulmanes représentatives de « l’islam de France » n’est-elle pas une manière de dire : que Fofana n’est pas un imposteur, même s’il est peut-être allé un peu loin, dans les conditions actuelles ? J’attends. Peut-être que dans les prochains jours, la FAIACA, l’UOIF, le CFCM, vont communiquer et dénoncer le banditisme djihadiste de Youssouf Fofana. J’aimerai. Cela apaiserait les craintes suscitées par Durban2 et la conférence des ONG qui l’a accompagnée.

A décharge, à l’opposé de « C’est dans l’air » et de toute cette pseudo-information castrée, ou toute en empathie « sociologique » pour les « victimes d’une campagne de marketing politique et religieux » (5), citons Audrey Pulvar. Elle débutera en ces termes son journal du soir sur FR3 : « Juif, donc riche », la fausse équation de l’antisémitisme, l’homme (Ilan Halimi) en est mort.

Alain Rubin

© Riposte Laïque

 

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(1) Pendant les débats qui suivront, l’inculpé menacera le tribunal, les magistrats et les jurés. Il se vantera même de pouvoir atteindre ces derniers et d’être en mesure de mettre leur tête sur Internet, avec un contrat. Alors à bon entendeur salut...

Comment l’alinéa 67 adopté à Durban 2 va-t-il s’appliquer au procès du Djihadiste ivoirien né le jour où il a achevé sa victime ? Ce passage du texte voté à l’unanimité recommande « le principe de non discrimination dans la lutte contre le terrorisme ». Gageons que nos trois avocats de la défense, dont l’un est l’une des co-épouses de l’ex- aventurier stalinien financé pas la Stasi, devenu disciple de Ben Laden, vont trouver dans cet article matière à prétendre que le kidnappeur, geôlier et bourreau est la pauvre victime d’une scandaleuse discrimination.

(2) Le professeur Althusser construira une vaste pyramide de Kéops idéologique, il enseignera une dialectique rendue féconde par la grâce de la surdétermination. Ce sera un édifice de mots assis une idée essentiellement opportuniste, étirée à l’infini et tortillée, justifiant tous les reniements. Cette idée est née de la dialectique marxiste à la sauce stalinienne.

(3) On discute beaucoup ces derniers temps sur le caractère antisémite ou non des agressions (affaire Rudy Haddad…) et de l’enlèvement et mise à mort de Ilan Halimi. Pour être antisémites, les agresseurs devraient tenir un discours clairement antisémite. Pour qu’une agression soit antisémite, ses auteurs devraient tous exécrer fermement et consciemment les Juifs. A cette aune, le pogrome de Kichinev n’était pas antisémite ou pas vraiment. Les hommes du peuple russe que la police tsariste lançait contre les quartiers juifs, n’étaient pas des doctrinaires. Ils étaient imprégnés de préjugés alimentés régulièrement par les Popes de l’église grecque orthodoxe. Ils pouvaient vivre pacifiquement à proximité des Juifs, les « yévreï » (les Hébreux, car en Russie on ne disait pas juif mais hébreu), pendant de longues périodes, sans que rien ne se passe.
Les explosions de violences contre les Juifs n’étaient pas spontanées ; elles étaient décidées par certains cercles de la police tsariste et employaient des hommes aux motifs variés. Pour certains : c’était la haine pathologique du Juif ; pour d’autres c’était une certaine hostilité ou une indifférence pouvant basculer dans l’exaction ; pour d’autres encore, l’intérêt ou l’emprise de la police étaient les causes de leur action. Les motifs n’étaient pas tous clairs, ni tous les mêmes, mais la victime était toujours la même.
Chez les hommes des SA et des SS, on retrouvera la même hétérogénéité que dans la bande à Fofana. Certains tueurs voulaient tuer du Juif ; d’autres agissaient par fidélité au serment prêté au führer qui avait su dire non au traité de Versailles ; d’autres agissaient par automatisme bureaucratique ; certains agissaient par pression de l’entourage et parfois par crainte des conséquences de leur refus de s’associer à la meute déchaînée. Mais qui peut prétendre que les camps nazis ou que les fusillades en masse de la shoah par balle n’étaient pas des actes antisémites ? Etait-ce seulement l’ampleur du crime qui donnera leur caractère à ces meurtres ? Mais l’affaire Dreyfus n’était-elle pas aussi l’affaire d’un seul homme, comme le meurtre de Ilan Halimi ?
Pour certains adversaires de Dreyfus, il s’agissait seulement de raison d’état et de protection de l’état méoral [=mémorial?] de l’outil militaire qui devait permettre de reconquérir l’Alsace et la Lorraine ? Quels étaient les motifs des différents complices fabriquant et produisant de fausses preuves devant la justice militaire ? Agissaient-ils tous par détestation des Juifs ? Comme Dreyfus, Ilan est un individu ; comme au sein de la justice militaire et parmi ses auxiliaires et ses complices il y a hétérogénéité morale parmi les membres de la bande. Cette hétérogénéité donnerait-elle, dans ce cas, un autre contenu au meurtre de cet homme enlevé uniquement parce qu’il était juif ? Les discours et les menaces de « les massacrer tous » (les Juifs), lancés par des groupes d’habitants du quartier du boulevard Voltaire, à la suite de la bagarre entre jeunes Juifs -ayant riposté à l’agression contre la cérémonie devant le magasin où travaillait Ilan Halimi - et des jeunes du quartier, Maghrébins ou d’origine maghrébine, montrent que, pour paraphraser Brecht : « est encore fécond le ventre d’où la bête immonde est sortie ».
Certains de nos intervenants télévisés continuent de se réclamer d’une sociologie marxisante, voire marxiste, mais, paradoxalement, ils ne nous parlent jamais du caractère lumpen prolétaire [sous-prolétariat] des individus versant dans l’antisémitisme actif. La tradition marxiste, dont se réclament sans vergogne bon nombre de sympathisants non musulmans du Hamas, montre pourtant clairement que la base sociale active du fascisme provient, pour l’essentiel, du lumpen prolétariat. Le socialisme des fous [lire: imbéciles], qui sert de doctrine à la toute nouvelle FDA, affirmant par la menace l’exigence de la revanche arabe en France qualifiée de raciste et oppressive, confirme ce développement des courants « nationaux socialistes » parmi cette population. Comme dans l’Allemagne des années vingt, l’antisémitisme sert de ciment idéologique à ce bric-à-brac.

(4) Une certaine presse tue une seconde fois Ilan Halimi, en sa qualité de Juif. Ilan n’est pas un Juif, il n’est pas un membre du peuple juif, il n’est pas un membre d’Israël dispersé parmi les nations. Ilan est un on ne sait quoi, « de confession juive »... Derrière cette définition, être de « confession juive », on retrouve des arrière-pensées politiques. Il ne faut pas qu’il existe en France des Juifs, c’est-à-dire des membres du peuple juif dispersé, Peuple uni par delà les frontières, mais citoyen dans chaque pays et loyal envers ses concitoyens non juifs. Il ne faut pas qu’il existe de peuple juif, parce qu’il faut donner consistance au misérable argument invoqué par le défunt Lambert : descendre dans la rue pour protéger ses concitoyens juifs, objets de violences, c’est affaiblir le combat du peuple palestinien, c’est venir en aide à l’état théocratique d’Israël.

(5) Ce sont les termes qu’utilisera un des avocats de Youssouf Fofana, pour caractériser les actions de solidarité avec la famille Halimi et l’alerte lancée à tous les citoyens dans le but de défendre le pacte social républicain.

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Mis en ligne le 5 mai 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org