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Trois livres sur la haine d’Israël - Itshak Lurçat
14/05/2009

13/05/09

Sur le Blog "Lettres d’Israël", 12.05.2009

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La vérité sur la mort d’Ilan Halimi, Ruth Halimi et Emilie Frèche

 

L’horrible assassinat d’Ilan Halimi, en 2006, par une bande de "jeunes" se faisant appeler le "gang des Barbares" – qui l’avaient torturé pendant trois longues semaines, avant de brûler son corps et de l’abandonner, agonisant, le long d’une voie ferrée – avait bouleversé les Juifs de France et du monde entier. Outre le caractère antijuif évident de ce crime – contesté jusqu’à aujourd’hui par une partie de l’opinion et des médias en France – les Juifs ont été choqués de découvrir (même si certains le savaient depuis longtemps) que l’antisémitisme était de retour, sous sa forme la plus primitive et la plus violente. Trois ans plus tard, la mère d’Ilan, Ruth Halimi, relate le drame de son fils, dans un livre coécrit avec la romancière Emilie Frèche. Intitulé "24 jours" et sous-titré "La vérité sur la mort d’Ilan Halimi", ce livre raconte, jour après jour et heure par heure, les trois semaines d’angoisse vécues par la famille d’Ilan, contrainte au silence par la police française en qui elle avait placé tous ses espoirs. Les nuits blanches, les appels téléphoniques des ravisseurs – dont le mobile antijuif est évident pour Ruth Halimi dès le premier moment – et les consignes de la brigade criminelle qui croit pouvoir sauver Ilan jusqu’au dernier moment et qui minimise l’aspect antisémite de l’affaire : tout cela est rapporté avec une véracité qui tient en haleine jusqu’à la dernière page, et jusqu’au dénouement tragique... Dénouement qui, aux dires de Ruth Halimi, aurait pu être évité, si son fils avait eu plus de chance, et si l’enquête avait été menée autrement par la police et par les autorités françaises.

 

Au-delà de l’aspect poignant de ce témoignage qui se lit comme un thriller, le souffle coupé, ce livre apporte en effet un éclairage nouveau sur cette affaire, alors que le procès des assassins vient de s’ouvrir à Paris. C’est le refus des policiers de reconnaître la dimension antisémite de l’enlèvement d’Ilan Halimi (alors même que ce dernier avait été précédé de plusieurs tentatives d’enlèvement et d’extorsion de fonds visant toutes des médecins juifs). Comme l’expliquent les auteurs, "Reconnaître la dimension antisémite de cet enlèvement n’était pas un détail. Au contraire, cela aurait permis d’appréhender différemment le ravisseur, de cerner sa psychologie, et de mesurer les risques qu’encourait Ilan. Comprendre la haine de ces hommes, c’était comprendre qu’Ilan pouvait mourir"... On réalise en lisant ces lignes qu’Ilan Halimi a été doublement victime : victime de la haine antijuive, qui n’a jamais été aussi vivace en France depuis 1945, et victime de l’idéologie dominante qui refuse toujours de prendre la mesure du phénomène antisémite et de le combattre efficacement.

 

Editions du Seuil 2009, 187 pages, 17,80 euros.

 

Contre Israël. De l’amour de la Palestine à la haine des Juifs, d’Albert Naccache

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Pour comprendre comment la France est redevenue un pays où les Juifs sont en danger – et pas seulement en danger d’être insultés ou tabassés, mais en danger de mort – il faut lire le livre d’Albert Naccache, intitulé "Contre Israël, de l’amour de la Palestine à la haine des Juifs". Cet ouvrage aborde en effet un sujet essentiel, et pratiquement inexploré : celui du discours anti-israélien, antisioniste et antijuif dans la France contemporaine. Ce thème avait certes déjà été étudié par quelques auteurs, et notamment par Pierre-André Taguieff dont le livre La nouvelle judéophobie paru en 2002 est devenu un "classique"... Mais Albert Naccache aborde le sujet sous un angle différent, plus factuel et moins intellectuel, en se focalisant sur les faits plus que sur leur interprétation. Son livre est en effet une impressionnante accumulation de discours, d’appels à manifester contre Israël, de pétitions pour "la Palestine" et contre le sionisme... Un des aspects les plus intéressants de ce livre est de montrer comment la France est devenue un champ d’action politique (et parfois violente) pour tous les mouvements les plus radicaux du monde arabo-musulman : Fatah, Hamas, Hezbollah, qui sont représentés dans l’Hexagone à la fois par des organismes de soutien et de collecte de fonds (comme le CBSP, organe de collecte du Hamas en France) et par des associations très nombreuses, souvent groupusculaires mais pas moins dangereuses, qui occupent le devant de la scène et multiplient les actions et les provocations. Parmi les innombrables acteurs de cette offensive contre Israël et contre les Juifs étudiés dans le livre, citons notamment les prédicateurs islamistes comme Hassan Iquioussen, les intellectuels antisionistes comme Edgar Morin ou Pascal Boniface, les médias engagés contre Israël comme L’Humanité ou les radios musulmanes, les militants "rouges-bruns-verts" parmi lesquels l’auteur cite Dieudonné, Alain Soral, Roger Garaudy ou l’association propalestinienne radicale CAPJPO, dont les dirigeants sont des militants trotskistes d’origine juive. L’auteur montre le rôle d’Internet dans ce foisonnement d’activité anti-israélienne et antijuive. Tous ces acteurs, certes très différents, se rejoignent dans leur haine d’Israël qui se confond souvent avec l’antisémitisme et alimente le climat délétère qui règne aujourd’hui en France, et a rendu possible l’assassinat d’Ilan Halimi. Un travail important et méritoire. (On regrettera l’absence d’index).

 

Editions Cheminements 2008, 407 pages, 22 euros.


[Voir autre recension sur le site de l’Upjf.]

 

 

Jours tranquilles, de Lizzie Doron

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Le retour et l’omniprésence de l’antisémitisme en France aujourd’hui illustrent un phénomène que décrivait récemment l’historien israélien Bentsion Nétanyahou, spécialiste du judaïsme espagnol au Moyen-Age, en termes très forts, déclarant que "la Shoah ne s’était pas arrêtée en 1945, mais qu’elle se poursuivait en fait jusqu’à maintenant, à travers la volonté génocidaire des ennemis d’Israël". Cette déclaration audacieuse n’étonnera pas ceux qui savent ce qu’était la Shoah, pour l’avoir vécue dans leur chair : je veux parler des survivants. L’écrivain israélienne Lizzie Doron, dont nous avions évoqué ici le premier livre traduit en français, "Pourquoi n’es-tu pas venue avant la guerre ?", revient dans son dernier livre sur son thème de prédilection, l’évocation des survivants de la Shoah en Israël. A travers le récit de la vie quotidienne des habitués d’un petit salon de coiffure au cœur de Tel-Aviv, c’est tout l’univers des rescapés qui apparaît, univers peuplé de personnages attachants, cherchant désespérement à reconstruire leur vie et à retrouver des raisons de vivre, sans jamais pouvoir oublier leur passé. Rendant compte du précédent livre de Lizzie Doron, j’écrivais qu’elle appartenait à un nouveau courant de la littérature israélienne contemporaine, celui des auteurs enfants de rescapés, qui font vivre à travers leur plume le monde de leurs parents. L’évocation talentueuse de cet univers par la plume de Lizzie Doron ou par celle de son collègue Amir Gutfreund permet aussi de comprendre la réalité d’Israël aujourd’hui, celle d’un pays profondément marqué et hanté par la Shoah.

 

Editions Héloïse d’Ormesson 2009, 205 pages, 20 euros.

[Article paru dans VISION D’ISRAEL]

 

 

© Lettres d’Israël

 

Mis en ligne le 13 mai 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org