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Politique
Politique française

Pour qui les Français se prennent-ils ? Michael Freund
02/06/2009

L’idée d’opposer à la France donneuse de leçons à Israël, sa colonisation de la Corse, est dans l’air depuis des années. Déjà, en octobre 2003, j’avais concocté un faux scoop, à propos d’un imaginaire protocole d’accord prétendument signé, à Bruxelles, entre la gauche française et les Corses, après avoir été négocié à Miami [*]. Plus récemment (janvier 2009), j’ai mis en ligne un texte satirique [**] que m’avait adressé un blogueur israélien, enjoignant à la France – qui avait elle-même enjoint à Israël de retirer ses Forces armées en conflit armé avec les terroristes de la bande de Gaza et de signer un accord de paix avec les terroristes du Hamas -, de … retirer elle-même ses forces d’occupation de Corse, de négocier avec les mouvements indépendantistes corses et de signer avec eux un accord de paix en donnant à leur pays l’indépendance pour laquelle ils se battent depuis le 8 mai 1769. Aujourd’hui, c’est le tour du grand Michael Freund, d’emboucher cette trompette d’Ajaccio. Je m’en réjouis. (Menahem Macina).

[*] M. Macina, "L’accord de Miami, vers un Etat corse, colère de J. Chirac", 27 octobre 2003 ; [**] "Réponse du Coq (israélien) au Coq (français)... Satire, par Mosche d’Ashkelon", 26 janvier 2009.


1er juin 2009


The
Jerusalem Post, 26 mai 2009


Original anglais : "
Who do the French think they are?".

 

Adaptation française de Sentinelle 5769, revue et corrigée par M. Macina pour upjf.org


Ce mois-ci marque l’anniversaire de l’un des actes les plus honteux d’occupation militaire jamais survenu dans la région méditerranée. On s’est emparé d’un peuple entier, on l’a placé sous contrôle étranger, dépouillé de son indépendance naissante et contraint à la soumission. La liberté demeure un rêve lointain pour eux. Et en l’absence de dialogue, ils ne peuvent que s’irriter de chaque indignité commise sur leur chemin.

Oui, c’est vrai, je sais ce que vous pensez : cela fait 240 ans, et la Corse est toujours occupée par la France ? C’est en mai 1769 que les troupes françaises vainquirent les Corses à la bataille de Ponte Novu, mettant fin à 14 ans de République corse indépendante.

La France est intervenue après que la Corse ait été trahie par ses maîtres génois, qui l’avaient cédée à Paris, l’année précédente, par le traité de Versailles. Les Français se décidèrent vite à écraser la liberté durement acquise en combattant, par les Corses, soumettant les séparatistes afin d’annexer l’île. Elle sert aujourd’hui de destination touristique populaire et c’est l’une des 26 régions de France. 

En quoi cela concerne-t-il Israël, pouvez-vous demander ? Eh bien, j’ai pensé à la Corse après que Paris eut proféré quantité de condamnations d’Israël, formulées sur un mode acéré, ces derniers jours, en particulier pour fustiger l’absence de volonté d’Israël de céder les « territoires occupés » aux Palestiniens.

Malgré toutes ses indignations légitimes sur les questions d’autodétermination, quand on en vient aux “territoires occupés” de la France elle-même, Paris semble chanter une tout autre chanson.

Tout a commencé vendredi dernier, quand le ministre français des affaires étrangères a réagi avec colère à la déclaration du Premier ministre, Benyamin Netanyahou, sur Jérusalem destinée à demeurer la capitale unifiée d’Israël. Un porte-parole français a accusé l’Etat juif de préjuger du résultat des négociations, qualifié brutalement ses actions dans la ville « d’inacceptables et contraires à la loi internationale », et insisté pour qu’elle « devienne la capitale de deux Etats ».

Et puis, lundi, le Président Nicolas Sarkozy a déclaré à l’agence de presse WAM (Emirats Arabes Unis) que les Palestiniens ont un « droit légitime » à un Etat et qu’Israël doit cesser toute construction d’implantations sur la rive occidentale (Cisjordanie).

 

Mais pour qui les Français se prennent-ils ? Même quand ils font la leçon à Israël à propos de « droits légitimes », ils se gardent de les pratiquer dans leur arrière-pays. De fait, au cours des trois dernières décennies, divers mouvements corses ont cherché à obtenir plus d’autonomie, ou même l’indépendance par rapport à la France. Et alors que le précédent gouvernement français avait accordé aux Corses des bribes limitées d’autonomie, Paris a, de façon têtue, refusé de renoncer à sa souveraineté sur leur territoire.

Il y a tout juste deux semaines, le maire du village de pêcheurs de Galeria s’est vu rappeler de manière déplaisante qui commande sur l’île. Après que Daniel Rossi eut décidé qu’une réunion du conseil municipal de Galeria, sur deux, aurait lieu en langue corse, il a essuyé une réprimande publique du gouvernement français. 

« La langue française est la langue des institutions de la République »,

a grogné un bureaucrate français, ajoutant que les actions de Rossi étaient illégales et violaient même la constitution française.

Qu’est-il arrivé à : "Liberté, Egalité, Fraternité"?

Et la Corse, bien sûr, n’est pas le seul exemple du deux poids–deux mesures, pratiqué par la France. Demandez aux Basques, ou aux habitants du nord de la Catalogne (Roussillon) comment l’Etat français traite leurs revendications historiques, ou leurs droits à l’autodétermination

Il n’est pas question de permettre à la France cette attitude hypocrite, ni de la laisser sans réponse. Voici donc ce que je propose : « Suivons l’exemple de la France, et mettons-nous à tempêter contre elle à toute occasion ».

Le 3 juin, Netanyahou doit se rendre à Paris pour rencontrer Sarkozy. Il n’y a pas de raison qu’Israël reste les bras croisés face aux exigences françaises, ou ignore les ingérences [du Président français] dans nos affaires intérieures. Nous devrions proposer d’envoyer des contrôleurs des droits de l’homme pour examiner la situation en Corse, fournir une aide au développement à la région basque, et financer les ONG de Catalogne qui veulent maintenir vivante leur culture en péril.

Ou peut-être devons-nous rédiger quelques projets de résolutions à l’ONU et proposer des solutions à ces conflits interminables.

En tant que Juifs et Israéliens, levons la bannière de la liberté pour ceux qui vivent encore sous occupation française, et répondons vivement et fermement à chaque cri de « Vive la Palestine » par trois mots brefs : « Vive la Corse Libre ».

Cela paraît idiot ? Peut-être. Mais plutôt que d’être constamment la cible de la critique française, inversons enfin les rôles en faisant goûter à Paris son propre remède.


Michael Freund


© The Jerusalem Post

 

Mis en ligne le 1er juin 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org