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JStreet, IDI : Deux think-tank à l’humanisme exacerbé et au multiculturalisme effréné, Albert Soued
01/06/2009

Article important et éclairant. A faire circuler largement. (Menahem Macina).

31/05/09


Les deux principaux pôles du judaïsme, aux Etats-Unis et en Israël, sont de même dimension, mais ils évoluent différemment. Deux organismes se sont distingués récemment, l’un aux Etats-Unis, JStreet, l’autre en Israël, l’IDI, mais rien ne les relie, si ce n’est qu’ils ont été créés par des Juifs bien pensants et qu’ils sont financés, l’un comme l’autre, en grande partie, par des Américains qui votent "démocrate".

JStreet prétend être le reflet du Juif américain de la rue, dans son désir d’aider l’Etat d’Israël, et revendique déjà une liste de contacts de 100 000 personnes (1). Cette ONG, qui se veut populaire, a pour but de concurrencer, plutôt que d’aider, le lobby pro-israélien auprès du Congrès américain, l’AIPAC, association qui compte 100 000 membres (2).

JStreet a été créée récemment par Jeremy Ben Ami, fils de Yitshaq Ben Ami, militant de l’Irgoun, qui avait acheté l’Altalena pour acheminer les réfugiés juifs de la Shoah vers l’Etat d’Israël naissant. Ce militant était à bord du navire, au large de Tel Aviv, en 1948, quand Yitsh’aq Rabin reçut l’ordre de le bombarder, causant des dizaines de morts.

Se disant pourtant sioniste et pro-israélien, son fils Jeremy Ben Ami, qui est Américain, regrette que le conflit "Plomb [fondu]" ait éclaté à Gaza. Selon lui, il aurait pu être évité si les passages humanitaires avaient été autorisés entre Gaza et Israël. Sa préoccupation est qu’Israël répare au plus vite les "injustices" commises vis-à-vis des Palestiniens, et il suggère d’oublier les récriminations mutuelles passées, afin de parvenir à une paix rapide. Oubliant le sort réservé aux 900 000 Juifs chassés des pays arabes - qui sont tous devenus, à une ou deux exceptions près, "judenrein" -, Mr Ben Ami semble être frappé d’une amnésie asymétrique, ce qui est étonnant de la part du directeur d’une organisation qui se dit puissante et responsable. Il oublie aussi les 60 ans de guerres ouvertes, ou de guerres d’usure sauvages, infligées à Israël par ses voisins arabes, directement ou par milices interposées. Pour Jeremy Ben Ami, c’est à Israël de faire des concessions pour obtenir la paix… une fois pour toutes. Pour lui, l’existence d’Israël serait menacée, à terme, si ce pays continuait à vivre sans frontières reconnues, et il faudrait que "l’ami américain" le contraigne à une solution territoriale définitive (3).

Il faut savoir qu’aujourd’hui, seuls 7% de Juifs américains s’intéressent au sort d’Israël et que Jeremy ben Ami est dans l’état d’esprit d’une majorité de juifs américains qui, à 80%, ont voté démocrate et sont en faveur de Barak Obama. En outre, Ben Ami accuse Israël d’être la cause du désintérêt des Juifs américains pour le judaïsme (4).


L’Institut d’Israël pour la démocratie  ou IDI (Israel Democratic Institute) est une association privée, créée il y a 19 ans par Arik Carmon, historien, homme entreprenant et charismatique. Elle est financée, entre autres, par de riches démocrates américains (5). Cet Institut a pour but de développer des études et des actions afin de favoriser la démocratie. Il a été notamment chargé par le gouvernement d’élaborer une Constitution pour l’Etat d’Israël. En effet, sans Constitution, Israël se contente jusqu’à aujourd’hui de lois anglaises datant de l’époque du mandat [britannique], ou de lois votées par la Knesset pour pallier ce manque.

L’IDI a un budget de 5 à 6 millions de dollars, ce qui est énorme pour un pays de 7,5 millions d’habitants. Interrogé sur l’ampleur de ses émoluments, soit 120 000 sheqels (30 000 dollars) par mois, son directeur répond : "l’excellence se paie". Mais comment se fait-il qu’on ait chargé un institut privé, financé par l’étranger, d’élaborer la Constitution du pays ? Au demeurant, la Constitution élaborée a peu de chances d’être approuvée par la Knesset et, de ce fait, elle ne lui a pas été présentée. En effet, le consensus obtenu par l’IDI lors des consultations ne prévoit pas qu’Israël soit un Etat Juif (6).

Pourtant l’IDI vient d’obtenir une haute distinction de l’Etat, le prix d’Israël, parmi une dizaine de récipiendaires, et ceci malgré les réticences de certains ; lorsqu’il lui a donné sa médaille, Benyamin Netanyahou a félicité Mr Carmon du bout des lèvres... En fait, une grande partie du jury de ce Prix est constituée d’anciens collaborateurs de l’IDI, qui apparaît de plus en plus comme un "think tank" issu de l’élite laïque et de la "gauche caviar" israélienne (7). L’IDI cherche à pérenniser des idées qui ont 60 ans d’âge, un mélange de libéralisme et d’humanisme aussi exacerbés qu’éculés, et un universalisme aussi effréné qu’incompris (8).

Au-delà de [son activité de] "think tank", l’IDI est un lobby de fait, qui cherche à contrecarrer l’évolution socio-politique constatée dans le pays depuis une vingtaine d’années, du fait de la progression de la religion, de la natalité et des idées de droite.

 

Le JStreet aux Etats-Unis et l’IDI en Israël vont dans le sens des "démocrates" américains et européens, qui aspirent à la paix à tout prix et veulent éviter la confrontation avec la rue arabe radicalisée. Alors que l’IDI va à contre courant d’une opinion israélienne qui a évolué du fait de la démographie (plus de naissances religieuses, immigration russe plus nationaliste et moins universaliste….), et des expériences douloureuses des concessions unilatérales [consenties par Israël] tant au sud Liban qu’à Gaza, JStreet est en phase avec la rue juive qui se déjudaïse et qui pourrait accepter l’idée d’une confrontation avec la société israélienne, suggérée par la nouvelle administration américaine.

De notre point de vue, cette dynamique "perte d’identité-déjudaïsation-antisionisme" décelable dans de nombreuses associations juives américaines et israéliennes, favorables à "la paix à tout prix" et proches du pouvoir américain, risque d’être plus explosive que l’arme en préparation par les mollahs perses.


© Albert Soued


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Notes


(1) Le nom JStreet serait une allusion non seulement à JewStreet, Juif de la rue, mais aussi à une rue de la capitale qui n’existerait pas, la suite des rues passant directement de la rue I à la rue K. Ben Ami aurait donc créé une organisation qui manquait au  judaïsme américain.

(2) L’AIPAC, ou "American Israel Public Affaires Committee", réunit chaque année une "Conférence des présidents des organisations juives américaines", organe représentatif de 5 à 6 500 membres, puisqu’il regroupe des dirigeants juifs élus. L’AIPAC a été diffamée pendant plusieurs années, le FBI ayant piégé deux de ses fonctionnaires dans une fausse affaire d’espionnage au profit d’Israël. Subissant depuis longtemps l’influence arabe à travers des subsides pétroliers, certains membres du FBI ont voulu limiter l’influence du lobby juif. Les 2 membres de l’AIPAC ont été récemment blanchis.

(3) On est sidéré par la naïveté de certains Américains qui veulent appliquer des idéologies humanistes et la démocratie à un Moyen Orient qui se radicalise de plus en plus et qui n’est pas prêt à les comprendre.

(4) Le désintérêt des Juifs américains non seulement vis-à-vis d’Israël, mais aussi du judaïsme, est la conséquence d’une assimilation, accélérée par les mariages mixtes et la sécularisation, lente mais importante, de la société américaine en général, qui a gagné 10 points en dix ans, les citoyens déclarant n’appartenir à aucune religion passant de 25% à 35%. A titre d’exemple, un professeur juif de sociologie de l’Université de Californie, William Robinson, a envoyé un mail à 80 étudiants de son cours "sociologie de la globalisation", avec comme titre "Parallèle entre Israéliens et nazis" ; il compare Gaza à un camp de concentration où un lent génocide aurait lieu (!), juxtaposant des photos de cadavres de gamins…

(5) On parle du milliardaire Soros, par exemple, dont on connaît "la sympathie" vis-à-vis d’Israël. L’IDI organise des séminaires, des colloques et des groupes de débat à l’intention des organes de l’Etat et des sociétés nationales. L’IDI publie aussi une revue de prestige "Seventh eye", ou "le 7ème œil", organe des médias israéliens.

(6) Dans ce projet de Constitution, où la judéité de l’Etat n’est pas mentionnée pour ne pas froisser les sentiments de 20% d’Arabes [israéliens], quatre sujets sont néanmoins écartés du texte élaboré : mariage et divorce, conversion, le shabbat et la cashrout.

(7) On dit que tous ceux qui comptent à l’Université Bar Ilan émargent sur la feuille de paie de l’IDI !

(8) Poussé trop loin par certains acteurs de la société israélienne, le multiculturalisme devient ridicule, voire néfaste. Exemple récent: un programme de "danse soufi". Le soufisme fut, en son temps, un courant ésotérique de l’islam, tolérant et ouvert. Persécuté et pourchassé par l’islam radical depuis un demi-siècle, ce soufisme semble être rentré dans le rang, perdant son originalité et ne conservant qu’un aspect folklorique. Une salle de concert du plein centre de Tel Aviv a présenté un spectacle de danse et de chants soi-disant soufis, mis en scène par une américaine convertie à l’islam "H’aja Khadija". Celle-ci en a profité pour infliger aux spectateurs abasourdis un muezzin venu prier et entonner des chants religieux qui ne ressemblent en rien aux incantations soufies, exaltant les prophètes Mohammed et Jésus. Ajoutez à cela les agents du prosélytisme venus distribuer à de pauvres Israéliens ayant perdu leurs repères, des tee-shirts et de la littérature à la gloire de ces deux prophètes.


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Sources:

Yitzhaq Klein, "The strange case of the Israel Democracy Institute",  The Jerusalem Post, 27/04/09.

"Studying the system’s shortcomings", interview d’Arik Carmon par Ruthie Blum Leibovitz, The Jerusalem Post, 08/05/09.

David J Forman, "JStreet must not go in the wrong direction", The Jerusalem Post, 07/05/09.

"Israel’s rights… and wrongs" interview de Jeremy Ben Ami par Ruthie Blum Leibovitz, The Jerusalem Post, 29/04/09.

 

[Cet article n’est pas encore en ligne sur le site de A. Soued. J’en dois le texte à Matsada – Infos, que je remercie. J’ai mis en forme les références aux sources et ajouté les liens. M. Macina]

 

© Nuit d’Orient

 

Mis en ligne le 31 mai 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org