Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Bibliographie

« Si c’est un Juif », d’Adrien Barrot
24/05/2009

Quand un professeur de philosophie dissèque avec brio ce qui a rendu possible la mort d’Ilan Halimi.

23/05/09

Si c’est un Juif, d’Adrien Barrot

Février vient de s’achever et l’on n’a peut-être pas commémoré comme il se devait l’anniversaire de la mort d’Ilan Halimi. Il y a un an, le jeune homme était enlevé, séquestré, supplicié et finalement abandonné, agonisant, au bord d’une ligne de chemin de fer. L’horreur et l’indignation suscitées par la barbarie du crime ont été générales. De l’eau a coulé sous les ponts depuis, mais la situation s’est-elle vraiment améliorée du point de vue de la lutte contre l’antisémitisme ? Dieudonné a toujours pignon sur rue et fait maintenant salle comble avec le concours de la fine fleur du Front national. Un écrivain « respectable », Raphaël Confiant, qualifie les Juifs d’« Innommables ». Il y a encore trois mois, à la sortie d’un match de foot, un jeune Juif était pris en chasse par une meute de supporters enragés…


Normalien, Adrien Barrot enseigne la philosophie à l’université de Paris XII. A 40 ans, il est l’auteur d’un plaidoyer sur l’école (L’Enseignement mis à mort, E. J. L., coll. Librio, 2000, 88 pages) qui lui fait résolument côtoyer les auteurs les plus critiques – souvent aussi les plus lucides hélas – sur la situation de l’instruction publique en France.


Son dernier essai, Si c’est un Juif*, prend l’affaire Ilan Halimi pour point de départ. Elle le conduit à aborder une partie de ces facteurs « qui contribuent au détraquage généralisé de notre époque et de ce pays », car qui veut comprendre la résurgence actuelle de l’antisémitisme doit la replacer dans l’état de déliquescence qui l’a rendue possible. A l’appui de sa thèse, le philosophe nous livre des considérations souvent pénétrantes sur la consubstantialité du nazisme et du gangstérisme ; l’inanité d’une critique sociale impénitente qui, trop souvent, trouve des excuses à l’injustifiable ; le recyclage et le blanchiment de la haine antijuive la plus éculée par le truchement de l’antisionisme ; le rapport du marxisme au « fait juif » ; etc.


Adrien Barrot fait partie de ces Cassandre qui n’apportent que des mauvaises nouvelles. Voici donc un livre qui ne fera pas l’unanimité, un livre qui, si on daigne bien lui accorder l’importance qu’il mérite, va diviser.



* Adrien Barrot, Si c’est un Juif. Réflexions sur la mort d’Ilan Halimi, Michalon, 2007, 149 pages, 14 €.