Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Israël (Société - mentalités)
Israël-Palestine (conflit)

Le mythe des implantations, par Charles Krauthammer
07/06/2009

Merci au traducteur bénévole et talentueux pour cette version française limpide et alerte, remarquablement fidèle à l’original. Le texte de Krauthammer, quant à lui, est à l’image de l’homme et de l’analyste, droit et tranchant comme un lame. Krauthammer est un homme d’une intégrité absolue. J’imagine sa souffrance devant ce revirement d’attitude d’un président américain qui détruit sans état d’âme ce que ses prédécesseurs ont laissé s’édifier, mettant Israël en danger mortel. Je suis de coeur et d’esprit avec lui. Que Dieu change le coeur de cet homme inquiétant. (Menahem Macina).

07/06/09

JewishWorldReview.com, 5 juin 2009

Texte original anglais
" The Settlements Myth",

Traduction française : Marcoroz

Note importante : Nous rappelons aux webmestres que la reproduction des articles que nous mettons en ligne est libre, sous réserve que soient respectées les prescriptions légales suivantes: mention expresse de l’auteur et/ou du traducteur de l’article, du nom du site, et de l’url de la page reproduite. Toute infraction à ces dispositions nous contraindra à exiger la suppression de l’article reproduit, sans préjudice d’autres mesures en cas de refus de respecter nos conditions. (upjf.org).

[Les mises en exergue typographique de cet article sont miennes. M. Macina.]

 

Le Président Obama ne cesse d’affirmer que la politique extérieure des États-Unis doit être conduite avec modestie et humilité. Surtout, il ne faut plus que l’Amérique « dicte » sa politique aux autres pays. Il faut « bâtir des partenariats et non pas simplement dicter des solutions », a-t-il déclaré au sommet du G-20. Dans les négociations au Moyen-Orient, à en croire les propos qu’il a tenus sur al-Arabiya, l’Amérique, dorénavant, « commencera par écouter, parce que, bien trop souvent, les États-Unis commencent par dicter ».

Voilà un sentiment admirable. C’est valable vis-à-vis de tout le monde : vis-à-vis de l’Iran, de la Russie, de Cuba, de la Syrie, et même du Venezuela. Sauf vis-à-vis d’Israël. A Israël, on ordonne de geler toute implantation. De manière impérieuse, la Secrétaire d’État, Hillary Clinton, a explicité ce diktat : « un arrêt des implantations — pas d’implantations, pas de postes avancés, pas d’exceptions liées à la croissance naturelle ».

De quoi s’agit-il ? Pas de « croissance naturelle » veut dire l’étranglement mortel des villes prospères situées à proximité de la ligne d’armistice de 1949, dont un certain nombre sont des banlieues de Jérusalem, et que dans toutes les négociations de la dernière décennie, Israël était censé conserver. Cela veut dire pas de croissance démographique. Ce qui veut dire pas de bébés. Ou alors, si l’on a des bébés, pas de quoi les loger — pas même à l’intérieur des limites existantes des agglomérations. Ce qui veut signifie que, pour chaque enfant qui naît, il faut que quelqu’un parte. Aucune collectivité ne saurait survivre de cette façon. L’objectif évident est d’ébranler et de détruire ces villes — avant même les négociations.

Dans quel but ? Au cours de la dernière décennie, le gouvernement américain avait admis qu’un traité de paix final impliquerait nécessairement que les Israéliens conservent une partie des implantations les plus proches — et accordent aux Palestiniens, en compensation, une superficie équivalente du territoire d’Israël même.

C’est ce qui avait été envisagé avec le plan Clinton, lors des négociations de Camp David, en 2000, et à nouveau, à Taba, en 2001. Au bout du compte, pourquoi expulser des gens de leurs maisons et faire de leurs villes des tas de décombres, alors qu’Arabes et Juifs pourraient rester dans leurs maisons si la ligne d’armistice de 1949 était légèrement déplacée du côté palestinien pour englober les principales implantations juives du voisinage et, parallèlement, déplacée à l’intérieur du territoire israélien pour donner du terrain aux Palestiniens ?

Non seulement cette idée était logique, non seulement elle avait été acceptée aussi bien par les gouvernements démocrates que par les gouvernements républicains au cours de la dernière décennie, mais elle avait été approuvée par écrit dans les protocoles d’accord échangés entre Israël et les Etats-Unis, en 2004 — et par la suite massivement approuvée par une résolution concomitante du Congrès.

Pourtant, le Département d’État d’Obama a refusé, à plusieurs reprises, d’avaliser ces accords et même de dire qu’il allait les honorer. Et cela, de la part d’un président qui affirme avec constance que toutes les parties du conflit doivent honorer leurs obligations antérieures. Et qui, maintenant, attend des Israéliens qu’ils acceptent de nouvelles garanties américaines en échange de concessions concrètes et irréversibles, alors qu’avec cynisme, il vient juste de tirer lui-même un trait sur les garanties américaines antérieures.

Toute cette histoire de "croissance naturelle" n’est qu’une machination. Le processus de paix est-il moribond parce qu’un enseignant, dans le quartier juif de Jérusalem, agrandit sa maison afin de pouvoir y loger ses petits-enfants ? il faut être pervers pour faire de cette question le point central du processus de paix, alors même que Gaza est entre les mains de terroristes du Hamas qui mènent une guerre permanente contre Israël, et que Mahmoud Abbas, après avoir décliné toutes les propositions de paix d’Ehud Olmert, ose déclarer qu’il est dans l’attente — dans l’attente de voir le Hamas devenir modéré et Israël s’effondrer — et qu’il ne fera rien, d’ici-là, pour faire avancer la paix.

Dans son discours au "monde musulman" annoncé avec tambours et trompettes et prononcé hier au Caire, Obama a déclaré que la "situation" du peuple palestinien était "intolérable." Elle l’est en effet. Cette situation est le résultat de 60 ans d’un leadership palestinien qui n’a apporté à son peuple que la corruption, la tyrannie, l’intolérance religieuse et la militarisation forcée : un leadership qui, durant trois générations, a rejeté toutes les opportunités d’indépendance et de dignité et a opté pour le dénuement et le désespoir plutôt que d’accepter toute installation qui ne serait pas accompagnée de la disparition d’Israël.

  • C’est ainsi que Hadj Amin al-Husseini a choisi la guerre plutôt qu’une solution de deux États en 1947.
  • C’est ainsi que Yasser Arafat a refusé un État palestinien en 2000.
  • Et c’est ainsi qu’Abbas a rejeté l’offre encore plus généreuse d’Olmert en décembre 2008.

Durant les 16 années écoulées depuis que la Judée-Samarie et Gaza ont été remises aux Palestiniens en vertu des accords d’Oslo, leurs dirigeants n’ont construit aucune route, aucun palais de justice, aucun hôpital, aucune des institutions étatiques fondamentales qui auraient permis de soulager les souffrances de leur peuple. Au lieu de cela, ils ont tout investi dans une infrastructure de guerre et de terreur, tout en déposant des milliards (provenant des donateurs occidentaux naïfs) sur leurs comptes en Suisse.


Obama dit qu’il est venu au Caire pour dire la vérité. Or, il n’en a pas articulé un seul mot. Il s’est contenté de prononcer, au milieu d’un flot de platitudes et de bons sentiments, la déclaration d’une nouvelle politique américaine : "Les États-Unis n’acceptent pas la légitimité de la continuation des colonies israéliennes". Obama a ainsi conforté le mythe selon lequel la misère des Palestiniens et leur situation d’apatrides seraient la faute d’Israël et des implantations juives.


Accuser Israël et chercher à faire des histoires à propos de sa "croissance naturelle" permet sans doute de se faire bien voir de la "rue" arabe, mais cela ne fera qu’inciter les États arabes à adopter l’attitude d’Abbas : croiser les bras et attendre que l’Amérique leur livre Israël sur un plateau. Ce qui rend la stratégie d’Obama non seulement abjecte, mais contre-productive.

 

Charles Krauthammer


© Jewish World Review

 

Mis en ligne le 7 juin 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org