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Christianisme

Le dimanche… même dans les camps de concentration ! Michel Fauquier
07/06/2009

Cet article est à vomir. J’ai mis en rouge les passages les plus indécents. Un commentaire suit [*].

[*] M. Macina, "Primo Lévi et Auschwitz instrumentalisés par un croisé catholique du repos dominical".


07/06/09

 

Sur le site Liberté Politique, 5 juin 2009

 

Incidemment, alors que l’écrivain décrit le mode de survie qui caractérise le Lager [1] où il a été déporté, Levi dit ceci :

« L’horaire de travail varie avec la saison. On travaille tant qu’il fait jour : aussi passe-t-on d’un horaire minimum l’hiver (de 8 heures à 12 heures et de 12h 30 à 16 heures) à un horaire maximum l’été (de 6h 30 à 12 heures et de 13 heures à 18 heures). En aucun cas les Häflinge [2] ne peuvent travailler quand il fait nuit ou lorsque le brouillard est intense, alors que le travail a lieu régulièrement par temps de pluie ou de neige, ou, (et c’est très fréquent) lorsque souffle le terrible vent des Carpates ; cela, pour la simple raison que l’obscurité ou le brouillard pourraient favoriser les tentatives de fuite. Un dimanche sur deux est un jour de travail. Et comme les dimanches dits fériés se passent en réalité à travailler à l’entretien du Lager au lieu de travailler à la Buna, les jours de repos effectif sont extrêmement rares »

(Primo Levi, Si c’est un homme, 1958, Martine Schruoffeneger trad., Le Livre de Poche/Julliard, Paris, 1987, p. 49).

Ce passage est saisissant de bien des points de vue : relevons d’abord que les horaires cités évoquent ceux de bien des caissières de supermarchés qui, fort heureusement, n’ont à supporter que le bruit qui est leur univers quotidien, et non les rigueurs du climat qui leur sont évités par les systèmes d’air conditionné. Il est vrai que le président élu n’était pas le candidat des caissières, marché électoral qu’avait tenté de capter une autre candidate. Il est vrai surtout qu’un supermarché n’a rien à voir avec un Lager. Mais enfin, quand même, on peut s’inquiéter de voir se développer la pratique des « nocturnes » dans le monde désormais noctambule du commerce : dans les Lager, au moins, on ne travaille que « tant qu’il fait jour ».

Plus saisissant encore est la remarque de Lévi à propos du dimanche : d’abord, elle suppose implicitement que le repos dominical est bien la norme de référence, sinon comment expliquer l’allusion à « un dimanche sur deux » ? Les historiens qui scrutent les systèmes totalitaires savent bien que ces systèmes ont tous prétendu se parer des atours de la rationalité et même de l’humanité, pour couvrir leurs crimes odieux : ce « un dimanche sur deux » était la dernière trace d’humanité — le mot est peut-être bien grand — dans cet enfer terrestre qu’étaient les Lager, il distinguait l’homme, même réduit à l’état de survie, de la bête. On dit en effet « travailler comme une bête » pour parler d’un travail qui ne connaît pas d’autres arrêts que ceux imposés par les nécessités de la vie végétative.

La remarque suivante de Lévi, à propos des « dimanches dits fériés » est encore plus intéressante, car elle nous ramène à l’actualité la plus brûlante : le gouvernement — car c’est bien lui, tout le monde l’avait compris comme l’a démontré avec brio M. le député Jacques Remiller (« Dimanche : le député Jacques Remiller dénonce la manœuvre du gouvernement », Le Fil, 14 mai 2009) — ne cesse de défendre son projet d’ouverture dominicale en jurant ses grands dieux qu’il n’entend pas remettre ainsi en cause le « principe du repos hebdomadaire », et qu’il s’est assuré que le travail dominical serait un « travail choisi ».

Le gouvernement, au sein duquel ne siège aucun nazi — était-ce même utile de le préciser ? — utilise pourtant le même argument que ces derniers, même si, contrairement à eux ce n’est pas par cynisme mais seulement par naïveté ou obstination : comme en témoigne Lévi, les nazis reconnaissaient en effet un caractère férié au dimanche, s’étant empressés de contourner cette difficulté en justifiant des accrocs à la règle par les nécessités de « l’entretien du Lager ».

Déjà l’exception devient la règle et « les jours de repos effectif sont extrêmement rares » : de nos jours, la nécessité invoquée est celle du commerce et on entend des arguments pour justifier l’injustifiable, qui résonnent comme le sinistre Arbeit macht frei [3] qui fut le premier contact de Primo Levi avec son Lager. C’est même ce rappel qui ouvre le chapitre [intitulé] « le fond », où Lévi parle du dimanche (op. cit., p. 26). Souhaitons que nous n’atteignons pas ce fond à notre tour, non pas cette fois en vertu de la charge homicide que portait le totalitarisme national-socialiste, mais, en vertu des « bons sentiments ». Comme jadis les trains, rappelons-nous qu’un totalitarisme peut en cacher un autre.

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[1] Camp, en l’occurrence de concentration : il s’agit ici de celui de la Buna qui fait partie du complexe d’Auschwitz.

[2] Détenus.

[3] Le travail rend libre.

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Michel Fauquier *


© Liberté Politique



* Michel Fauquier est professeur agrégé d’histoire ; il a publié Lettre ouverte du dernier des chrétiens au premier des Français à propos de l’ouverture des magasins le dimanche, éd. Tempora, Perpignan, 2009 (cf. présentation par Charles-Henri d’Andigné, Liberté politique n° 45, été 2009 à paraître).


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Mis en ligne le 7 juin 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org