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Israël (Société - mentalités)
Israël (défense - apologie d')

Une perspective plus complète concernant Israël, Yoram Elron
06/06/2009

07/06/09

 

Sur le site Le Devoir.com

 

Voilà deux ans que j’occupe le poste de consul général de l’État d’Israël à Montréal. Durant cette période, j’ai voyagé dans la région et éprouvé une grande admiration pour le Québec et pour la gentillesse remarquable et l’ouverture d’esprit qui caractérisent le peuple québécois. Cependant, cette ouverture d’esprit et la volonté des Québécois de partager des idées me semblent faire défaut quand il s’agit de la situation d’Israël dans le cadre du conflit moyen-oriental.

Actuellement, pour plusieurs journalistes, universitaires et autres critiques, c’est presque une mode que d’attribuer à Israël - consciemment ou non - la responsabilité de la plupart des problèmes qui surviennent au Moyen-Orient. C’est malheureusement ce raisonnement, souvent dénué de contexte historique ou d’exactitude, qui définit les perceptions et l’opinion du public dans ce débat complexe aux multiples facettes.

Ainsi, de plus en plus de personnes négligent, ou diluent la perception israélienne, préférant une rhétorique qui met l’accent essentiellement sur le narratif des Palestiniens.

Idéalement, la meilleure façon d’avoir une perspective complète des défis géopolitiques et sécuritaires auxquels les Israéliens doivent faire face quotidiennement, consisterait à se mettre à notre place. Tout au long de ses 61 années d’existence, Israël a été dans un état de guerre perpétuelle. Depuis l’Indépendance, en 1948, les Israéliens ont été subi de nombreuses guerres de survie, ainsi que des attentats terroristes. Malgré tout cela, depuis la création de l’État, les gouvernements israéliens successifs ont tendu la main aux voisins arabes, en signe de bonne volonté et de paix, tout en étant disposés à faire des compromis substantiels.

Pendant plusieurs décennies, notre désir de paix n’a pas été partagé et notre main tendue a souvent été rejetée. Voici quelques exemples:

  • En 1947, quand les Nations unies ont voté la partition de la Palestine, les dirigeants juifs ont accepté sans équivoque la notion de deux États, tandis que les dirigeants arabes ont catégoriquement refusé cette idée, et déclenché immédiatement une guerre visant à détruire notre nation naissante.
  • Au lendemain de la guerre qui nous a été imposée par nos voisins arabes en 1967, Israël a offert de renoncer aux territoires dont il avait pris le contrôle lors d’une campagne défensive, en échange de la paix et de la reconnaissance de l’État d’Israël. La Ligue arabe a rejeté notre proposition, adoptant au contraire la résolution infâme des «trois non», qui stipulait qu’il n’y aurait jamais de reconnaissance d’Israël, ni de paix ni de négociation avec lui.
  • Au sommet de Camp David II, en 2000, le Premier ministre, Ehoud Barak, a donné aux Palestiniens une occasion historique de créer leur propre État dans la bande de Gaza et la Cisjordanie. Le dirigeant palestinien Yasser Arafat a catégoriquement rejeté cette proposition généreuse et déclenché une vague de terreur meurtrière qui a tué plus de 1000 Israéliens, dont plus de 120 enfants.
  • En 2005, Israël a démantelé ses infrastructures civiles et militaires dans la bande de Gaza, ce qui a eu pour seule conséquence le lancement de milliers de missiles sur les civils israéliens par le Hamas, une organisation terroriste qui refuse à Israël le droit d’exister.

Force est de préciser que les Palestiniens n’ont pas le monopole de la souffrance. Et pourtant, il n’est pas surprenant de constater que tant de gens perçoivent Israël de façon critique, puisque ils ne voient pas l’autre face des choses, et que seule la douleur des Palestiniens est exposée et surmédiatisée. Comment est-il possible d’avoir une opinion juste et équilibrée de la situation actuelle qui prévaut, quand les positions sont a priori défavorables à Israël ?

Au cours des deux dernières années, j’ai lu de multiples analyses des effets des mesures défensives israéliennes sur la population palestinienne, mais très peu d’analyses de l’impact que les attentats-suicide, les missiles, et d’autres formes de terrorisme ont sur les Israéliens eux-mêmes. 

J’ai entendu de nombreuses condamnations de la barrière de sécurité - rendue pourtant inévitable pour arrêter les terroristes et défendre nos citoyens -, mais aucune suggestion quant à la manière dont Israël devrait se défendre contre ceux qui ont pour seul but de tuer et de mutiler le plus grand nombre d’innocents possible. [...]

Que feraient les autres nations du monde dans notre situation ? Qu’éprouveraient-elles si elles étaient contraintes de vivre durant des décennies sous la menace constante de guerres et d’attentats terroristes ? Comment réagiraient-elles si leurs nombreux gestes de paix étaient ignorés ou engendraient la violence dont nous avons toujours été la cible ? [...]

À la lumière de toutes ces considérations, permettez-moi de suggérer aux lecteurs de prendre le temps de comprendre et aussi d’analyser le conflit avec les yeux des Israéliens avant de juger ou de se hâter de condamner mon pays, le seul, au Moyen-Orient, a avoir les mêmes valeurs et idéaux que ceux qui tiennent à cœur aux Québécois.

 

Yoram Elron *

 

© Le Devoir

 

 

* Consul général d’Israël au Québec.

 


[Article aimablement signalé par R. Lewin.]

 

Mis en ligne le 7 juin 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org