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Israël (Société - mentalités)
Israël (boycott d')

Le boycott d’Israël se fait les dents aux Etats-Unis, Nadia Hijab
09/06/2009

En raison de l’événement grave que constitue la capitulation de Véolia aux pressions exercées sur elle pour qu’elle abandonne sa participation à la construction et à la gestion du tramway de Jérusalem [*], j’ai estimé utile de mettre en ligne cet article écrit en mai. Il illustre le fait tragique que, tandis que nous vaquons tranquillement à nos affaires et à notre vie quotidienne relativement insouciante, les ennemis d’Israël, eux, veillent et mettent tout en œuvre pour réussir, par la subversion politique, ce qu’ils n’ont pu obtenir par le recours au droit international, qui leur donne tort. L’heure est grave. Qu’attendons-nous pour réagir? (Menahem Macina).

[*] "Sous les pressions, Veolia renonce au projet de tramway à Jérusalem, Omar Barghouti crie victoire".


09/06/09


Texte repris du site Alternatives, 19 mai 2009.


Le 4 mai, des manifestants ont accueilli les actionnaires de Motorola, déjà mécontents des pertes de la compagnie, à leur arrivée au Rosemont Theater de Chicago, Illinois. La protestation, organisée par l’US Campaign to End the Israeli Occupation, faisait partie de la campagne "Raccrochez au nez de Motorola", jusqu’à ce qu’il stoppe les ventes de produits de communication et autres qui soutiennent l’occupation militaire d’Israël sur la terre palestinienne.

Lors de la rencontre, les Presbytériens, Méthodistes Unis et d’autres églises presseront les actionnaires de soutenir leur résolution, qui appelle à des normes d’entreprise basées sur la loi internationale. Faire le nécessaire peut aussi réduire le risque de « boycotts de la part des consommateurs, de campagnes de désinvestissement et de poursuites judiciaires ».

Les dirigeants de Motorola le nient, mais ces risques ont joué un rôle dans leur décision de vendre la division qui fabrique des détonateurs, sitôt que les enquêteurs de Human Rights Watch ont trouvé des éclats d’obus avec des numéros de série de Motorola sur des sites civils bombardés par Israël lors de son attaque de décembre-janvier contre Gaza. Les protestations étasuniennes font partie d’un mouvement mondial montant qui se saisit de la loi internationale à la place des gouvernements. Et particulièrement depuis les attaques sur Gaza, les boycotts ont payé. En voici trois raisons.

D’abord, les boycotts permettent aux citoyens ordinaires d’agir. Par exemple, le groupe New-Yorkais Adalah a décidé de cibler le marchand de diamants Lev Leviev, qui exploite ses profits pour coloniser la Cisjordanie. A Noël dernier, ils ont chanté avec des mots altérés de manière créative pour presser les chalands de boycotter sa boutique de Madison Avenue.

Le groupe britannique "Architects and Planners for Justice in Palestine" s’est associé à Adalah-New York et à d’autres pour exercer une pression publique sur le gouvernement britannique concernant Leviev. L’ambassade britannique à Tel Aviv a récemment annulé des plans de location d’annexes à la compagnie de Leviev, Africa-Israel. Il y a d’autres résultats. Les militants britanniques ont pris pour cible la chaîne de supermarchés Tesco pour stopper la vente de produits israéliens venant des colonies. Le clip d’une action qui montre les militants gallois remplissant un caddy de produits des colonies et le sortant du magasin sans payer a été visionné plus de 38 000 fois sur YouTube à présent –

Tout au long du reportage, ils expliquent calmement ce qu’ils font et pourquoi ils le font, devant la caméra. Ils expliquent également qu’ils enduisent des produits de peinture rouge, et que des flics britanniques les emmènent calmement vers un car de police.

Le résultat de ce boycott de consommateurs ? Un cinquième des producteurs israéliens ont fait état d’une chute de la demande depuis l’assaut sur Gaza, particulièrement en Grande-Bretagne et en Scandinavie.

La deuxième raison pour laquelle ces boycotts sont plus efficaces, c’est le rôle visible des défenseurs juifs des droits humains, ce qui rend plus difficile pour Israël de qualifier ces actions d’antisémites.

Par exemple, l’architecte britannique Abe Hayeem, un Juif irakien, décrit, dans un article passionné, paru dans The Guardian, comment Leviev foule aux pieds les droits des Palestiniens, et avertit les architectes israéliens impliqués dans les colonies qu’ils auront des comptes à rendre devant leurs collègues internationaux.

Aux Etats-Unis, "Jewish Voice For Peace" [Voix juive pour la Paix] a mené une campagne incessante pour faire stopper la vente de bulldozers Caterpillar à Israël, qui les transforme en engins militaires et les utilise pour détruire des maisons et construire le Mur.

La troisième raison, décisive, du succès croissant de ce mouvement mondial, est la direction déterminée de la société civile palestinienne. L’étincelle est venue lors de la conférence mondiale contre le racisme à Durban en 2001. En 2004, la société civile palestinienne a lancé un boycott universitaire et culturel qui a de l’impact.

En 2005, plus de 170 coalitions, organisations et syndicats de la société civile palestinienne, venant des territoires occupés, de l’intérieur d’Israël et de la diaspora, ont lancé un appel formel pour une campagne internationale de boycott, de désinvestissements et de sanctions (BDS) jusqu’à ce qu’Israël se conforme à la loi internationale. Cet appel dresse des objectifs clairs pour le mouvement et fournit un cadre pour l’action. En novembre 2008, les ONG palestiniennes ont aidé à convoquer une réunion internationale à Bilbao, Pays Basque/Espagne, pour adopter des actions en commun. Ceci a lancé une campagne « Déraillez Véolia ». Cette société multinationale française, avec une autre société française, Alstom, construit un tram qui relie Jérusalem Ouest à des colonies illégales.

Le projet de tram a été cité par le fond de pension national suédois dans sa décision d’exclure Alstom de son portefeuille de 15 milliards de dollars, et par le Conseil de Communauté Urbaine de Sandwell dans sa décision d’écarter Véolia d’un contrat de 1,9 milliard de dollars pour un plan de traitement des ordures. Il y eut des campagnes populaires actives dans les deux cas.

Autres succès : Véolia a perdu la contrat pour opérer le métro de Stockholm et un réseau urbain à Bordeaux. Même si cela fut qualifié de « décisions d’affaires », il y a eu aussi des campagnes militantes sur place. Le conseil municipal de Galway, en Irlande, a décidé de suivre l’exemple de Stockholm. Dans le même temps, Connex, la compagnie qui doit gérer la ligne de tramway, est la cible de militants en Australie.

La campagne « Déraillez Véolia » a été le plus grand succès du mouvement jusqu’à présent. On estime que Véolia et ses filiales ont perdu jusqu’à 7,5 milliards de dollars.

Comme le dit un des dirigeants du mouvement BDS [boycott, désinvestissement, sanctions], Omar Barghouti : « Quand les compagnies commencent à perdre de l’argent, alors elles écoutent ». Et les Etats aussi, peut-être.


Nadia Hijab


© Alternatives


Traduction JPB pour Protection Palestine.


Mis en ligne le 9 juin 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org