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Qui aime bien châtie bien: La manière forte d’Obama avec Israël, Jacob Weisberg
21/06/2009

"Alors que Ronald Reagan, Bill Clinton et George W. Bush ont souvent encouragé Israël dans ses pires penchants, Barack Obama passe à la méthode forte avec Benjamin Netanyahu. Cet article a été publié dans l’hebdomadaire "Newsweek" daté du 22 juin." ("Nouvel Observateur") - Le titre est de notre rédaction, les mises en gras dans le texte sont du "Nouvel Observateur". (Menahem Macina).

20/06/09

Titre original anglais : "A Friend in Need. Barack gets tough on Bibi" [Un ami dans le besoin: Barack emploie la manière forte avec Bibi].

Titre original de la traduction française dans le Nouvel Observateur: Dans Newsweek : "Un ami dans le besoin"

NOUVELOBS.COM | 19.06.2009

Traduction française: David Korn

Le président américain Barack Obama et  le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, en mai 2009 (Reuters)
Le président américain Barack Obama et  le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, en mai 2009 (Reuters).

Depuis les premiers frémissements du processus de paix arabo-israélien, à la suite de la guerre de Yom Kippour de 1973, les relations de l’Amérique avec Israël sont caractérisées par un paradoxe : ce sont les présidents qu’on considérait comme les moins amicaux à l’égard de l’état juif qui lui ont fait le plus de bien. Ses alliés indéfectibles se sont révélés bien moins utiles.

Cette histoire commence avec Jimmy Carter, qui agita la menace d’une coupure de l’aide américaine pour faire pression sur Menachem Begin et obtenir qu’il restitue l’intégralité du Sinai à l’Egypte, ce qui rendit possible l’accord de Camp David en 1979. L’autre contribution significative des Etats-Unis à la paix au Moyen-Orient intervient sous le premier George Bush. Après que les Israéliens ont refusé de participer à la conférence de Madrid, en 1991, le Secrétaire d’Etat James Baker suspend la garantie américaine sur les prêts contractés par Israël, et déclare que le premier ministre Yitzhak Shamir peut l’appeler dès qu’il est prêt à parler de paix. Madrid entraîna un traité de paix avec la Jordanie, la reconnaissance d’Israël par de nombreux autres pays, et les premières négociations directes avec les Palestiniens.

A l’inverse, Ronald Reagan, Bill Clinton et George W. Bush, tous de grands amis, ont souvent encouragé Israël dans ses pires penchants. Reagan a considéré avec bienveillance des revendications territoriales fondées sur la bible sur la Cisjordanie, l’occupation du Liban par Israël et son refus de négocier avec l’OLP. Sous Clinton, "jamais nous n’avons eu de conversations honnêtes avec les Israéliens sur les implantations" écrit l’ancien négociateur de la paix Aaron David Miller dans ses mémoires, The Much Too Promised Land (Une terre trop promise, ndt). George W. Bush a continué d’ignorer les implantations, a négligé le processus de paix, et fermé les yeux sur les erreurs militaires d’Israël en Cisjordanie, au Liban et à Gaza. L’attitude de ces présidents n’a eu comme résultat que de faire montrer régulièrement le ressentiment arabe, tout en alimentant les illusions israéliennes quant à une alternative à l’échange de territoire contre la paix.

Heureusement, le président Obama semble prêt à braver cette vieille dichotomie. Qu’il soit bien intentionné à l’égard d’Israël ne fait aucun doute. "En ce qui concerne la sécurité d’Israël, je ne me suis pas contenté de parler, j’ai aussi agi" déclarait Obama à une association juive durant la campagne. Le secrétaire d’état Hillary Clinton, l’envoyé spécial George Mitchell et le vice-président Joe Biden peuvent dire la même chose. Le directeur de cabinet de la Maison Blanche, Rahm Emanuel a un père israélien et a servi comme volontaire civil dans l’armée israélienne. Que cette équipe ait la ferme intention de faire pression sur Israël est tout aussi évident : dans son discours du Caire, Obama a exigé qu’Israël gèle ses implantations en Cisjordanie et entre en négociations avec les Palestiniens sur la base du principe de deux états.

C’est un pas en avant qui demande du cran. Être un ami d’Israël aujourd’hui signifie exercer une pression plus nette sur les Juifs et les Arabes pour qu’ils en viennent à chercher plus activement un accord. Et même s’ils n’arrivent pas à conclure un accord de paix, l’engagement personnel d’Obama et l’impartialité de sa nouvelle approche du conflit ne peuvent rapporter que d’importants bénéfices. La perception que les Etats-Unis poussent leur allié israélien tout comme les Palestiniens pourrait grandement aider la réputation de l’Amérique au Moyen Orient. Mais pour gagner cette partie, Obama va devoir faire le (presque) impossible plusieurs fois de suite.

D’abord, il doit obtenir soit un changement chez le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lui-même, ou à la Knesset. Dans la vie politique israélienne, Bibi s’est toujours tenu à l’hypothèse selon laquelle les Palestiniens n’accepteront que la destruction de l’état sioniste. Après une décennie passée loin du pouvoir, son hostilité à l’égard d’une Palestine indépendante ne s’est clairement pas atténuée, et a été aggravée par une fixation dangereuse sur une frappe militaire sur les installations nucléaires iraniennes. Mais Netanyahu est également un politicien rusé, qui sait qu’il ne pourra survivre à une mauvaise gestion de la relation la plus importante de son pays. Le pari d’Obama, c’est que le public israélien, sinon Bibi lui-même, prendra au sérieux la menace d’un affaiblissement du soutien américain.

Parallèlement, le président doit apaiser la nervosité des Juifs américains. Face à tout autre allié, la prochaine étape diplomatique serait toute trouvée. Vous voulez que l’on vous fournisse 20 % ou presque de votre budget de défense ? Qu’on vous vende nos armes les plus modernes ? Qu’on vous défende à l’ONU ? Arrêtez les implantations. Mais faire pression de façon trop visible peut entraîner un retour de bâton de la part des Chrétiens et des Juifs, qui suspectent le président de penchants cachés envers l’Islam. Suspicions que les conservateurs ne manquent pas d’encourager. Pour l’heure, l’équipe Obama s’est attaqué au problème de façon astucieuse, en obtenant des alliés d’Israël au Congrès le soutien de sa politique du "qui aime bien châtie bien". Quand Netanyahu s’est rendu à Capitol Hill le mois dernier, il fut surpris de constater que bien des soutiens les plus résolus d’Israël s’étaient rangés sous la bannière d’Obama.

Il est certain que d’obtenir un règlement global du conflit arabo-israélien est le fantasme de tous les présidents depuis Nixon, qu’aucun d’entre eux n’a jamais été en mesure d’obtenir. Alors même qu’il s’engage en faveur de la paix, toujours suprêmement sûr de lui, notre président doit garder à l’esprit que les chances sont à une écrasante majorité du côté de l’échec.

Jacob Weisberg *

© Newsweek

 

* Président et Rédacteur en chef du Slate Group

[Article aimablement signalé par R. Lewin.]

Mis en ligne le 21 juin 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org