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Sans les intrigues des Britanniques, Juifs et Arabes ne se haïraient pas, J. Bainerman
19/06/2009

"Voici le compte-rendu d’un livre très polémique sur la responsabilité de la Grande-Bretagne dans le conflit du Moyen-orient, à vous de juger." [Hatikva].

19/06/09

Titre complet: "Rôle des Britanniques dans la genèse du conflit moyen-oriental. Juifs et Arabes étaient-ils voués à se haïr?", J. Bainerman.

Original anglais, sur le Blogue de l’auteur : The British’s Role in Creating the Middle East Conflict (Le rôle des Britanniques dans la genèse du conflit moyen-oriental), mai 2006 ; et en hébreu : "Eikh angliah man’ah mehayehudim umeha’aravim lihiot beyahad" (Comment l’Angleterre a empêché les Juifs et les Arabes de vivre ensemble).


Adaptation française : DG (corrigée par upjf.org) pour
 le site Hatikvah

 

L’un des livres, sans doute le plus important, que les Juifs et les Arabes devraient lire, s’intitule « Le Viol de la Palestine », de William Ziff, publié en 1938 par les éditions Argus Books aux Etats-Unis. La couverture ne dit rien de l’auteur, William Ziff. Le livre analyse la différence entre les sentiments majoritairement pro-Juifs de l’élite politique britannique qui considérait comme positive pour l’Empire Britannique une forte présence juive en Palestine, et le groupe d’officiels britanniques de haut rang, anti-Juifs, qui craignaient que les Juifs ne deviennent tellement puissants, qu’ils puissent s’affranchir de la tutelle britannique (si la Grande-Bretagne les laissait faire). Ce dernier groupe avait entièrement raison. Une forte présence juive en Palestine signifiait une indépendance nationale juive qui ne servirait pas les maîtres britanniques de la même façon que les marionnettes arabes le faisaient. Les chefs arabes tribaux étaient facilement corruptibles et c’était la seule façon pour les responsables de la politique coloniale britannique de les contrôler. Ils se rendirent compte que contrôler les Juifs n’allait pas être aussi facile. C’est pourquoi ils placèrent obstacle après obstacle devant chaque tentative d’installer en Palestine des Juifs en grand nombre. La raison officielle de la restriction de l’immigration juive était que la capacité économique du pays ne pouvait pas supporter plus d’un million d’habitants. C’était un mensonge mais peu contesté quand les Britanniques l’évoquèrent dans leurs différentes commissions gouvernementales. Le livre fournit également des documents sur la partialité des Britanniques concernant la distribution des fonds publics. A mesure que le nombre de juifs de Palestine augmentait, l’économie connaissait un boum et, en 1935, le Yichouv (habitants juifs de Palestine), composé pourtant seulement d’un tiers des habitants payait 75 % des impôts aux occupants britanniques.

Pourtant, une faible partie de cet argent était consacrée au développement des routes ou des écoles dans les agglomérations juives. Ziff a dû faire des recherches dans presque toutes les archives du gouvernement britannique pour affirmer que si les Britanniques avaient quitté la Palestine à la fin des années vingt, ou au début des années trente, les Juifs auraient eu un État avant 1948, lequel aurait probablement été créé et aurait prospéré avant qu’Hitler ne prenne le pouvoir, et cela aurait sauvé la majorité des Juifs européens. Bien qu’aucun historien n’ait jamais reproché aux Britanniques la destruction des juifs d’Europe, le livre de Ziff abonde en arguments à l’appui de cette thèse. Le livre de Ziff (qui a été publié en 1938, mais a probablement nécessité trois ou quatre années de recherches) décrit comment les Britanniques ont créé un mouvement d’opposition au sionisme, et qu’avant que les soi-disant dirigeants arabes radicaux ne soient poussés sur le devant de la scène, la plupart des habitants arabes de Palestine ne voulaient rien moins que vivre en paix et dans la prospérité avec les Juifs, qu’ils pensaient être leur bonne fortune.

« Les dirigeants religieux musulmans, le mufti, étaient ouvertement amicaux. Dans l’ensemble de l’Arabie, les chefs étaient, pour la plupart, ouvertement pro-sionistes, et, en Palestine, la paysannerie se réjouissait de chaque perspective d’installation juive près de leurs villages. Les relations commerciales entre Arabes et juifs étaient constantes et soutenues. » (Page 13).

« Le mouvement national arabe était détesté par l’énorme population levantine, qui continuait à se considérer simplement comme des sujets ottomans et se tournait vers l’organisation sioniste forte et influente pour recevoir assistance et sympathie ». Hussein d’Arabie s’est tourné vers les sionistes pour obtenir une aide financière et scientifique dont le futur État arabe avait désespérément besoin. En mai 1918, le Dr Haim Weizmann et Hussein d’Arabie se sont rencontrés au Caire, où ce dernier a parlé de la coopération mutuelle entre juifs et Arabes en Palestine. Au début de 1919, un traité d’amitié était signé, destiné à mettre en oeuvre

« la collaboration la plus étroite possible dans le développement de l’État arabe et du Commonwealth juif de Palestine à venir. »

Le 3 mars 1919 un autre dirigeant arabe, Fayçal, fils de Shérif écrivait :

« nous adressons aux Juifs nos vœux les plus chaleureux pour leur retour ».

Si ce que rapporte Ziff est exact, il n’y a pas eu d’opposition arabe à l’immigration juive en Palestine, au moins jusqu’en 1919. Ziff écrit :

« Avec une motivation consciente, l’administration a favorisé l’hostilité entre les Arabes et les Juifs. Elle a directement conseillé aux Arabes de Palestine et d’Égypte, stupéfaits, de s’abstenir de toute concession envers les Juifs. Elle a créé l’Association musulmane chrétienne, utilisée comme une arme contre les sionistes. Elle a formé de jeunes Arabes étonnés aux techniques du nationalisme moderne, afin de résister aux prétentions juives. Et à Londres, elle s’est appuyée sur des éléments antijuifs pour former un réseau qui existe jusqu’à aujourd’hui. Les Arabes n’étaient pas seulement poussés et conseillés, mais on leur fournissait des fonds et des arguments écrits par des Anglais en haut lieu. Cela s’est révélé être un bon investissement ».

« Les choses s’envenimèrent, en 1920, quand Fayçal organisa une révolte contre les Français à Damas, avec l’argent et les munitions fournies par le Quartier Général britannique. Il avait été proclamé Roi par un congrès syrien qui comprenait des Palestiniens et qui soutenait le principe selon lequel la Palestine était une partie de la Syrie et ne pouvait en être séparée. Presque simultanément, afin de montrer combien il était impossible d’appliquer la Déclaration Balfour face à l’hostilité des habitants arabes, les généraux ont organisé un pogrom à Jérusalem ».

Ziff estime que tout était programmé et émet l’accusation « que les émeutes d’avril 1920 avaient été parfaitement programmées ». Il révèle comment des agitateurs arabes se répandaient à travers les foules de musulmans rassemblés pour la fête de Nebi Moussa (le prophète Moïse) à Jérusalem, criant « Mort aux juifs ! », et « Le gouvernement est avec nous ! ». Ziff a découvert que tous les policiers juifs de la vieille ville avaient été relevés de leurs fonctions pour la journée. Il affirme que de telles émeutes organisées ont encore eu lieu en avril 1921 à Jérusalem. Ziff accuse le Commandant britannique de la Police de s’être trouvé opportunément hors du pays. Les quelques Juifs appartenant aux forces de police avaient été mystérieusement mis en congé pour la journée. La foule arabe criait : « Bolchéviques ! Bolchéviques ! Les sionistes submergent le pays avec des Bolchéviques ! » (Page 20).

Les nombreux chercheurs qui étudient sur le cœur et l’essence du conflit israélo-arabe, ont entendu parler du "Mufti de Jérusalem", mais la plupart ne savent pas comment le Mufti est devenu "le Mufti". Ziff écrit :

« Un aventurier politique nommé Haj Amin al Husseini, était impliqué dans les troubles. Haj Amin avait été condamné par un tribunal britannique à quinze ans de travaux forcés. Très opportunément autorisé par la police à s’échapper, il s’est réfugié en Syrie. Peu après, les Britanniques lui ont permis de retourner en Palestine où, malgré l’opposition du Haut Conseil musulman, qui le considérait comme un voyou, Haj Amin a été nommé Grand Mufi de Jérusalem à vie" par le Haut Commissaire britannique. » (P. 22).

En ce qui concerne les pogroms arabes de 1929, Alif Beh, un journal arabe de Damas, écrivait :

"le soulèvement a été le résultat d’intrigues britanniques... Les Anglais cherchaient un prétexte pour rejeter les demandes de l’Agence juive de participer à l’administration du pays, et encouragèrent les Arabes à donner une leçon aux Juifs."

En ce qui concerne le point de vue arabe sur l’immigration juive, Ziff cite le Comte Carlos Sforza dans ses livres, "l’Europe et les Européens" :

« Les Syriens de toutes les classes, qui avaient observé le développement de la Palestine avec envie, oui, étaient impatients d’avoir une réplique du même phénomène dans leur pays ».

Ce désir trouve son expression dans la pétition adressée aux Français, en 1935, par les habitants du Liban, demandant d’encourager l’immigration juive, car cela apporterait la prospérité. Le journal de Damas, Iissan Alkhar, écrivait :

« Nous devrions exiger l’immigration juive, car, par son intermédiaire notre situation serait sauvée ».

Sentant qu’on était en train de jouer avec leur destin collectif par certains ordres du jour, le journal arabe, Al Iqdam, à Jérusalem écrivait, en mai 1930, :

« Nous sommes dirigés par un groupe d’hommes qui nous marchandent, nous achètent et nous vendent comme du bétail. Le peuple arabe n’a pas encore dit son dernier mot sur la question des Juifs et des Arabes. Lorsque ce dernier mot sera dit, il ne sera pas de haine, mais de paix et de fraternité, comme il convient à deux peuples qui vivent dans le même pays. »

Voici une déclaration à la presse, émise au cours d’un séminaire de dirigeants musulmans et chrétiens de Nazareth, en mars 1934 :

« Au nom de la majorité des propriétaires et des consommateurs, nous déclarons que nous souhaitons la bienvenue à l’immigration juive et que nous faisons confiance à l’apport des associations commerciales et financières de ces juifs éclairés. »

Ziff suggère que l’opposition arabe à l’immigration juive en Palestine n’était pas aussi répandue que nous l’ont fait croire les livres, standardisés et conventionnels, sur le sujet. Au moment où la Commission Peel était en pleine action, en 1937, des désirs arabes de rapprochement ont commencé à apparaître et ont commencé à s’exprimer dans la presse arabe. Nous lisons, dans le New York Times du 5 août 1937 :

« Pour la première fois en vingt ans depuis la déclaration Balfour, les Arabes ont ouvertement critiqué le Gouvernement de Palestine de n’avoir jamais tenté de rapprocher les deux peuples. ».

Le journal arabe Falastin, affirmait, dans un éditorial, que,

« malgré les allégations britanniques d’une inimitié rédhibitoire entre Juifs et Arabes, nous ne pouvons pas nous souvenir d’un seul exemple, depuis le début de l’occupation britannique ici, d’effort pour rassembler les Arabes et les Juifs. Les habitants juifs d’avant la guerre, ont vécu ici pacifiquement avec les Arabes pendant des centaines d’années. À ce jour, ces Juifs, en plus des Arabes, maintiennent que si, n’était la politique britannique consistant à "diviser pour régner", les Arabes et les Juifs auraient continué à vivre en Palestine en paix et en harmonie. ».

Le 15 novembre 1937, le quotidien arabe Ad-Difaa affirmait que le gouvernement britannique avait catégoriquement rejeté toutes les propositions pour une table ronde entre les Juifs, les Arabes et les Britanniques, bien que Juifs et Arabes aient attendu cette réunion avec impatience. Après avoir parlé à toutes les composantes de la population arabe, le correspondant du New York Times pour le Proche-Orient rapporte, le 21 novembre, que leur cri unanime était :

« nous avons déjà assez souffert et nous ne désirons pas de problèmes supplémentaires. Puisse Allah maudire et abréger la vie de ces intrus de l’extérieur [les Anglais], qui perturbent notre existence. »

Des tracts furent distribués dans les villages arabes de toute la Palestine, attaquant violemment la Grande-Bretagne comme étant « la cause de leur ruine ». (P. 104). Le Dr Gustavo Gutierrez, ancien président de la chambre des députés de Cuba, déclarait, après sa visite en Terre Sainte, fin 1936, qu’il n’a vu « aucune preuve de friction ou de désaccord entre les peuples arabe et juif de Palestine », et que « si on laissait tranquilles les Arabes et les Juifs, ils pourraient régler le problème de la Palestine sagement et définitivement. »

Contrairement à ce que les livres d’histoire nous disent, il y a eu une opposition arabe à la domination britannique, et un véritable désir de vivre en paix avec les Juifs, même jusqu’aussi tard que 1937. Décrivant la situation des Arabes, qui n’a pas changé dans les six décennies depuis qu’il a écrit son livre, dans son épilogue Ziff déclare :

« Les Arabes doivent se libérer des régimes despotiques et féodaux sous l’autorité desquels tous les peuples arabes souffrent. Dans les pays arabes, malgré une constitution qui existe dans plusieurs d’entre eux, il y a peu de libertés. La pauvreté et l’ignorance sont endémiques. »

Ce qui est important concernant le livre de Ziff, c’est qu’il a été écrit dans une période proche des événements décrits. C’est une version de l’histoire que peu d’entre nous, qui croient avoir étudié le fondement et l’essence du conflit israélo-arabe, connaissent. C’est le premier récit historique révisionniste du rôle que la Grande-Bretagne a joué au Moyen-Orient moderne, en général, et dans le fondement et l’essence du conflit israélo-arabe, en particulier. Sa théorie principale (le cœur et l’essence du conflit israélo-arabe ont été créés et alimentés par les Britanniques et ne sont pas le résultat de la haine ethnique des protagonistes) est, en un sens, une nouvelle perspective révolutionnaire dans l’histoire du Sionisme. Au minimum, le livre de Ziff devrait encourager le gouvernement israélien à créer un organisme ayant pour tâche de changer toutes les plaques de rue du pays, qui portent les noms de personnalités britanniques. Le gouvernement britannique a été responsable de ce qu’Israël a dû attendre jusqu’en 1948 pour obtenir l’indépendance. Etant donné l’état de l’économie du Yichouv en 1937, l’indépendance était alors possible. Si les Britanniques n’avaient pas gouverné la Palestine et qu’il n’y ait pas eu de restrictions à l’immigration juive, le travail acharné et la créativité des nouveaux immigrants juifs auraient créé une économie deux fois plus forte qu’elle ne l’était à l’époque, en 1930. Les Arabes eux-mêmes reconnaissent qu’ils auraient bénéficié pleinement de cet essor économique sans précédent. Au lieu de cela, le gouvernement britannique a créé de faux « extrémistes » arabes, comme Haj Amin, pour envenimer le conflit. Le gouvernement britannique doit être aussi tenu pour responsable d’avoir corrompu des dirigeants arabes et conspiré pour maintenir tous les Arabes dans la pauvreté, dans une économie peu développée.

Les Collaborateurs français et les Nazis peuvent encore comparaître devant les tribunaux et être accusés de "crimes contre l’humanité", il devrait en être de même pour les membres du Bureau Colonial Britannique, qui dirigeaient la politique globale de la Palestine sous le Mandat britannique, politique consistant à dresser les Juifs et les Arabes les uns contre les autres. Cette politique a empêché les Juifs de pouvoir aider leurs frères fuyant l’Allemagne nazie et, par conséquent, ces Britanniques ont une responsabilité dans le génocide juif.


© Joel Bainerman


[Texte aimablement signalé par Matsada-Infos.]

 

Mis en ligne le 19 juin 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org