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[Après le discours d’Obama]: Qui devons-nous croire ? par Wafa Sultan
19/06/2009

Wafa Sultan, dont la réputation n’est plus à faire, estime que la nouvelle attitude d’Obama vis-à-vis de l’islam déforce le combat de ceux qui, comme elle, luttent pour une réforme en profondeur de cette religion. C’est son droit. Sa réaction n’est certainement pas politiquement correcte et elle s’apparente peut-être au combat du pot de terre contre le pot de fer. En ce qui me concerne, j’estime, jusqu’à plus ample informé, que c’est elle qui a raison contre la raison d’Etat qui a certainement dicté à Obama ses propos lénifiants. Bravo à Wafa Sultan pour son courage. (Menahem Macina).

19/06/09

Texte anglais : "Who Should We Believe ?", sur le site de l’Hudson Institute, 12 juin

Traduction française : Bivouac

Version française reprise du site Bivouac

 

Après le discours du Président Obama au Caire, beaucoup de mes lecteurs arabes du Moyen-Orient ont réagi avec stupeur. L’un d’entre eux a déclaré, “Qui devons-nous croire, vous ou Obama?” - En particulier quand Obama a dit que “l’Amérique et l’Islam se chevauchent et partagent des principes communs de justice, de progrès, de tolérance et dignité pour tous les êtres humains.”.

Certes, à la lecture des réactions à ce discours dans la presse arabe, il est clair qu’aujourd’hui, de nombreux musulmans aiment Obama. Après tout, il leur a  présenté un récit qui confirme leurs théories de conspiration et leur statut de victimes de l’Occident. Par conséquent, les médias arabes expriment leur assurance que le discours va marquer le début d’une « nouvelle position à l’égard de l’islam  et des musulmans, après des siècles d’agression et d’hostilité» (Al Ahram - Egypte-MEMRI).

Plus que tout, cela me rappelle une histoire de Nizar Qubbani, le célèbre poète syrien. Son jeune fils, qui était médecin, souffrait d’un grave problème cardiaque. Lorsque Nizar questionna son fils sur son coeur, le fils dessina un cœur rouge. Etant poète, le père interpréta le dessin comme un signe de dynamisme et de bonne santé du coeur et ressentit un grand réconfort de croire à ce signe de guérison. Après le décès de son fils, Nizar écrivit un poème décrivant son coeur de père brisé. Il estimait insupportable sa tristesse, car il réalisait qu’il avait mal interprété le dessin de son fils. De toute évidence, le coeur rouge esquissé par le fils avait pour but de ne laisser aucun espoir sur son coeur.

Le poète et le médecin avaient des compréhensions totalement différentes; de même il y a dichotomie entre la perception du Président Obama et la mienne, sur le monde musulman.

La vérité est cependant, qu’il n’existe qu’une seule réalité.

M. Obama est un homme politique très astucieux. Toutefois, son discours a révélé que son avis est indûment influencé par ses désirs naïfs. Sa perception de l’islam et la réalité de l’islam  ont besoin d’être synchronisées. Je suis médecin et une personne réaliste, qui a vécu et ressenti les effets de ma culture arabe et de la religion islamique depuis l’enfance.

Le président a bercé les musulmans :

·         Il a fait l’éloge de leurs réalisations, a compati à leurs doléances, et a présenté ses excuses pour les injustices qui leur ont été faites par des siècles de colonialisme - sans mentionner une seule fois l’histoire violente du colonialisme arabe endémique.

·         Il a évité toute mention des principes du Djihad, ou de l’idéologie  politique islamique de suprématie sur les non musulmans - principes ancrés dans la charia et enseignés et appliqués ouvertement par Al-Azhar, l’université qui l’a accueilli, et qui est le principal centre d’études de la charia.

·         Obama a mis l’accent sur les supposés mauvais traitements américains que les terroristes ont subis, et il a présenté ses excuses pour les actes de torture de Guantanamo, en oubliant de dire comment les régimes islamiques sont brutaux envers leur propre peuple.

·         Le président a également renié les contributions importantes des États-Unis aux musulmans, à la fois par le sacrifice de la vie de ses soldats et par l’aide humanitaire partout dans le monde et à travers l’histoire - en dépit des attaques musulmanes contre l’Amérique et les Américains.

En bref, certaines parties de son discours sonnent comme celui d’un nouveau messie pan-arabe venu annoncer au monde arabe le retour de sa légitime domination du monde.

Le plus inquiétant a été l’appel lancé par le président pour défendre les musulmans contre les stéréotypes négatifs. Un dangereux précédent est établi lorsque la liberté de parole est réduite au silence et que les critiques des idéologies sont interdites. Ceci, encore une fois, est l’essence même des régimes totalitaires cauchemardesques. Toute la beauté de la Constitution américaine réside dans l’équilibre et la sagesse qu’elle exprime, en distinguant entre ce qui doit être protégé et défendu et ce qui doit être combattu et décrié. Encourager des lois pour faire en sorte que la critique de l’islam devienne une infraction punissable par la loi est inquiétant.

Depuis mon arrivée aux États-Unis, j’ai bénéficié de la liberté d’éduquer mes frères et soeurs arabes du Moyen-Orient, qui aspirent à la vraie liberté - et j’ai obtenu des succès. M. Obama  appelle à remettre ces succès en question au lieu de défendre la liberté.

Alors que le Président se lance dans sa nouvelle tâche, qui consiste à défendre les musulmans contre les stéréotypes négatifs, cela veut-il dire, en quelque sorte, qu’il va entraver et saper mon message ? Ou, peut-être, cela signifie-t-il qu’il va se joindre aux efforts  des 57 pays musulmans de l’Organisation de la Conférence Islamique, qui travaillent sans relâche à promouvoir une résolution des Nations Unies qui supprimera les voix dissidentes contre l’islam ? Je suis convaincue que nous en viendrons tous à le regretter.

Obama  fait l’impasse sur la grave situation dans le monde islamique en recourant à la flatterie, et il omet d’encourager à remettre en cause la rhétorique, les pratiques et les comportements qui alimentent les stéréotypes. Je n’ai pas entendu le moindre appel à ce que le monde islamique s’ouvre à la diversité, à ce qu’il accepte les femmes comme des citoyens égaux ayant les mêmes droits et bénéficiant des mêmes protections que les hommes. Je ne l’ai pas entendu exhorter le monde musulman à accepter qu’il existe d’autres religions et qu’elles peuvent être pratiquées ouvertement dans le monde islamique - où la pratique du christianisme, du judaïsme et des autres religions peut coûter sa vie à tout individu.

Je n’ai pas entendu d’appel à renoncer une fois pour toutes au racisme de la dhimmitude - loi basée sur la charia qui édicte que les chrétiens et les juifs sont [des citoyens] de niveau inférieur et qui doivent être opprimés. Sont-ce là  « …les principes de justice, de tolérance et de dignité des êtres humains » [dont a parlé Obama] ?

Par contre, je vois le cœur de mon peuple qui saigne, et je sais son besoin pressant de se corriger et de s’examiner honnêtement en vue d’effectuer des corrections urgentes. Obama agite la carotte, mais passe sous silence les questionnements  impératifs qui bouillonnent sous la surface.

La réalité d’Obama rend encore plus difficile mon travail et de celui d’autres qui élèvent la voix contre l’intolérance de la doctrine islamique. Il sape notre mission en se montrant conciliant à l’égard des politiques abusives et xénophobes qui permettent à ceux [qui les pratiquent] dans le monde islamique d’asservir les autres, de les contraindre à adopter leurs croyances, et de continuer ainsi avec sa bénédiction.

Le président a omis de se joindre aux personnes éprises de liberté, aux Arabes émancipés comme moi. Il n’a pas réussi à entraîner le monde musulman dans la modernisation et l’indispensable réforme.

Au lieu de crier : « La maison est en feu », Obama sourit et nous dit combien la maison est belle, alors qu’elle brûle et que l’incendie échappe à tout contrôle et menace de nous détruire.

Pour revenir à la question que j’ai reçue par e-mail; « Qui devons-nous croire, vous ou Obama ? », j’ai expliqué à mon lecteur marocain qu’Obama est un politicien qui choisit les beaux discours et l’escamotage de la réalité pour expier le [préjudice causé aux] musulmans.

Pour ma part, je suis une femme arabe pragmatique qui a fui la prison de l’islam pour le monde libre, et qui consacre maintenant sa vie à exprimer des points de vue libres et à pousser à un réel amendement de l’islam. Il n’y a pas deux manières d’y parvenir. L’intolérance ne tolérera jamais la liberté.


Wafa Sultan


©
Hudson Institute

[Merci à V. Perez de m’avoir sensibilisé à cet article de W. Sultan et à sa traduction française. J’ai toutefois préféré relayer la contribution du blog Bivouac, après quelques corrections, et non celle du blog "Terre d’Israel", qui est apparemment la même, mais qui n’indique pas l’origine de son "emprunt".]

 Mis en ligne le 19 juin 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org