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Europe et Israël

Après le discours de Netanyahou, c’est aux Européens d’agir ! Jean-Pierre Bensimon
16/06/2009

15 juin 2009

Sur le site Objectif-Info 



Les positions adoptées par Benyamin Netanyahou dans son discours du 14 juin, prononcé dans l’enceinte de l’Institut Begin-Sadate – tout un symbole ! - sont parfaitement limpides, et elles introduisent les réalités contraignantes qu’il faudra bien prendre en compte pour mettre en oeuvre la principale revendication occidentale : celle de la création d’un État palestinien. Le Premier ministre israélien a eu le mérite de partir de l’essentiel, de l’identification des racines ultimes de ce conflit. C’est en établissant le bon diagnostic que l’on a une chance de guérir la maladie. Ceux qui réclament, avec bonne foi, le règlement du conflit israélo-palestinien, considéré comme un facteur des tensions au Proche-Orient et surtout de la perpétuation d’un clivage entre le monde musulman et l’Occident, ne pourront qu’adhérer à cette méthode.

Comme l’attestent les faits les plus indiscutables, que reprend Netanyahou, les Arabes combattent le retour des Juifs sur la terre d’Israël depuis les années vingt, c’est-à-dire plus de 50 ans avant qu’un seul soldat israélien ne pénètre en Judée et en Samarie. Aux multiples processus de paix, aux retraits – partiels, complets, avec ou sans accord -, les Arabes ont répondu par des insurrections et des guerres, comme l’atteste la dernière évacuation de Gaza, en 2005, qui a eu pour résultat la formation d’un front militaire supplémentaire, alimenté de l’étranger.

La racine du conflit, c’est donc le refus, par les Palestiniens – ou plutôt par leurs représentants - d’une souveraineté juive sur ce qu’ils considèrent comme un lopin sacré de la terre du Dar al islam [Domaine de l’islam].

Pour sortir de ce conflit, sans éradiquer cette souveraineté juive - ce que l’Occident, en général, et l’Europe, en particulier, ne semblent pas souhaiter -, il faut donc que les Palestiniens finissent par accepter cette présence pérenne d’une souveraineté juive en Israël, non pas du bout des lèvres ou de façon tactique, mais pleinement, comme l’expression d’une évolution radicale de leur conception de leur propre avenir et de celui de la région. C’est donc bien le point d’entrée incontournable de toute éventualité de règlement.

Or, les réactions immédiates des représentants Palestiniens au discours de Netanyahou vont exactement dans le sens inverse. Le vétéran Saeb Erekat a affirmé que la déclaration de Netanyahou mettait fin immédiatement à toute négociation, qu’il faudrait attendre 1000 ans pour qu’un Palestinien accepte cette vision des choses. Le porte-parole de Mahmoud Abbas, Nabil Abou Roudeina, a dit que cette initiative « torpille toutes les initiatives de paix de la région ». Abbad Rabbo, un autre vétéran de l’Autorité palestinienne, a gracieusement statué que Netanyahou était « une canaille, un tricheur, un menteur ».

Ces prises de position - qui ont le mérite d’être dépourvues de toute ambiguïté et qui émanent de ceux que l’on qualifie, en Occident, de "Palestiniens modérés" - doivent interpeller les dirigeants des démocraties qui prônent l’établissement d’un Etat palestinien comme étant la solution du maudit conflit qui empoisonne l’atmosphère des relations internationales, et qui, de bonne foi, pensent que sa solution ne réside pas dans la disparition d’Israël.

Pour avancer dans leur réflexion, ils devront s’interroger sur les motifs qui amènent les dirigeants "modérés" d’un peuple, censément meurtri et dépossédé par des décennies d’une épreuve interminable, de persister à nier une réalité qui les contraindra à supporter « pour toujours » le voisinage d’un État, dont la philosophie, les références religieuses, le mode de vie, le drapeau, l’hymne, sont profondément étrangers à la civilisation islamique.

Il y a aujourd’hui, dans le monde, il y a eu dans l’histoire, des situations de coexistence entre populations musulmanes et non musulmanes, sous la forme d’un voisinage, ou d’un statut de minorité pour les musulmans. L’islam ne l’interdit pas par essence.

Pourquoi donc les dirigeants modérés palestiniens sont-ils tellement horrifiés par une telle perspective ?

C’est là que les dirigeants occidentaux doivent redoubler d’attention. Parmi les motifs de ce comportement singulièrement belliciste, il ne faut pas exclure, sauf à être terriblement naïf, l’intéressement matériel et la sensibilité de la caste bureaucratique palestinienne issue des accords d’Oslo, à tout ce qui relève de la chose lucrative. Or, justement, ce sont la poursuite des hostilités et la providentielle victimisation de la pauvre plèbe palestinienne, esclave de calculs qui la dépassent, qui sont la principale source de revenus de cette caste. Les financements euro-américains, surtout européens d’ailleurs, constituent une manne, une énorme source de monnaie sonnante et trébuchante qui va se perdre dans les comptes suisses et autres paradis fiscaux qui irritent tant le président Sarkozy. C’est ainsi qu’Arafat parvint naguère à figurer parmi les premières fortunes du monde dans le classement de Forbes, sans être la reine d’Angleterre ni l’inventeur de l’ordinateur personnel.

On touche ici un point crucial : c’est parce que la poursuite du conflit israélo-palestinien est son gagne-pain – et plus encore - que le leadership palestinien modéré ne peut pas imaginer que s’interrompe ce conflit qui lui rapporte tant.

L’Europe est donc en première ligne désormais : le discours du Premier ministre israélien, en partant de la racine du conflit, expose ce qui le sous-tend et l’alimente depuis des décennies, avec les résultats que l’on sait pour les populations concernées et les tensions internationales.

Tout dirigeant européen – et américain - qui désire vraiment une solution à ce conflit doit donc traiter cet élément fondamental de sa perpétuation, la mise hors d’état de nuire de la caste bureaucratique palestinienne née de cette guerre, et dont le seul horizon est de continuer d’en vivre, au détriment de l’avenir de son peuple.

Vraiment, ce discours de Benjamin Netanyahou marquera. Désormais, il sera simplement un peu plus difficile qu’avant de pratiquer l’hypocrisie.

 

Jean-Pierre Bensimon

 

© Objectif-Info

 


Mis en ligne le 15 juin 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org