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Le discours d’Obama et ses implications pour l’Amérique: un point de vue d’historien, J. Fishman
12/06/2009

11/06/09

Le discours du Caire du président Obama et ses implications pour l’Amérique ;
un point de vue d’historien, Joel Fishman, historien et chercheur, pour Makor Rishon, le 12 Juin 2009

http://www.objectif-info.com/index.php?id=1194

Titre original : President Obama’s Cairo Speech and its Meaning for America; A Historian’s Perspective

Traduction française : Objectif-info

Le jeudi 4 juin, le président Barack Obama a prononcé un discours impressionnant, un message de bonne volonté au monde arabe. Il a développé la vision de l’Amérique sur son rôle dans le monde et sur ses relations avec la culture et la religion islamiques. Le discours contenait à la fois des "douceurs" et de franches critiques. Les éloges étaient formulés de façon si exagérée qu’ils en devenaient fallacieux, alors que l’expression de la critique était prudente et générale. Le président a également exposé la position de l’administration sur le conflit entre les Arabes et l’État d’Israël. Certaines de ses remarques reflétaient la finesse de son analyse des problèmes de la région, en particulier l’observation qu’un certain nombre de régimes s’emploient à canaliser la colère vers un ennemi extérieur, masquant ainsi leurs carences à l’opinion.

Non content d’attribuer de façon incorrecte certaines des grandes avancées technologiques et intellectuelles de la civilisation humaine à l’Islam, le président a déformé et minoré les droits revendiqués par les Juifs sur la terre d’Israël. Il a déclaré que la requête juive était fondée sur les souffrances tragiques de l’Holocauste. Ce faisant, il omettait le fait que le peuple juif constitue la "Première nation" pour employer le vocabulaire canadien, et qu’il détient « les droits de l’autochtone » sur cette terre. Il omettait aussi que dans les années 20, la Société des Nations a reconnu les droits du peuple juif sur ce qui était alors la Palestine mandataire et que cette reconnaissance est désormais inscrite dans le droit international. Alors qu’il condamnait la négation de l’Holocauste, le président n’a pas mentionné, et a donc implicitement nié, l’existence de l’histoire juive antique en terre d’Israël. En procédant ainsi, il est devenu un "négationniste de la Bible," ce qui est probablement pire qu’être un négationniste de "l’Holocauste". Le président a aussi omis le fait que le monde arabe avait largement sympathisé avec l’Allemagne nazie, qu’il avait collaboré avec elle, et que les pays du monde arabe assassinèrent, pillèrent et expulsèrent leurs populations juives.

Le chroniqueur français Guy Millière, a écrit :"ou bien Obama ignore l’histoire, et cela est navrant, ou bien il connaît l’histoire et choisit de mentir, et là c’est bien davantage que navrant." Dans ces circonstances, il vaut mieux faire preuve du respect dû au président et faire l’hypothèse qu’il est compétent et bien informé. Il y a des gens qui ont sous-estimé cet homme et qui l’ont payé d’un prix élevé. Une fois acquis que le président est responsable des paroles qu’il prononce, nous pouvons affirmer qu’il a volontairement donné une version fausse de l’histoire. Ses assertions erronées ont été relevées mais la vraie question consiste à se demander ce que signifient vraiment ses paroles. Quel est leur but politique potentiel, leur telos ou leur "cause finale" ?

Marc Bloch, un historien français du Moyen âge écrivait dans son ouvrage classique, Apologie pour l’histoire ou le métier d’historien, que l’on peut apprendre beaucoup de choses d’une falsification et qu’après avoir identifié une fraude historique, la principale question qu’il faut se poser est celle du motif du falsificateur. Certains motifs possibles vont parfois de soi, mais d’autres sont moins évidents. Dans ce discours la finalité la plus manifeste était son but explicite, celui de forger des relations meilleures avec le monde musulman. Cependant, on ne devrait pas négliger le fait que le discours a constitué un message pour une audience plus large, de façon à favoriser "un dialogue de meilleure qualité" avec l’Islam. Juste avant son voyage, le 1er juin, le président a déclaré lors d’une interview avec Laura Haim de la chaîne française Canal Plus, "… Je pense que les États-Unis et plus généralement l’Occident, doivent s’éduquer avec plus de rigueur en ce qui concerne l’Islam." Traditionnellement, les présidents américains ne sont les défenseurs d’aucune religion. Ils sont les défenseurs des États-Unis d’Amérique. En fait, en prenant parti pour l’Islam, le président s’est engagé dans la dawa, ou "la dawa ‘soft’." Selon sa définition, "le but de la dawa est d’amener des gens, musulmans et non musulmans, a comprendre le culte de Dieu tel qu’il est célébré dans le Coran, et à les informer sur Mahomet."

Le professeur Karina Korostelina de l’Université George Mason, qui a étudié comment l’enseignement de l’histoire est utilisé au service de buts politiques en particulier en Europe de l’Est, déclarait : "les gens qui contrôlent le passé et qui établissent ce que sont les principaux problèmes nationaux et les revendications afférentes sont également ceux qui définissent l’avenir, ceux qui définissent qui nous sommes et ce que nous aspirons à devenir." Il faut se souvenir que dans son discours inaugural, le président Obama a parlé des États-Unis comme d’une nation composée "de Chrétiens et de Musulmans, de Juifs et d’Hindous." De même au Caire, il a mentionné le christianisme comme une religion parmi d’autres. Le président a constamment minoré l’importance du christianisme, alors que de fait, le christianisme protestant a contribué notablement au développement de la démocratie en Amérique. Bon nombre de ses principes sont directement issus de la Bible hébraïque que le public cultivé pouvait lire dans sa traduction anglaise au cours du dix-septième siècle. Ce fait historique fondamental n’est pas contesté.

L’historien Alexis de Tocqueville connu pour son interprétation novatrice, a identifié l’importance de la religion dans la vie américaine et en a fait la source de son destin exceptionnel. Il est assez intéressant de noter que Tocqueville a défendu l’idée qu’une société séculière était compatible avec un environnement culturel chrétien mais qu’elle ne pouvait pas s’épanouir au sein de la culture islamique :

Mahomet a fait descendre du Ciel et a placé dans le Coran non seulement des doctrines religieuses, mais aussi des maximes politiques, des lois civiles et criminelles, des théories scientifiques. L’Évangile ne parle au contraire que des rapports généraux des hommes avec Dieu, et entre eux. Hors de là, il n’enseigne rien et n’oblige à rien croire. Cela seul, entre mille autres raisons, suffit pour montrer que la première de ces deux religions ne saurait dominer longtemps dans des temps de lumière et de démocratie, tandis que la seconde est destinée à régner dans ces siècles comme dans tous les autres (De la démocratie en Amérique, vol. II, première partie, chapitre cinq) (1)

En quel genre de pays l’Amérique se transformerait-elle si l’héritage du christianisme protestant perdait son influence culturelle, et qu’adviendrait-il de la démocratie et de la société séculière de ce pays ? Au cours de la même interview avec Laura Haim, le président a fait une déclaration incroyable. Obama a dit : "si vous preniez le nombre véritable d’Américains musulmans, nous serions l’un des plus grands pays musulmans du monde." Puisque ce n’est pas le cas actuellement, il ne faut pas beaucoup d’imagination pour faire l’hypothèse qu’Obama voudrait en fait changer les États-Unis en "l’un des plus grands pays musulmans du monde," et qu’il a voulu habituer le public à cette idée. Autrement, il se serait exprimé différemment. Pour atteindre cet objectif, il sera nécessaire de provoquer en premier une "transformation de la conscience nationale" de façon à créer un état d’indifférence ou de passivité compatible avec une immigration islamique à grande échelle en Amérique, comme cela s’est produit en Europe. (Cela pourrait intervenir au cours de son second mandat, ou plus tôt si les conditions économiques s’améliorent un peu).

Un programme radical de changement de l’équilibre de la population en Amérique pourrait facilement déstabiliser la démocratie assise sur la classe moyenne. John Fonte, du Hudson Institute, a soigneusement étudié les enseignements d’Antonio Gramsci (1891-1937), un marxiste italien, ami personnel de Lénine, et il a décrit sa doctrine de la guerre sociale. L’argument de Gramsci incitait à la destruction idéologique "d’un système de valeurs favorable aux intérêts des classes ou des groupes dominants." On y parvient en "délégitimant les systèmes de croyance dominants" à travers un combat mené au niveau de la conscience, et en renforçant les groupes marginalisés de la société. Fonte a souligné que le but de cette lutte est le renversement de la démocratie libérale de classe moyenne en Amérique, suivie d’un changement radical. En Amérique, les Musulmans ne sont pas certainement marginalisés, et ils font bien de ne pas l’être. Il est néanmoins évident que même sans l’arrivée d’une nouvelle vague d’immigration musulmane, le président Obama s’efforcera d’améliorer le statut de cette minorité pour la rendre "plus égale" que d’autres, et qu’il remodèlera ainsi la structure fondamentale et traditionnelle de la société américaine. Ce projet représente un danger pour la démocratie en Amérique et il pourrait finalement détruire le tissu de sa société et le mode de vie collectif de façon rapide et permanente.

Joel Fishman *

© Makor Rishon

* Le docteur Joel Fishman est historien et chercheur, et membre d’un institut de recherche de Jérusalem.


(1) Le texte cité peut être consulté ici.
 

Mis en ligne le 11 juin 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org