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Islam

Pour un nouveau « Seelisberg » [auquel participeraient des musulmans]
25/06/2009

« Le niqab dérange ?... Et les textes donc ! ». C’est ainsi que l’auteur, architecte, la cinquantaine, chrétien pratiquant, qui signe du pseudonyme de Noop, introduit son article. Non sans raison. En substance, il rappelle que les textes de l’islam radical, ou l’usage qu’il fait de passages radicaux du Coran, sont bien plus préoccupants que l’accoutrement, dont les adeptes de ce radicalisme islamique ont fait leur signe distinctif. Ce qu’il dénonce est juste, dans l’ensemble. Toutefois, son appel à un « nouveau Seelisberg » est inadéquat, comme je l’expliquerai dans le commentaire qui suit cet article. (Menahem Macina).

25/06/09

Sur le site Agoravox

 

Les députés qui s’émeuvent de l’apparition du niqab (burka "soft") en France sont bien gentils, mais ce drap [sic], n’est qu’un signe visible qui cache mal des mots au moins aussi radicaux. Cet accoutrement est l’expression de l’extrémisme religieux, mais il témoigne d’un aspect plus grave, plus profond et plus insidieux. Au-delà même de l’aspect choquant de la place [qu’]il assigne [aux] femmes].

Le Coran et ses sourates sont remplis d’intentions et de jugements très négatifs sur les « mécréants » et les « infidèles » (*). Or, les Occidentaux chrétiens, juifs ou athées sont ces infidèles et ces mécréants aux yeux de l’islam. Si l’on en croit les démographes, cette religion va poursuivre son expansion, pour venir rivaliser en nombre avec les chrétiens et les athées en Europe. Qui nous dit que tous les membres de cette communauté seront indifférents à une lecture simple, voire simpliste du texte, si rien n’est fait pour la délégitimer officiellement ?

En 1947, après la terreur d’une guerre sans précédent, une petite conférence s’est tenue dans le village suisse de Seelisberg. L’objectif était de savoir si les religieux pouvaient identifier, dans leur sphère de compétence et d’influence, des causes de l’antisémitisme. Des juifs, des chrétiens (catholiques et protestants) analysèrent les aspects sur lesquels ils pouvaient agir pour tenter de neutraliser (dans leur domaine) l’antisémitisme, cette constante des sociétés européennes depuis plusieurs siècles.

Si tout ne fut pas débattu, évidemment, loin s’en faut, au moins les responsables chrétiens se [souvinrent-ils] que leurs évangiles présentaient les juifs comme les « ennemis » de Jésus. Ennemis d’un jour, mais aussi ennemis [de] toujours en quelque sorte.

L’exemple de la prière du Vendredi [Saint] illustrait bien le problème.

« Oremus et pro perfidis Judaeis », traduit en français par « Prions aussi pour les Juifs perfides », résumait assez bien ce que l’Eglise propageait chaque semaine [lire : chaque année] [1] comme message à l’égard des juifs, même dans une prière à leur intention. L’antisémitisme passait aussi par la religion. On n’avait pas attendu Seelisberg pour s’en rendre compte, mais rien n’avait été fait. La religion, par essence conservatrice, n’avait pas bougé, et n’avait rien changé. Après la Shoah, après Seelisberg, l’Eglise ne pouvait pas rester de nouveau inerte et faire comme si ces remarques étaient dénuées de pertinence et de légitimité. On modifia le texte de l’oraison pour « Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier…/… ». Ainsi diplomatie [2] et oecuménisme s’invitaient dans un texte religieux.

Croyant, je ne suis pas, pour autant, un grand spécialiste de ces textes. Mais je pense que cet exemple montre bien que, oui la religion, quelle qu’elle soit, l’univers de la foi, la recherche de l’absolu, peuvent être aussi, hélas, le terreau de l’intransigeance, puis de l’intolérance. Oui, sur des esprits et des âmes simples en quête de "vérité", le résultat peut être radical et former un chemin vers la haine. Oui, les religions sont responsables du message qu’elles délivrent et de leurs effets sur leurs fidèles. Dans des sociétés multiculturelles et multicultuelles encore plus qu’ailleurs, dans une planète réduite par la mondialisation encore plus qu’avant, l’œcuménisme ne doit pas rester un discours rempli de bonnes intentions, orné de sourires de façade.

Et si nos responsables religieux faisaient un nouveau "Seelisberg"… auquel les musulmans participeraient ? Dire qu’il ne faut pas attendre à nouveau [à ce] que les mêmes causes produisent les mêmes effets serait excessif et alarmiste. Les textes religieux seuls ne peuvent pas tout assumer. Mais…

Car, à l’heure où nos élites républicaines contournent allègrement la loi de 1905 afin que des mosquées sortent de cette terre, la lecture de certaines sourates, de certains versets du Coran a de quoi inquiéter: les femmes, et aussi plus largement les "infidèles" et les "incrédules" que nous pouvons être, nous Occidentaux chrétiens ou athées, aux yeux de l’islam… N’en déplaise à M. Obama, qui [a] tent[é] d’amadouer les musulmans, au Caire, dans un discours assez démagogique, prononcé là-même où l’islam est présent sous sa forme la plus archaïque [2].

L’islam est un message de paix nous dit Tarik Ramadan… Qu’il nous soit permis d’en douter à l’écoute [lire : l’audition] de certains passages du Coran, et à la connaissance de certains passages à l’acte, criminels, ces dernières années, commis en son nom.

A moins de considérer naïvement que Malek Chebel, ou Abdelwhab Meddeb [3], inspirent tous les imams et tous les musulmans de France, à moins de croire que la laïcité va s’imposer d’elle-même en un instant aux nouveaux arrivants, alors qu’elle fut l’objet d’un combat virulent pour asseoir sa prééminence jusqu’à la loi de 1905, à moins de penser que l’œcuménisme est le carburant naturel des religions, je pense qu’il serait pertinent que nos responsables "laïques" obtiennent explicitement, de la part d’un "islam de France" (et des autres religions), une mise au rebut de quelques appels explicites à des [d]jihads pas toujours "intérieurs", de quelques conditionnements répétés au rejet de l’autre et, dans le meilleur des cas, à son maintien dans un statut éventuel de dhimmi… Les sourates sont disponibles sur les sites de vidéos en ligne… pas besoin de se plonger dans le Coran. Faites une recherche avec les termes, infidèles, ou/et mécréants, plus sourate et/ou verset, dans un moteur de recherche bien connu, et vous aurez une idée du problème. Nous sommes très loin du "vivre ensemble"…

A l’heure où la Halde et d’autres organismes traquent, sur la toile, les appels à la haine, il y a là du grain à moudre.

La religion, l’intuition spirituelle, font partie de l’histoire de l’humanité et sont au cœur de la conscience humaine. Mais ces messages trouvent leur traduction hors des églises, hors des synagogues, hors des temples et des mosquées, dans l’espace public, laï[que] ou non. Pour le meilleur et pour le pire…

La mise en présence, dans un même espace, de religions aux antagonismes historiques avérés peut s’apparenter parfois à la programmation d’une histoire violente. La France a connu cette violence dans le passé. Aujourd’hui, d’autres pays sont dans la tourmente pour n’avoir pas su trouver la « bonne recette ». Aujourd’hui, beaucoup de chrétiens ont fui les terres de l’islam où un sort peu enviable leur était fait, leur est fait. Un nouveau Seelisberg devrait être tenu [4].

Faute de l’avoir fait à temps, nos responsables courent le risque de se condamner aux remords. La pusillanimité de nos dirigeants sur ce sujet ne peut déboucher que sur un malentendu, pris comme un aveu de faiblesse. On ne peut pas à la fois construire une société multicuturelle et faire l’impasse sur la teneur des messages religieux qui traversent et travaillent la masse des croyants, à l’abri des caméras, dans l’intimité des lieux communautaires.

 

© Agoravox


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Note de l’auteur


(*) Les fidèles conscients du caractère inquiétant des textes diront qu’il ne faut pas s’en tenir au sens littéral… mais qu’il faut s’en remettre aux érudits, comme si cela pouvait préserver d’une compréhension intolérante… Que sont les talibans alors ? Et les savants wahhabites ? Des ignares ?

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Notes de Menahem Macina

[1] La prière "Pro perfidis iudaeis" n’était pas récitée toutes les semaines mais uniquement lors de l’office du jeudi et du vendredi saint, soit une fois par an, et c’est déjà suffisant.

[2] Ni l’Egypte, ni le Caire ne sont des fiefs de l’islam « archaïques », comme le dit l’auteur. Il confond sans doute avec l’Arabie Saoudite.

[3 Ecrivains musulmans qui décrivent dans leurs ouvrages un islam pacifique et rayonnant sur le plan culturel, non sans pas mal d’embellissements – voire de manipulations - de l’histoire.

[4] Le bref excursus qui suit illustre l’inadéquation de ce vœu pieux.

 

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Remarque de Menahem Macina


Il convient de rappeler que ce qu’on a appelé la "Conférence de Seelisberg", fut une initiative chrétienne, même si le comité organisateur porte le titre
d’«International Council of Christians and Jews». A l’issue de cette rencontre - qui ne fut pas aussi idyllique qu’on le pense généralement [1] -, fut élaborée, sous la forte influence de Jules Isaac, qui y participait, une liste de recommandations, connue sous le nom de « Dix points de Seelisberg » [2] Un simple coup d’œil sur ces recommandations rend clair que, si généreuse qu’elle soit, l’idée d’un « nouveau "Seelisberg"… auquel les musulmans participeraient », comme l’écrit l’auteur de l’article ci-dessus, est une construction de l’esprit et repose sur une analogie inadéquate.

En effet, s’agissant de l’islam, pour qu’une rencontre de cette nature soit possible, il faudrait que se soit fait jour, chez les musulmans qui envisageraient d’y participer, une prise de conscience aiguë du caractère nocif et destructeur d’un grand nombre de passages du Coran, et qu’il en découle une volonté d’amender ces textes blessants. Or, on sait qu’à la différence des Ecritures saintes des juifs et des chrétiens, qui ne sont pas considérées comme la norme absolue du comportement et de la vie quotidienne, le Coran, interprété par la Sunna et les hadiths, entend régir tous les aspects de la vie personnelle et sociale des fidèles musulmans, ainsi que la politique et les institutions des Etats islamiques. De surcroît, la référence au Coran est absolue et tout ce qu’a dit le prophète, et même ses actes et ses comportements, ont une valeur normative intangible, indépendante des cultures, des régimes politiques, et des époques. A ce titre, la haine envers les Juifs, dont le Coran et les hadiths contiennent de multiples expressions, n’est pas susceptible de réforme, car, d’un point de vue islamiste rigoureux, ce serait attenter à l’intangibilité de la révélation islamique et à la sainteté des Ecritures saintes et de la tradition de l’islam. Aussi, l’évocation de la prière catholique, "Prions pour les Juifs perfides", apparaît-elle anecdotique si on la compare aux multiples malédictions et insultes qui abondent en islam, et qui s’originent au Coran et à sa tradition scolastique et pieuse.

 

[1] Voir: "Le «Syndrome de Seelisberg»: soupçon d’un «enseignement du mépris» rabbinique envers les chrétiens".

[2] Elle figure dans le bref exposé qu’on peut lire dans l’article intitulé "Trois initiatives pionnières en matière de relations entre chrétiens et Juifs", chapitre 2.

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[L’article d’Agora Vox m’a été aimablement signalé par R. Lewin.]

 

Mis en ligne le 25 juin 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org