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Christianisme

Ce que les archives du Vatican disent sur Pie XII
28/06/2009

27/06/08, 23h30

Texte repris du Blogue Philosémitisme, 26 juin 2009

"L’attitude du futur Pie XII ne peut être dissociée de celle des responsables politiques de l’époque, qui, pa­reil­lement avertis des agissements des nazis, refusèrent de prendre au tragique ces informations [*]. La cécité des dirigeants des démocraties occidentales et, dans une large mesure, des intellectuels face au national-socialisme, demeure l’une des grandes énigmes de ce temps. Seul, sans doute, Winston Churchill se montra très tôt clairvoyant et refusa de croire, comme tant d’autres, à l’éventualité d’un adoucissement de la tyrannie établie par Hitler en Allemagne."

Source: extrait de l’article d’Éric Roussel paru dans le Figaro sur le livre de Hubert Wolf "Le Pape et le Diable - Pie XII, le Vatican et Hitler : les révélations des archives", traduit de l’allemand par Marie Gravey. CNRS Éditions, 340 p., 25 €.

"[...] La République de Weimar, où il exerça ses fonctions, constituait le cadre le plus déconcertant pour cet esprit réfractaire à la cul­ture laïque. Ayant récusé la plus infime référence à une vo­lonté divine, le régime l’inquiétait au plus haut point. Il évita pourtant de paraître entrer en conflit avec l’autorité po­litique légalement constituée. En contrepartie d’un accès des fi­dèles aux sacrements, il renonça à intervenir dans les affaires de l’État, et cette prise de position initiale explique sa conduite postérieure, objet de polémiques.

Quand les nazis prirent le pou­voir, en janvier 1933, Eugenio Pacelli, nommé entre-temps ­­se­cré­taire d’État, ne changea pas fondamentalement d’at­titude. Hos­­­­­tile jusque-là à une alliance entre le Zentrum, parti d’inspiration catholique, et les diverses formations de gauche, il déconseilla l’affrontement avec les nouveaux maîtres de l’État et, "le revolver sur la tempe" - son expression -, il accepta la signature d’un concordat, un pacte avec le diable qui garantissait la pastorale et la stabilité de l’Église dans le cadre de la dictature nationale-socialiste.

Stricte réserve

D’après les archives, Mgr Pa­celli semble avoir fait preuve d’une stricte réserve : rien ne permet notamment d’affirmer qu’il ait incité les députés du Zentrum à voter en 1933 les pleins pouvoirs à Hitler, ou qu’il ait poussé les prélats allemands à lever leurs mises en garde contre le nazisme. "Ces démarches sont à mettre sur le compte de l’Église allemande", souligne Hubert Wolf.

Ces points importants ainsi éclairés, reste le problème de l’op­portunité d’une dénonciation solennelle par le Saint-Siège des persécutions antisémites dans le IIIe Reich. Une telle initiative aurait-elle pu éviter le pire ? Ou bien n’aurait-elle fait que déchaîner la fureur des hitlériens ? À cette question, Hubert Wolf apporte des réponses nuancées, toujours fondées sur des documents irrécusables. Des pièces mises à la disposition des historiens, il ressort que, si Eugenio Pacelli ­ré­prouvait l’anti­sé­mitisme hitlérien, et se montra toujours disposé à aider les personnes menacées, il resta en revanche opposé à une condamnation formelle par le Saint-Siège des théories hitlériennes. Sur ce point, les archives ­confirment une différence d’ap­préciation entre Pie XI, que la mort empêcha de rendre publique une dénonciation énergique du nazisme, et son successeur, manifestement plus prudent, soucieux du sort des catholiques à l’intérieur du Reich.

Quoi qu’il en soit, l’attitude du futur Pie XII ne peut être dissociée de celle des responsables politiques de l’époque, qui, pa­reil­lement avertis des agissements des nazis, refusèrent de prendre au tragique ces informations. La cécité des dirigeants des démocraties occidentales et, dans une large mesure, des intellectuels face au national-socialisme, demeure l’une des grandes énigmes de ce temps. Seul, sans doute, Winston Churchill se montra très tôt clairvoyant et refusa de croire, comme tant d’autres, à l’éventualité d’un adoucissement de la tyrannie établie par Hitler en Allemagne."

- L’aryanisation de Jésus par les Chrétiens dans l’Allemagne nazie

Crédit photo: Wikipédia
 
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Note de Menahem Macina
 
[*] Sur ce thème, voir, entre autres: David S. Wyman, L’abandon des Juifs: les Américains et la solution finale, Flammarion, 1987 (édition originale américaine, 1984). Significatif à cet égard est le constat cruel de Ian Karski - héros de la résistance polonaise, chargé de faire connaître à l’étranger le sort des Juifs du Ghetto de Varsovie -, que rapporte Wyman en ces termes (Wyman, p. 421): "Les dirigeants juifs à l’étranger ne seront pas intéressés. A 11 heures du matin, vous commencerez à leur parler de la terrible angoisse des Juifs polonais, mais, à 13 heures, ils vous demanderont d’arrêter le récit pour qu’ils puissent déjeûner. Il y a là un fossé que l’on ne peut combler. Ils continueront à aller prendre leur déjeûner dans leur restaurant préféré. Et ainsi, ils ne peuvent pas comprendre ce qui se passe en Pologne."
 

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© Philosémitisme

 

Mis en ligne le 27 juin 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org