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A-Dura / France-2 (développements récents)

Neda n’est pas Al Dura, Emmanuel Navon
30/06/2009

30/06/09

 

Texte original anglais: "Neda is not Al Dura", posté le 29 juin sur le Blog de l’auteur.

 

Traduction française : Jean Szlamowitz pour upjf.org

 


Samedi 20 juin, une jeune Iranienne appelée Neda a été assassinée, alors qu’elle exerçait dans les rues de Téhéran son droit à protester. Son meurtre, son agonie et sa mort ont été filmés, et cette scène a été diffusée sur YouTube.

Neda, qui signifie « voix » en persan, est devenue l’icône du mouvement anti-Ahmadinejad. Un blogger iranien a dédié un texte, sur www.iranian.com, à la mémoire de Neda, qui parle d’elle comme du « nouveau symbole de l’Iran », et affirme :

« son assassinat par le régime est le début de notre mouvement, et nous poursuivrons ce mouvement en brandissant partout son nom ».

Un commentaire sur Twitter comparait Neda à Mohammed Al-Dura :

« comme Mohammed Al Dura, l’enfant abattu par les soldats israéliens en 2000, l’image de Neda, tuée par les Basiji [la milice volontaire paramilitaire contrôlée par les Gardiens de la Révolution Islamique], en 2009, restera ancrée en moi à jamais. »

Je suis de tout cœur avec les contestataires iraniens et j’espère, comme eux, que Neda deviendra le symbole de leur lutte pour la liberté. Mais la comparaison avec Al-Dura est tout sauf pertinente (un correspondant de NBC a fait le même rapprochement). Décidément, les responsables israéliens qui ont décidé de considérer l’affaire Al-Dura comme oubliée ne se rendent pas compte à quel point il reste aujourd’hui un symbole aussi répandu dans le monde. La comparaison avec Al-Dura n’est pas pertinente parce que Mohammed Al-Dura n’a pas été tué par des soldats israéliens et parce que la scène de son prétendu assassinat a très certainement été fabriquée. Il ne s’agit pas là de théorie du complot, ni de diffamation : le 21 mai 2008, la Cour d’Appel de Paris a considéré, par son jugement, que le spécialiste des médias, Philippe Karsenty, était fondé à parler de duperie à propos de la scène montrant la mort d’Al-Dura. La cour n’a pas tranché sur le point de savoir s’il s’agissait d’un duperie ou pas, (on ne le lui demandait pas), mais en considérant comme légitime de poser la question du duperie, dans le cas Karsenty, la cour a implicitement admis qu’une telle remise en question a quelque fondement.

Le 30 septembre 2000, la chaîne de télévision France 2 diffusait des images d’un père et de son fils tentant de se protéger de tirs au carrefour de Netzarim, dans la Bande de Gaza. Le correspondant chevronné de France 2 en Israël, Charles Enderlin, commentait les images en ces termes :

« 15 heures. Tout vient de basculer près de l’implantation de Netzarim, dans la bande de Gaza. Les Palestiniens ont tiré à balles réelles, les Israéliens ripostent. Ambulanciers, journalistes, simples passants sont pris entre deux feux. Ici, Jamal et son fils, Mohammed, sont la cible de tirs venus des positions israéliennes. Mohammed a douze ans, son père tente de le protéger. Il fait des signes… mais, une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père, gravement blessé. Un policier palestinien et son ambulancier ont également perdu la vie au cours de cette bataille. »

Enderlin n’était pas présent lors des événements, et ses commentaires se fondent sur ce que son caméraman palestinien lui a raconté.

Dans sa diffusion du reportage de France 2, la télévision palestinienne inséra l’image d’un soldat israélien en position de tir. Cette photo avait été prise à Nazareth, deux jours après la fusillade de Netzarim.

Le 1er octobre 2000, Charles Enderlin décrivait Mohammed Al-Dura comme

« un enfant de 12 ans, dont la mort tragique a été filmée par Talal Abu Rahmah, correspondant de France 2 dans la bande de Gaza ».

Et il rapportait un communiqué de presse de l’armée israélienne « regrettant les pertes de vies humaines » et affirmant « qu’il était impossible de déterminer l’origine des coups de feu ».

Talal Abu Rahmah a fait une déclaration sous serment au Palestinian Center for Human Rights, dans laquelle il affirmait avoir filmé 27 minutes de la fusillade israélienne et que les Israéliens avaient tué l’enfant, « de sang-froid ». Cependant, quand France 2 a soumis les bandes à un tribunal français, en novembre 2007, on a constaté que Talal Abu Rahmah n’avait filmé qu’une minute de la séquence Al-Dura.

Le 27 novembre 2000, France 2 a diffusé un reportage de Charles Enderlin, selon lequel l’enquête militaire menée par le général Samia, qui commandait le front sud, concluait :

« il est plus probable que l’enfant ait été tué par les Palestiniens que par les Israéliens ».

Le lendemain, France 2 et Charles Enderlin remarquaient néanmoins que

« plusieurs points de la théorie israélienne ne cadrent pas avec les faits recueillis sur les lieux »

ni avec les témoignages du médecin qui avait examiné le corps de l’enfant.


En mars 2002, la chaîne de télévision allemande ARD diffusait un documentaire d’Esther Shapira, intitulé « Qui a tué Mohammed Al-Dura ? », lequel soulignait le manque de preuves matérielles concernant la provenance des tirs et l’autopsie de l’enfant. On y voyait Talal Abu Rahmah affirmer qu’il avait ramassé les balles censées avoir été tirées par les soldats israéliens. Ensuite, quand Esther Schapira lui rappela que le général palestinien chargé de l’enquête lui avait déclaré, dans une interview, qu’aucune balle n’avait été ramassée, il admit ne pas les avoir ramassées, se voyant ainsi pris en flagrant délit de mensonge. De plus, les blessures montrées par Jamal Al-Dura [le père de Mohammed] n’avaient pas été causées par des balles mais par une attaque à la hachette, perpétrée par le Hamas, en 1993, et pour lesquelles il avait été traité dans un hôpital israélien, par le docteur Yehuda David.

 

En novembre 2002, l’agence de presse franco-israélienne MENA produisit un documentaire de 20 minutes, intitulé Al-Dura, l’enquête. Grâce aux remarques de Nahum Shahaf, un physicien qui avait participé à l’enquête du général Samia, le documentaire remettait en question l’authenticité des scènes filmées par le caméraman de France 2.


En janvier 2003, le psychologue français, Gérard Huber, publiait un ouvrage concluant que la mort de Mohammed Al-Dura était une fiction.


Le 22 octobre 2004, les journalistes français, Luc Rosenzweig (ancien rédacteur en chef du journal Le Monde), Denis Jeambar (L’Express) et Daniel Leconte (Arte), furent invités par France 2 à visionner les rushes. A leur grande surprise, sur les 27 minutes de rushes filmés par Talal Abu Rahma, plus de 23 minutes consistaient en des scènes où l’on voyait des jeunes Palestiniens simuler des scènes de guerre, qui n’avaient rien à voir avec les images de France 2. Luc Rosenzweig a témoigné au tribunal en ces termes :

« la théorie selon laquelle la scène [de la mort de l’enfant] est une forgerie est plus probable que la version présentée par France 2 ».

 

Le 26 novembre 2004, le spécialiste des médias, Philippe Karsenty, publiait un communiqué de presse affirmant que

« Charles Enderlin a bel et bien diffusé une fausse information, le 30 septembre 2000 ».

 

Le 25 janvier 2005, Daniel Leconte et Denis Jeambar publiaient, dans Le Figaro, un article d’opinion corroborant le témoignage de Rosenzweig. Ils rapportaient que Charles Enderlin avait, à au moins deux occasions, prétendu avoir

« coupé l’agonie de l’enfant au montage. C’était insupportable (…) cela n’aurait rien apporté de plus ».

Après avoir visionné les rushes, Leconte et Jeambar ont pu conclure que

« cette fameuse ‘agonie’ qu’Enderlin prétendait avoir enlevée au montage, n’existait pas ».

Ils faisaient également remarquer que,

« dans les minutes précédant la fusillade, les Palestiniens semblaient avoir organisé une saynète de guerre avec les Israéliens, et simulé, dans la plupart des cas, des blessures imaginaires ».

Selon eux,

« le visionnage de la totalité des rushes, montre qu’au moment où Charles Enderlin déclare que l’enfant est mort, rien ne lui permet d’affirmer qu’il est réellement mort, et encore moins que ce sont les soldats israéliens qui l’ont tué ».

 

Enderlin a répliqué à Leconte et Jeambar, dans Le Figaro du 27 janvier 2005 :

« l’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais dans toute la Cisjordanie ».

Mais Enderlin admettait que son commentaire ne correspondait pas exactement aux images. C’est également l’opinion présentée par le spécialiste des médias, Daniel Dayan (de la prestigieuse institution du CNRS), à la Cour d’appel.

 

Le 14 novembre 2007 [à la requête du tribunal], France 2 a soumis à la Cour d’appel de Paris 18 minutes des rushes non montés, filmés par Talal Abu Rahmah, le 30 septembre 2000. On y trouvait le passage final de la prétendue fusillade dont ont été victimes Mohammed Al-Dura et son père, Jamal. En fait, France 2 avait coupé les rushes et enlevé de nombreuses scènes. Il n’y avait que 65 secondes montrant la fusillade, bien que Talal Abu Ramah ait prétendu, sous serment, avoir filmé 27 des « 45 minutes de leur épreuve sous le feu israélien », et avoir envoyé 6 minutes à Enderlin.

Si les Israéliens ont tiré pendant 45 minutes sous cet angle, comment se fait-il que les derniers moments de cette scène ne montrent que deux ou trois trous dans le mur situé derrière les Al-Dura ? De plus, la forme des trous montre clairement que ces tirs ne pouvaient pas provenir des positions israéliennes. Et comment se fait-il que les corps des Al-Dura soient intacts, sans une tache de sang visible, après 45 minutes de tirs dans leur direction ? Talal Abu Ramah avait prétendu que Mohammed Al-Dura avait perdu son sang pendant 15 à 20 minutes, suite à une blessure au ventre. Pourtant, les images ne montrent aucune trace de sang au sol. Comment se fait-il que Talal Abu Rahmah n’ait même pas filmé quelques secondes du garçon en train de perdre son sang ?

 

Récemment, la journaliste Esther Shapira a diffusé son deuxième documentaire concernant l’affaire Al-Dura. Elle y interviewe l’un des médecins de l’hôpital Shifa, qui prétend avoir traité Mohammed Al-Dura et montre des images d’un enfant. Mais, selon un expert en reconnaissance faciale, qui intervient dans ce documentaire, le garçon filmé par Talal Abu Rahmah n’est pas celui qui a été déclaré mort à l’hôpital, sous le nom de Mohammed Al-Dura.

Malgré les sérieux doutes qui entourent les images de France 2, l’épisode Al-Dura a eu des conséquences dévastatrices. Il a notamment déclenché une vague de violences sans précédent contre Israël et contre les Juifs du monde entier. Les émeutes d’Arabes israéliens se sont multipliées ; la violence à Gaza et en Cisjordanie s’est accrue et est devenue meurtrière ; tout cela aux cris de « Vengeance pour le sang de Mohammed Al-Dura ! ». Al-Dura est devenu l’icône de la Seconde Intifada. Al-Jazeera a passé en boucle, durant plusieurs jours, le clip de l’enfant pris sous le feu ; et image de sa mort est devenue comme l’emblème de la chaîne. Ces clichés ont eu un effet galvanisant dans le monde arabe. Mohammed Al-Dura est devenu l’icône du monde arabe et musulman : l’image de l’enfant se cachant derrière son père est apparue sur des timbres, sur des dessins sur les murs des villes, et même sur des vêtement dernier cri. Des rues ont reçu le nom de Mohammed Al-Dura, en Iran, en Irak et au Maroc. L’Egypte a rebaptisé la rue située en face de l’ambassade israélienne au Caire, Rue Mohammed Al-Dura. L’Irak a donné à une grande artère de Baghdad le nom de Rue du Martyr Mohammed Al-Dura. Le ministre de l’éducation iranien a même créé un site consacré à la mémoire de Mohammed Al-Dura.

En prétendant que Mohammed Al-Dura et son père avaient été la cible de tirs provenant de positions israéliennes, Charles Enderlin a profondément influencé le djihad international. Selon la charia [droit religieux], les musulmans n’ont pas le droit de tuer les femmes et les enfants de leurs ennemis, sauf si ces derniers s’en prennent à des civils musulmans. Quand Ousama ben Laden a réalisé des vidéos de recrutement, avant le 11 septembre [2001], il a consacré un passage spécial à Mohammed Al-Dura, expliquant que quand "les Israéliens" ont tué cet enfant, ce sont tous les enfants musulmans du monde qui ont été tués. Daniel Pearl a été décapité avec une image de Mohammed al Dura en toile de fond, et des images de cette scène ont été insérées pendant qu’on l’égorgeait.

Eh bien, non, le monde n’a rien oublié de Mohammed Al Dura, et Israël a eu entièrement tort de choisir de ne pas se soucier de cette affaire, en espérant qu’elle se dissiperait d’elle-même. Mieux, la défense d’Enderlin et son argument-massue, jusqu’à ce jour, consistent à souligner que le fait qu’Israël ne l’a pas poursuivi, ni n’a procédé à une enquête sur son reportage, est la preuve qu’il n’a rien fait de mal.

Bonne chance aux Iraniens dans leur combat pour la liberté contre un régime d’oppression. Bonne chance aux Juifs dans leur combat pour la survie, face au djihad international. Et bonne chance à Charles Enderlin dans le monde qui vient.

 

© Emmanuel Navon

 

Mis en ligne le 30 juin 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org