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Leçon de Bush à Obama: discours de l’un à la Knesset, comparé à celui de l’autre au Caire, S. Lipsky
30/06/2009

« Un nouveau roi vint au pouvoir en Egypte, qui n’avait pas connu Joseph » (Ex 1, 8). Ma traduction (actualisée) de ce verset : "Un nouveau président est au pouvoir en Amérique, qui ignore qui est Israël". (Menahem Macina).

30/06/09


Tablet Magazine, 24 juin


Texte anglais original : "Bush’s Lesson for Obama. One president’s Knesset address, and how the other’s Cairo speech compares".


Traduction française : Menahem Macina, pour upjf.org


Tandis que de nombreux Juifs expriment leur malaise – certains publiquement, d’autres en privé -, suite au discours du Président Obama, au Caire, et ses propos de la semaine dernière au beau milieu d’un combat pour la démocratie, actuellement en cours en Iran, je me suis retiré dans mon bureau avec une transcription des observations émises par le Président Bush à la Knesset, lors du 60ème anniversaire de l’Etat juif. Quoique elles remontent à 13 mois, il est possible de prédire que ses paroles serviront de standard pour ceux qui le suivent comme une tribune de l’Amérique.

Bush s’est exprimé le 15 mai 2008. Il a commencé par citer la proclamation de Ben Gourion, déclarant qu’Israël avait le « droit naturel du peuple juif à être le maître de son propre destin ». Le président des Etats-Unis a appelé ce droit « l’accomplissement d’une ancienne promesse faite à Abraham et à Moïse et à David – une patrie pour le peuple élu : Eretz Israel ». Il a rappelé comment l’Amérique avait reconnu l’Etat juif, 11 minutes après sa proclamation [par Ben Gourion]. Il a qualifié d’ « infrangible » l’ « alliance entre nos gouvernements », mais il a affirmé que la « source de notre amitié est plus profonde que n’importe quel traité ». Il a parlé des « engagements [bonds] du Livre » et des « liens de l’âme ».

Le président a rappelé que, quand William Bradford est descendu du Mayflower [1], il a cité ces paroles de Jérémie [Jr 51, 10]: « Venez! Racontons dans Sion l’oeuvre de [L’Eternel notre] Dieu ». Il a raconté comment les fondateurs de l’Amérique « voyaient une nouvelle terre promise » et ont donné à leurs villes des noms tels que Bethléem où Nouvelle Canaan. Ses mots étaient ceux d’un homme qui a lu et qui a pensé que l’idée d’Israël était étroitement liée à l’idée d’une Amérique revenant à, disons, James Madison, ou Samuel Adams [2], et pourquoi, comme il l’a dit à la Knesset, « beaucoup d’Américains sont devenus de fervents avocats d’un Etat juif ».

Bush a également parlé des « souffrances et des sacrifices [qui] se produiront avant que le rêve s’accomplisse ». Il a parlé des « êtres inhumains » qui ont perpétré l’Holocauste, et il a cité Elie Wiesel. Il a décrit les pleurs de joie d’une « femme sans peur élevée dans le Wisconsin », Golda Meir, quand le rêve d’un Etat s’accomplissait. Il a raconté avoir touché le Mur Occidental, vu le soleil se refléter dans la Mer de Galilée, prié à Yad VaShem et visité Masada, où il a prononcé le serment prêté par les soldats : « Masada ne tombera plus ».

Puis, le président en est venu aux principes qui guident la politique américaine – « aux convictions partagées », qu’il a dites « enracinées dans la clarté morale et non influencées par les sondages de popularité, ou les changements d’opinions des élites internationales ». Cela a mené à une articulation de la démocratie comme « seul moyen de garantir les droits de l’homme », et il a parlé de la manière dont les Nations unies ont fait d’Israël la cible privilégiée de leurs résolutions en matière de droits de l’homme, et déclaré que les Américains voient cela comme une « source de honte ».

Il a exprimé la croyance dont George Washington avait parlé plus de deux siècles auparavant, selon laquelle, comme l’a dit M. Bush, « la liberté religieuse est fondamentale pour une société civilisée ». Il a déclaré que les Américains « condamnent l’antisémitisme sous toutes ses formes – qu’il s’agisse de ceux qui remettent ouvertement en cause le droit d’Israël à exister, ou d’autres qui les disculpent tranquillement. » Il a contesté que des terroristes agissant au nom de la religion soient des gens pieux. « Aucun de ceux qui prient le Dieu d’Abraham ne peut revêtir un enfant innocent d’un gilet-suicide, ni faire exploser les invités d’un repas de Pâque, qui ne sont coupables de rien, ni faire s’écraser des avions contre des immeubles de bureaux remplis de travailleurs innocents », a-t-il dit. « Ces gens ne tolèrent aucun Dieu devant eux ».

Il a parlé spécialement du Hezbollah, du Hamas et des Iraniens et des appels à rayer Israël de la carte. « Il y a des gens honnêtes et décents qui ne peuvent imaginer la noirceur qui habite ces êtres et qui tentent de trouver des explications à ce qu’ils disent ». Il a qualifié ces réactions de « naturelles », mais « terriblement erronées ». Il a fait observer que « certains semblent croire que nous devrions négocier avec les terroristes et les radicaux, comme si quelque argument astucieux pouvait les persuader qu’ils ont eu tort de bout en bout ». Ensuite, il a cité le sénateur américain qui déclarait, en 1939 : « Seigneur, si seulement j’avais pu parler à Hitler, nous cela aurait pu être évité. »

A ce stade, il a mis en garde contre la « fausse consolation de l’apaisement [3]». Il a rejeté les suggestions de certains, selon qui, « si seulement les Etats-Unis rompaient les liens avec Israël, tous nos problèmes au Moyen-Orient disparaîtraient ». Il a affirmé que permettre au « principal sponsor mondial du terrorisme de posséder les armes les plus mortelles du monde serait une trahison impardonnable pour les générations futures ». Puis, il a souligné le point qui était si prémonitoire, au vu de ce qui se passe aujourd’hui dans les rues de Téhéran.

« Des dirigeants qui ont des comptes à rendre à leur peuple ne pourront persister dans une confrontation et un bain de sang sans fin. Il est peu vraisemblable que des jeunes gens qui ont une place dans leur société, et leur mot à dire sur leur avenir, cherchent une signification dans le radicalisme. Des sociétés dans lesquelles des citoyens peuvent exprimer ce que leur dicte leur conscience et rendre un culte à leur Dieu n’exporteront pas la violence ; ils seront des partenaires de paix. L’intuition fondamentale, selon laquelle la liberté produit la paix, est la grande leçon du XXe siècle. A présent, notre tâche est de l’appliquer au XXIème. »

Ainsi, le président a déclaré que l’Amérique « doit être avec les réformateurs qui travaillent à briser les vieilles formes de tyrannie et de désespoir », et « laisser s’exprimer des millions de gens ordinaires qui rêvent d’une meilleure vie dans une société libre ». Il a prévenu qu’il y aurait une « violente résistance ». Mais il a dit qu’avec la foi dans nos idéaux, il pouvait imaginer « Israël célébrant son 120ème anniversaire comme une des grandes démocraties du monde, une patrie sûre et florissante pour le peuple juif ». Et il a prédit que la totalité du Moyen-Orient serait transformée, le terrorisme vaincu et que la région entrerait dans « une nouvelle ère de tolérance et d’intégration ».

Les observations de Bush ont été accueillies par la dérision et la controverse dans la presse arabe ? Un site Web qui suit les nouvelles de la presse étrangère a publié une manchette appelant le discours « un acte de délire », et il a cité le directeur du journal égyptien Al-Ahram, qui se plaignait de ce que les remarques du président « semblaient avoir été tirées presque mot pour mot de la Torah ». Selon le New York Times, quand des journalistes interrogèrent le sénateur Joseph Biden à propos du discours de M. Bush, il réagit par des mots orduriers. Les Démocrates avaient apparemment l’impression que Bush parlait du futur Président Obama. Mais à présent, le sang coule dans les rues de Téhéran et un nouveau président américain se demande s’il faut parler d’une manière qui pourrait être interprétée comme de l’ingérence. Un moyen de juger de ce qu’il dira serait de le comparer au modèle que le Président Bush a établi il y a un an, à Jérusalem.

 

Seth Lipsky

 

© Tablet Magazine

 

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Notes du traducteur:

 

[1] "Le Mayflower (ou Fleur de Mai) était un vaisseau marchand de 90 pieds (27,4 mètres) et 180 tonneaux du XVIIe siècle. En 1620, il transporta 102 immigrants anglais (« The Pilgrim fathers » ou « Pères pèlerins ») entre Plymouth, en Angleterre, et la colonie de Plymouth, dans le Massachusetts." (Extrait de l’article « Mayflower », dans Wikipedia). L’épisode est devenu le symbole mythique de la création des Etats-Unis d’Amérique.

 [2] James Madison, quatrième Président des Etats-Unis, " Il est considéré comme l’un des principaux auteurs de la Constitution et en particulier de l’équilibre entre les pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif" (Wikipedia). Quant à Samuel Adams, toujours selon Wikipedia, "il est considéré comme l’un des Pères fondateurs des Etats-Unis. Il mena la fronde anti-britannique avant et pendant la Révolution américaine. Ses talents d’orateur et d’écrivain lui permirent de s’imposer dans les assemblées et les réunions ; il rédigea des pétitions et des résolutions qui firent avancer le processus révolutionnaire et l’organisation politique du pays. Il signa la Déclaration d’indépendance américaine, collabora à la rédaction de la constitution du Massachusetts et des Articles de la Confédération."

[3] Au sens du terme "appeasement", en anglais, à savoir : se concilier les bonnes grâces du violent.

 

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Mis en ligne le 27 juin 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org