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Israël (Société - mentalités)
Israël (boycott d')

Soutien à Gaza et Boycott universités israéliennes : interventions de Mary Senior et de Tom Hickey
04/07/2009

Pièce à verser au dossier de la haine imbécile et fanatique d’Israël (pardon, des Juifs, sous le faux-nez de la lutte pour les droits humains). (Menahem Macina).

04/07/09

Texte repris du site de ISM, 3 juillet

 


Suite au meeting de solidarité avec Gaza, et de soutien à la campagne BDS Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre Israël organisé par le Mouvement de Soutien à la Résistance du Peuple Palestinien (MSRPP) le 30 juin à Paris, voici les interventions de Mary Senior pour le syndicat écossais STUC (Scottish Trade Union Congress) et de Tom Hickey représentant du BRICUP (The British Committee for the Universities of Palestine) et du comité exécutif national de l’UCU (University and Colleges Union).


Mary Senior, secrétaire assistante de la fédération syndicale écossaise, la Scottish Trade Unions Congress (STUC)

Merci beaucoup pour votre invitation. Je suis ravie d’être à Paris et de vous présenter le travail accompli par la STUC sur le soutien aux Palestiniens et la campagne Boycott Désinvestissement et Sanctions contre Israël (BDS).

J’ai reçu la semaine dernière un message d’un collègue syndicaliste de Londres qui me disait que nous étions très courageux de nous lancer dans la campagne BDS contre Israël. Si je comptabilise les blogs qui nous combattent et les emails que nous recevons des sionistes, je dirais que notre position est effectivement courageuse. Mais il faut ajouter que cette position a été soigneusement étudiée, préparée, débattue et a résulté d’un processus démocratique et je suis convaincue que c’était la bonne position à prendre.

La fédération STUC existe depuis 113 ans. Elle représente 655.000 travailleurs et leurs familles en Ecosse. Nous avons toujours été très clairs sur notre mission de représentation des travailleurs syndiqués sur leur lieu de travail mais aussi sur notre situation en tant que citoyens du monde dans lequel nous vivons.

Notre mouvement a toujours été internationaliste. Les membres du STUC se sont battus contre le fascisme en Espagne depuis les années 1930. Et dans les années 80 nous avons été parmi les premiers à soutenir le boycott contre l’apartheid en Afrique du sud. Notre intérêt pour la Palestine ne date pas d’aujourd’hui.

Lors de notre congrès annuel en 2007, nous avons voté une résolution qui demandait à la fédération STUC d’étudier l’appel au boycott, désinvestissement et sanctions contre Israël jusqu’à ce que cet Etat se conforme au droit international et aux principes des droits de l’homme.

Entre mai 2007 et avril 2009 nous avons mis en application cette résolution et nous avons accompli la démarche suivante :
• comprendre la signification et les implications de la campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions,
• consulter et travailler avec la Fédération générale des syndicats palestiniens, d’autant plus que l’appel à la campagne BDS émane, entre autres, de cette Fédération,
• consulter les syndicats en Ecosse,
• consulter et prendre en compte l’avis d’autres groupes d’intérêt, parmi lesquels des groupes religieux dont celui de la communauté juive,
• et le plus important : visiter la Palestine et Israël et rentrer en contact direct sur place avec les syndicats et autres groupes.

L’accomplissement de ce processus a été très utile pour nous, il nous a permis de connaître de près la question, de contacter et de discuter avec des personnes d’horizons divers et de bien comprendre les enjeux. Cette démarche a été vitale pour convaincre les 37 syndicats et les 22 conseils de syndicats membres de notre fédération de valider notre décision.

La consultation de groupes d’intérêts divers a été très importante. Pour information, les groupes religieux jouent un rôle important dans la vie civile en Ecosse et nous avons une importante communauté juive dans les deux villes principales, Glasgow et Edinburgh. En leur demandant leur avis, nous avons essayé de faire preuve d’ouverture à leur égard et le dialogue a réussi à leur expliquer pourquoi nous avions pris cette décision et ce dialogue nous a poussés à décider de ne pas inclure les produits israéliens casher dans le boycott.

Pourtant cela n’a pas été facile, car ils nous ont accusés d’amalgamer Israël et judaïsme alors que la STUC a toujours été claire sur l’objectif qui est l’Etat d’Israël et non le judaïsme ni le peuple juif. Pour moi, ce sont les sionistes qui commettent cet amalgame lorsqu’ils nous accusent d’antisémitisme.

Le séjour de notre délégation en Palestine et en Israël a été vital et déterminant pour la finalisation de notre décision sur la campagne BDS. En effet, 11 syndicalistes écossais ont participé à ce voyage, dont moi-même et notre secrétaire général. Nous avons partagé notre temps entre la fédération israélienne Histadrut et la Fédération générale des syndicats palestiniens. Les deux fédérations nous avaient préparé un excellent programme qui nous a permis de rencontrer les syndicalistes, leurs leaders, d’aller sur les lieux de travail et de rencontrer des fonctionnaires administratifs et ministériels d’Israël et des territoires occupés.

Vous pouvez consulter le rapport sur notre visite sur notre site.

Nous avons entendu la même histoire de la Histadrut et des fonctionnaires des deux ministères des Affaires étrangères et de l’Emploi, à savoir qu’Israël se retrouvait sans interlocuteur pour les négociations de paix, que le Hamas était contrôlé par l’Iran, que le boycott allait porter préjudice aux travailleurs palestiniens et que, durant les négociations du processus de paix, les « Palestiniens n’avaient jamais perdu une occasion de faire capoter la possibilité de paix ». Il n’y eut aucune tentative d’explication des dommages de l’occupation ou des conséquences des attaques israéliennes contre le peuple palestinien à Gaza.

Les membres de la Fédération générale des syndicats palestiniens ont bien souligné que la participation à la campagne BDS était une décision que nous seuls pouvions prendre. Cependant, il était absolument évident lors de nos réunions avec l’Union générale des femmes palestiniennes, avec l’Union des Professeurs d’université à l’université de Birzeit et de nos rencontres avec les fonctionnaires du ministère palestinien du Plan que la campagne BDS bénéficiait d’un très large soutien au sein des syndicats palestiniens et de la société civile palestinienne.

En vérité, nous avons bien compris qu’une action des syndicats internationaux était impérative et urgente. Nos interlocuteurs nous ont bien expliqué que les Palestiniens n’étaient pas employés dans les secteurs de l’économie israélienne qui seraient affectés par le boycott et que, dans tous les cas, le gain politique dépassait largement le sacrifice économique.

Mais ce qui nous a convaincu de la nécessité du boycott, c’est le puissant sentiment d’injustice qui émane de la constatation des violations des droits humains dont souffrent au quotidien les citoyens palestiniens ordinaires.

L’urgence de la situation nous est effectivement apparue compte tenu des données suivantes :
• la poursuite de la construction du mur de séparation qui divise les familles, et sépare les communautés des écoles, des hôpitaux, de la terre et de leur lieu d’emploi,
• la poursuite de la croissance des colonies illégales à Jérusalem et en Cisjordanie et le transfert des Palestiniens hors de leurs foyers.

Nous avons constaté que ces violations quotidiennes des droits de l’homme étaient le résultat direct de l’occupation par Israël des territoires palestiniens.

Nous avons eu la chance de rencontrer les militants de deux organisations des droits de l’homme B’Tselem en Israël et Al Haq à Ramallah qui travaillent sur l’occupation et sur les violations des droits de l’homme et nos rencontres ont été très fructueuses.

Le dernier rapport de B’Tselem sur l’opération « Plomb durci » stigmatise la force militaire disproportionnée utilisée et les horribles violations, meurtres et mutilations commis par l’armée israélienne.

Lors d’une réunion avec des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères israélien, ces brutalités ont été confirmées, notamment lorsqu’une fonctionnaire nous a raconté que les soldats avaient tiré sur un immeuble d’habitation en guise d’avertissement, nous avons constaté qu’elle ne comprenait pas que les gens n’avaient pas d’autre endroit où se mettre à l’abri et nous avons noté sa sanguinaire cruauté.

L’association Al Haq nous a démontré que les sanctions contre Israël étaient non seulement légitimes mais nécessaires en raison des violations israéliennes des conventions de Genève.

Cette association poursuit actuellement le gouvernement britannique devant les tribunaux britanniques sur le fondement que, étant signataire de la convention de Genève, l’Angleterre doit sanctionner Israël pour ses violations, faute de quoi ces conventions internationales n’auraient aucun sens.

Notre séjour et nos rencontres en Palestine et en Israël ont profondément impressionné la STUC. Nous nous sentons désormais dans l’obligation morale de soutenir l’appel au Boycott, Désinvestissement et Sanctions et d’appeler à des investissements positifs dans les territoires occupés. Par ailleurs, en notre qualité de mouvement syndical impliqué dans la solidarité internationale, le collectivisme et la réalisation de la paix et de la justice, nous avons aussi décidé de revoir notre relation avec la Histadrut israélienne en raison de ses prises de position publiques lors des attaques contre Gaza et les territoires occupés.

Nous sommes l’une des premières fédérations syndicales à prendre ce type de position, des positions similaires ont été adoptées par la fédération irlandaise du Irish Congress of Trade Unions, des syndicats sud africains et quelques syndicats canadiens.

Nous sommes actuellement en pleine campagne BDS et notre intervention ce soir en fait partie. Nous allons rencontrer ce jeudi 2 juillet, un ministre du gouvernement britannique pour le convaincre d’appliquer des sanctions contre Israël et de modifier la politique étrangère britannique.

La semaine dernière, David Milliband, ministre britannique des Affaires étrangères a exprimé sa “consternation” du fait que nos syndicats discutent du boycott. Eh bien, c’est nous qui sommes consternés par ses commentaires et nous lui avons écrit pour lui en faire part ! Le gouvernement britannique ferait bien d’investir son énergie dans la dénonciation des actes d’Israël contre les Palestiniens.

Nous préparons une conférence qui se tiendra en septembre prochain avec des syndicalistes écossais visant à les motiver, les former et informer et surtout à identifier des cibles claires du boycott, parmi lesquelles probablement les deux sociétés d’exportation de produits agricoles israéliens Carmel et Agrexco et la société de fourniture d’eau minérale Eden Springs.

Nous travaillons actuellement à la dénonciation de la désinformation diffusée par la nouvelle alliance “TULIP” – Trade Unions Linking Israel and Palestine – qui semble être l’oeuvre de l’association britannique Trade Union Friends of Israel (Syndicats amis d’Israël). Il faut se garder de sous-estimer le lobby sioniste. Et nous devons être prêts à nous défendre contre leurs accusations d’antisémitisme.

J’ai personnellement vu de mes yeux le mur de l’apartheid, les checkpoints et le transfert des gens de leurs maisons et de leurs terres. Cela s’appelle nettoyage ethnique. Et je peux dire que ce n’est pas la fédération STUC et ceux qui soutiennent la campagne BDS qui sont les racistes.

Merci encore pour votre accueil et votre écoute. J’ai été très heureuse de m’adresser à vous au nom de la STUC.

Je vous recommande d’aller en Palestine, si vous le pouvez et de voir par vous-mêmes ce qui s’y passe. C’est un pays magnifique et je n’oublierai jamais l’accueil des syndicalistes de Naplouse. Mais avant tout je vous invite à soutenir les appels au boycott, désinvestissement et sanctions contre l’Etat d’Israël. Nous avons l’obligation d’exposer les violations israéliennes en termes de droits de l’homme et d’exercer toutes les pressions politiques, sociales et économiques pour dénoncer, isoler cet Etat et mettre un terme à l’occupation.

Mary Senior.



Intervention de Tom Hickey, représentant du groupe de professeurs British Committee for the Universites of Palestine (BRICUP), et du Union of Colleges and Universites (UCU), syndicat britannique des professeurs d’universités

Permettez moi de me présenter : je suis Tom Hickey, professeur en Esthétique et Economie politique à l’université de Brighton sur la côté sud de l’Angleterre, et membre du petit groupe de professeurs intitulé le British Committee for the Universities of Palestine (BRICUP) et créé il y a 5 ans par les professeurs Hilary et Steven Rose. Je suis également membre élu du Comité exécutif national du syndicat UCU qui représente les professeurs d’universités au Royaume Uni et qui, avec 120.000 membres, est le troisième syndicat universitaire du monde.

Je travaille depuis 4 ans au sein de l’UCU pour promouvoir la cause du boycott académique des institutions israéliennes académiques et universitaires. Finalement, au bout de 4 ans de débat, l’UCU a voté cette année lors de son congrès annuel, à une très forte majorité, une résolution en faveur d’une politique de Boycott Désinvestissement et Sanctions contre Israël (BDS) et a décidé d’organiser une conférence internationale syndicale en décembre prochain pour examiner les moyens de promouvoir cette politique.

En conséquence de cela, je suis devenu la cible de sionistes et apologistes d’Israël au Royaume Uni, aux Etats Unis et en Israël et pour cela, taxé d’hypocrite et d’antisémite, bombardé par des emails agressifs et menacé physiquement, financièrement et professionnellement.

L’intellectuelle américaine Judith Butler a écrit en 2004 :

« Nous avons besoin d’un espace public dans lequel les questions importantes peuvent être discutées sérieusement, et il faut que les professeurs d’universités s’impliquent activement au niveau de la liberté académique et de la recherche intellectuelle qui doivent constituer le fondement de ces discussions. » (1)

Butler s’exprimait à l’époque sur la politique israélienne et la critique de cette politique, et sur le sionisme et la critique du sionisme, notamment sur l’accusation d’antisémitisme que toute critique de la politique israélienne et du sionisme provoquent habituellement. L’enjeu posé par Butler est double : quelles sont les idées et les positions politiques qui sont autorisées dans l’espace public et comment se fait-il que l’espace public soit défini par ce type d’exclusion et de censure ?

Un de ces espaces publics est le monde académique ou universitaire.

Nous sommes confrontés aujourd’hui dans le monde universitaire à une série de menaces majeures contre la liberté académique. La première de ces menaces est clairement politique.

Au Royaume-Uni, un étudiant en doctorat qui avait téléchargé sur internet un manuel de Al Qaida a été récemment incarcéré, en dépit du fait que cet étudiant effectuait des recherches sur le terrorisme sous la supervision de son maître de thèse et que le site en question était celui du ministère des Affaires étrangères américain. Nous avons également été témoins de descentes anti-terroristes sur les campus des universités pour arrêter des suspects qui sans avoir jamais été inculpés pour le moindre délit ont cependant été expulsés du pays.

En notre qualité de professeurs d’université nous subissons actuellement des pressions pour établir des rapports sur ceux de nos collègues qui nous semblent « suspects » et sur le taux de présence en cours des étudiants étrangers. Le personnel des universités se transforme ainsi en annexe des services de la police des frontières et de l’immigration. Enfin, aussi bien au Royaume Uni qu’en France nous sommes confrontés aux nouvelles formes de racisme confessionnel matérialisées dans les interdictions du foulard et du voile intégral.

Nous nous trouvons actuellement face à une série de questions difficiles sur la liberté académique et la gestion de l’université, parmi lesquelles les problématiques suivantes :

• Quelles sont les personnes auxquelles cette liberté est accordée ?
• Quel est l’étendue de cette liberté ?
• Que faire si le principe d’universalité qui est à la base de la liberté académique est sapé par la mise en pratique de cette liberté ?

Toutes ces questions sont condensées dans le débat sur la proposition de boycotter les institutions académiques (universitaires) israéliennes.

Mais tout d’abord, retournons un moment à Butler. Elle expose dans son article la façon dont l’accusation d’antisémitisme est utilisée pour réduire au silence toute critique envers Israël, qu’il s’agisse de politique israélienne, de l’occupation israélienne de la Cisjordanie, du traitement du peuple des territoires occupés, du traitement des Palestiniens citoyens arabes d’Israël, et plus généralement bien sûr de toute critique envers le projet sioniste. Chacune de ces critiques engendre la fameuse accusation.

Antisémitisme ! Pour Butler, aucune autre étiquette ne peut être plus infamante pour un juif. Et elle ajoute : « aucune accusation ne peut être pire ou plus douloureuse pour un antiraciste et un antifasciste qu’il soit de gauche ou de droite ». Or, ces critiques découlent justement de la morale qui a réfuté le judéocide nazi et sont basées sur une motivation opposée à l’antisémitisme dont on les accuse.

La morale et la leçon historique que nous avons tirées du fascisme européen est que le silence face à l’oppression équivaut à la complicité avec l’oppression. Se taire c’est devenir un collaborateur avec le pouvoir illégitime et violent. C’est cette morale qui est la morale de tout juif qui porte l’héritage de la shoah comme une partie de son identité. C’est la morale de tout antiraciste qui considère que l’holocauste a eu lieu parce qu’on n’a pas réussi à empêcher les nazis de prendre le pouvoir.

L’accusation d’antisémitisme est pourtant utilisée pour faire taire la critique publique. Elle est utilisée pour supprimer cette morale. L’amalgame de la critique contre Israël avec la haine des juifs sert à la fois à faire taire les critiques qui sont, et c’est compréhensible, réticents à être taxés d’antisémitisme, et à rendre toute critique contre Israël littéralement « inécoutable » par la majorité des Israéliens et des supporters d’Israël. Les critiques sont audibles à leurs oreilles mais ne sont pas admises au discours, elles sont donc « inécoutables ». La critique est donc entachée de présomption de racisme.

A l’UCU, nous avons fait face à de telles accusations et nous avons résisté. Pour cela nous nous sommes concentrés sur deux choses :

Premièrement : les conditions de vie insupportables des Palestiniens dans les territoires illégalement occupés et le déni systématique qui leur est imposé non seulement du moindre vestige de liberté universitaire, mais de tout ce qui peut ressembler même à une éducation normale. Nous avons décrit les routes exclusivement réservées aux juifs qui saucissonnent la Cisjordanie, le mur de l’apartheid, la destruction de l’agriculture palestinienne, l’extension de colonies illégales, la distribution discriminatoire de l’eau palestinienne et les checkpoints destinés à rendre insupportable la vie quotidienne des Palestiniens.

Deuxièmement : la complicité des institutions académiques universitaires israéliennes dans le maintien et l’extension de l’occupation. Nous avons souligné le rôle des juristes et des anthropologues dans la légitimation de l’occupation, le rôle des ingénieurs et des spécialistes en intelligence artificielle dans la conception des drones et des missiles, le rôle des psychologues et des médecins dans la conception des systèmes de torture et de punitions collectives, et le rôle des philosophes dans la fourniture des justificatifs pour toutes ces actions. Nous avons également répertorié les diverses activités de recherche et de formation menées par les universités israéliennes sur la terre palestinienne illégalement occupée.

De manière très significative, pas une seule institution, pas un seul département universitaire, pas un seul groupe d’universitaires israéliens, n’a condamné ou pris ses distances avec l’occupation. Bien au contraire, les institutions universitaires israéliennes participent activement à l’occupation et en sont les témoins silencieux, et donc complices. Pire encore, le travail des sociologues et des historiens, à quelques rares exceptions près, contribue à développer le mythe de la fondation de l’Etat d’Israël, celui d’une « terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Si ce mythe a permis d’éradiquer le peuple palestinien, la pratique qui en découle poursuit cette éradication aujourd’hui sous la forme continue d’une extirpation de l’ensemble d’un peuple, pas dans le sens physique d’une annihilation, mais dans le sens de la négation de l’existence de sa culture et de son histoire, de sorte de les effacer de l’histoire.

Dans de telles circonstances, nous avons tiré les conclusions qui s’imposaient, à savoir qu’il était du devoir politique et moral de tous les universitaires du monde de boycotter les institutions israéliennes qui ne mettent pas un terme à leurs contrats militaires, qui ne condamnent pas publiquement l’occupation et qui ne prennent pas leur distance avec l’occupation.

Ce qui nous ramène au cœur de la question de la liberté académique. Si cette complicité des institutions universitaires israéliennes existe bel et bien, devons-nous préserver la liberté académique des universitaires israéliens aux dépens de la liberté universitaire (et même de la liberté d’étudier et d’enseigner) des Palestiniens ? La liberté académique et universitaire n’est-elle pas un véritable principe qui doit s’appliquer de manière universelle ? Et dans ce cas, que faire lorsque l’application de la liberté académique d’un peuple constitue en fait la négation de la liberté d’un autre peuple ?

On se retrouve coincés si on considère que la liberté académique est un principe absolu, or ce type de principe n’est jamais absolu. Une société ou une communauté ou une institution peut être engagée dans l’application du principe de la liberté d’expression sans que cet engagement ne soit absolu. Elle ne peut par exemple accepter d’autoriser un « discours de la haine ». Une société peut être engagée en faveur de la liberté de croyance et d’association et s’opposer à l’interdiction des partis politiques, aussi odieuses que soient leurs positions politiques, mais cela ne l’empêche pas de déclarer que l’affiliation à ce type d’organisations (de type fasciste ou raciste, par exemple) est incompatible avec certaines fonctions (telles que médecin, enseignant, policier, travailleur social, etc.).

Il en est de même pour la liberté académique. On peut contrevenir au principe de la liberté académique mais seulement dans des circonstances exceptionnelles. Et ces circonstances existent lorsque des considérations éthiques et politiques d’ordre général doivent primer sur les considérations académiques. Et c’est bien le cas illustré par les traitements que fait subir Israël aux Palestiniens et par la complicité des institutions israéliennes universitaires à l’égard de ces traitements.

Le boycott des institutions académiques universitaires israéliennes est, par conséquent, un devoir moral plutôt qu’une offense morale. Ce boycott n’est pas dirigé contre des collègues universitaires en tant qu’individus, même s’ils soutiennent personnellement l’occupation. Le boycott vise des institutions qui se sont systématiquement engagées dans le soutien de l’occupation. Il ne cible pas des individus, car un des buts du boycott est justement d’inciter les collègues israéliens à entrer dans le débat et à les encourager à s’exprimer contre ce qui est en train de se faire en leur nom par les institutions pour lesquelles ils travaillent.

Le boycott ne vise pas un résultat précis, par exemple, la solution d’un seul Etat ou de deux Etats, cette question regarde les Palestiniens et les Israéliens. L’imposition d’exigences de ce type de l’extérieur est une continuation du problème historique qui en est l’origine. Si le maintien de l’Etat d’Israël n’avait pas été dans l’intérêt de l’impérialisme occidental, cet Etat n’aurait jamais reçu l’immense soutien financier et militaire que son existence nécessite depuis 1948. Les pressions externes visant à dicter des résultats, même sur un registre différent, ne pourront pas régler le problème.

Voila les raisons pour lesquelles nous trouvons même des universitaires israéliens qui soutiennent aujourd’hui la champagne de boycott. Tels par exemple, Naomi Klein, intellectuelle et militante canadienne, qui s’est exprimée en faveur du boycott la semaine dernière alors qu’elle lançait son dernier livre (publié en arabe et en hébreu) dans le village de Bil’in en Cisjordanie. "Le boycott est une tactique” a dit Klein, “nous essayons de créer une dynamique semblable à celle qui a mis un terme à l’apartheid en Afrique du Sud”. Ceci explique également le développement actuel du boycott culturel d’Israël avec pour exemples, le succès récent de Ken Loach au Festival du film d’Edinburgh en Ecosse, la campagne contre le concert de Leonard Cohen prévu à Tel Aviv et celle menée par John Berger et d’autres dans le monde des arts.

C’est la raison pour laquelle le UCU organise une conférence en décembre prochain à Londres à laquelle seront conviés tous les syndicalistes engagés dans la champagne de BDS dans les secteurs universitaire, des arts, des sciences et du commerce.

Cette conférence est une tentative de construire un mouvement mondial en faveur de la justice pour les Palestiniens.

Nous y espérons votre présence et votre participation.

Tom Hickey

(1) Butler, J. The Charge of Anti-Semitism: Jews, Israel and the Risk of Public Critique, in J. Butler, Precarious Life, Routledge, 2004.

Vidéo tournée par Press TV (en anglais)

© ISM

 

[Article aimablement signalé par Roselin Lewin.]

 

Mis en ligne le 4 juillet 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org