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Israël (Société - mentalités)
Israël (négation d')

Reprise du narratif, Gerald M. Steinberg
03/07/2009

"...beaucoup de Juifs israéliens réalisent maintenant que la guerre par le narratif [1] menace leur survie nationale. Pour y répondre, une contre-attaque de grande envergure est nécessaire afin de reprendre possession de notre histoire et de nos droits à une souveraineté égale à celle des nations." (G. M. Steinberg].

02/07/09

The Jerusalem Post, 30 mai


Texte anglais original : "Taking back the narrative".

Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org

Note aux responsables de sites et blogs: Cet article peut être librement reproduit, sous réserve de la mention - explicite et obligatoire - de son lien : http://www.upjf.org/contributeurs-specialises/article-16717-145-7-reprise-narratif-gerald-steinberg.html


Si la Knesset adopte la proposition de loi interdisant les commémorations de la "Nakba" (catastrophe) palestinienne, le jour de la célébration [de la fête israélienne] de l’Indépendance, il est probable que la Haute Cour la rejettera comme constituant une violation de la liberté d’expression. Mais l’intention de cette initiative est beaucoup plus importante que ce mécanisme spécifique – beaucoup de Juifs israéliens réalisent maintenant que la guerre par le narratif [1] menace leur survie nationale. Pour y répondre, une contre-attaque de grande envergure est nécessaire afin de reprendre possession de notre histoire et de nos droits à une souveraineté égale à celle des nations.

La guerre par le narratif est aussi ancienne que les attaques des armées arabes et les actes de terrorisme. Suite à l’échec de l’invasion de 1948, qui avait pour but de détruire l’Etat juif naissant, les dirigeants arabes se lancèrent dans une tentative massive de réécrire les événements. Le processus se renouvela en 1967, quand les initiatives du président égyptien Gamal Abdel Nasser pour effacer Israël de la carte furent transformées en une "guerre de l’occupation". En ressassant les mythes et les slogans un nombre suffisant de fois, et à l’aide de la richesse pétrolière, de l’intimidation et du terrorisme, cette stratégie a progressivement réussi.

La guerre par le narratif, qui a conquis l’Europe et est en train d’atteindre l’Amérique du Nord, commence par la falsification de l’histoire couvrant la période du Mandat, depuis la Déclaration Balfour jusqu’au Plan de partition de 1947. Cette version dépeint Israël comme un "projet de colonisation" juive, imposé aux Arabes par l’antisémitisme européen et la culpabilité de l’Holocauste, ainsi que par la puissance et la manipulation juive (comme elles se reflètent dans les Protocoles des Sages de Sion). Le violent rejet arabe de la proposition de "deux Etats pour deux peuples", et le refus continuel d’accepter un Etat juif, quelles qu’en soient les frontières, disparaît de ces histoires.

Dans ce narratif, les Palestiniens sont toujours, par définition, d’innocentes victimes, et Israël est décrit comme un agresseur puissant et manipulateur. Les réfugiés des guerres déclenchées par les Arabes sont devenus l’objet d’une sympathie internationale, garantie par un système de soutien international avec d’énormes budgets qui renforcent le récit. L’agence de Secours et de Travaux des Nations Unies [en anglais, UNRWA], qui "commémore ses 60 années" d’existence, garantit la perpétuation de la haine.

Par contre, le nombre - presque égal [à celui des réfugiés palestiniens] - des réfugiés juifs qui ont fui les attaques arabes, a disparu des livres d’histoire : les réfugiés juifs ne cadrent pas avec le narratif [palestinien].

CETTE DICHOTOMIE STUPIDE – victimes palestiniennes / agresseurs juifs – réussit bien auprès des universitaires, intellectuels, journalistes, diplomates, militants des ONG de droits de l’homme, et dirigeants politiques occidentaux (particulièrement, mais pas exclusivement, européens), surtout ceux des franges extrêmes du spectre libéral. Et des gouvernements européens, et également les mécanismes soigneusement cachés de la Commission Européenne, financent les guerres de narratifs par le canal d’ONG anti-israéliennes qui reçoivent de l’argent sous la mention trompeuse de "droits de l’homme" et "partenariats de paix". Sur la base de ces clichés, à chaque fois qu’Israël répond à des attaques, un flot de condamnations suit, incluant de fausses accusations de "crimes de guerre" ; "punition collective" et "crise humanitaire".

A Jérusalem, la guerre par le narratif a adopté la version arabe, qui élimine 3 000 ans d’histoire juive, ainsi que l’occupation et les profanations systématiques de la période 1948-1967. L’Union Européenne donne de grosses sommes à des organisations comme Ir Amim et B’Tselem, qui élaborent leurs rapports tendancieux, lesquels sont reproduits et publiés par la Commission Européenne pour encourager la diabolisation d’Israël. C’est l’équivalent politique du système de Ponzi [2] – de l’argent est versé pour produire des rapports qui justifient le versement de plus d’argent, sans contrôles externes ni reddition de comptes.

La guerre par le narratif est responsable des campagnes de boycott à l’encontre des universités israéliennes, d’une campagne immorale d’Amnesty International pour empêcher Israël d’obtenir des armes nécessaires à sa défense, et des cas de "guerre juridique" [3] qui profitent des systèmes judiciaires d’Espagne, de Grande-Bretagne et d’ailleurs, pour renforcer les images de la victimisation palestinienne et des crimes de guerre israéliens.

DES DIRIGEANTS ARABES ISRAELIENS (ou Israéliens-Palestiniens, comme beaucoup préfèrent qu’on les appelle) jouent un rôle essentiel dans les guerres par le narratif dont le but est de détruire la légitimité de la souveraineté nationale juive. Sur ce front, les armes principales sont la rhétorique des droits civiques et les images d’Afro-Américains, ainsi que de Sud-Africains noirs qui ont été victimes des cruautés de la ségrégation. Mais les analogies avec ces situations sont totalement rétrogrades ; en réalité, ce sont les Palestiniens qui nient et s’efforcent de détruire l’autodétermination juive. Les ONG financées par l’Europe, de même que les donateurs, bien intentionnés mais médiocrement informés, du New Israel Fund, sont particulièrement actifs sur ce front de la diabolisation d’Israël.

Après des années d’ignorance ou de minimisation de l’impact des attaques de la guerre par le narratif, la majorité juive a finalement reconnu ses dangers. Alors que les Israéliens sont également conscients des erreurs commises par notre camp, la diabolisation a aussi réduit la volonté de sympathiser avec les victimes arabes.

Le projet de loi "Naqba" est l’un des aspects de la contre-attaque, et il sera probablement suivi d’une législation complémentaire, ainsi que de confrontations avec les bailleurs de fonds du gouvernement européen et les fonctionnaires de l’Union Européenne, et d’autres qui mènent l’assaut. Ce sera un long combat, et il nécessitera une stratégie soigneusement élaborée et réaliste. Comme les batailles gagnées contre les armées arabes et les terroristes palestiniens, la victoire dans la guerre par le narratif est aussi importante pour que subsiste l’égalité d’une souveraineté juive.


Gerald M. Steinberg


© The Jerusalem Post

 

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Notes du traducteur

[1] L’expression "narrative war" semble propre à l’auteur ; voir Gerald M. Steinberg, "Le financement européen de la guerre par le narratif". Pour ce qui est du calque "narratif", je m’autorise à l’utiliser, sur la foi de cet extrait de la note érudite que lui a consacrée le Dr Raphaël Lellouche : « L’expression anglaise "The narrative" est très couramment utilisée, aux Etats-Unis, par les commentateurs de presse, ou les historiens, les intellectuels en général, dans le sens d’identité narrative, surtout dans les cas, comme ça l’est par excellence au Proche-Orient, où il y a… "conflit des interprétations", non plus sur un texte, mais sur le "texte de l’histoire"’ qui met en jeu des "identités" historiques (peuples, Etats) […] On dit, par exemple, "le narratif sioniste", ou "le narratif arabe". Certes, cela rend peu hommage au génie de la langue française, mais c’est l’usage désormais courant, et c’est le plus juste conceptuellement. »

 

[2] Sur cette technique d’escroquerie, voir l’article de Wikipedia, intitulé Chaîne de Ponzi. L’affaire Madoff en est l’expression la plus récente et la plus énorme, en termes de capitaux accaparés, puis évaporés.

[3] Ou "lawfare" ; voir, entre autres, Eyal Weizman, "Offensive par le Droit à Gaza".


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Mis en ligne le 2 juillet 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org