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Non à la charia en Grande-Bretagne, Denis MacEoin
07/07/2009

Voici un article très important, en ce qu’il révèle au grand jour une pratique rampante, et surtout parce qu’il montre, sous une lumière crue, à quel point l’islam envahit des pans entiers de la vie civile, au moins en Grande-Bretagne, et se substitue inexorablement, lentement mais sûrement, à la loi du pays. Il faut savoir gré à Objectif-Info de nous en donner cette version française. (Menahem Macina).

06/07/09


The Guardian
, 30 juin 2009


Texte original anglais: No to sharia law in Britain


Traduction française : Objectif-info

 

La charia n’a pas sa place dans une société civilisée. Il faut bannir les tribunaux islamiques et faire en sorte que dans ce pays tout le monde soit soumis au même système juridique.

 

Il y a de nombreuses raisons d’être en désaccord avec la charia. Dans sa version achevée, elle contient de nombreuses dispositions barbares, inconciliables avec une société avancée : lapidation de personnes mariées ayant commis un adultère, flagellation pour une relation entre célibataires, précipitation des homosexuels depuis des toits ou des hauteurs abruptes, amputation des membres pour vol, et pire encore.

Mais la charia couvre un champ beaucoup plus vaste. Elle passe tout naturellement du domaine public au domaine privé, et c’est dans ce champ que l’on enregistre des revendications pour introduire une certaine dose de charia dans ce pays. Ces demandes n’émanent pas seulement des musulmans mais aussi d’un homme extraordinairement naïf, l’archevêque de Canterbury. La charia ne traite que marginalement de la façon dont un croyant prie, jeûne, paie l’impôt de l’aumône ou pratique le pèlerinage. Pour l’individu, elle édicte des obligations et des sanctions qui touchent au plus profond de la vie personnelle. En voici un exemple très simple. Si dans un accès de colère un musulman prononce trois fois la formule du divorce, même en l’absence de son épouse, la loi islamique considère que le couple a divorcé. S’il retrouve ses esprits, le musulman en question ne peut pas reprendre tout simplement ses relations avec son épouse. Pour qu’il y ait remariage, celle-ci devra attendre trois mois pour s’assurer qu’elle n’est pas enceinte. A partir de quoi elle devra épouser un autre homme et avoir avec lui des relations sexuelles. Cet homme doit ensuite divorcer d’avec elle (s’il ne décide pas de la garder). Elle doit alors attendre à nouveau trois mois (ici) à l’issue desquels elle peut épouser une seconde fois son ancien mari (ici). Cette pratique révoltante, connue sous le nom de halala, est une humiliation pour la femme. La loi britannique la considérerait comme une forme de coercition aboutissant à des relations sexuelles non désirées. Est-ce que c’est cela que réclame l’archevêque ?

Mais la charia a déjà fait son entrée au R.U. par la porte de derrière. En octobre 2008, le parlementaire Bridget Prentice, sous-secrétaire d’Etat au ministère de la justice, déclarait que le gouvernement "ne s’adapte pas" à un système juridique religieux, et il confirmait deux nouveautés. D’abord, que les tribunaux de la charia fonctionneront sous le régime de l’Arbitration Act de 1996, qui stipule que des conflits privés peuvent être réglés par un arbitrage indépendant. Et, en second lieu, que les décisions de la charia sur les questions d’ordre familial (qui ne sont pas couvertes par l’arbitrage) pourront avoir l’autorité de celles d’un tribunal britannique qui souhaiterait "un ordre public consenti" exprimé dans "le vocabulaire" d’une décision de tribunal islamique. Il y a maintenant un tribunal d’arbitrage musulman, qui demande au président de la Haute Cour de justice d’approuver un traitement parallèle des litiges, conforme à la charia.

L’idée que des tribunaux musulmans puissent être habilités à trancher de questions relevant du code de la famille, sans que l’on se retrouve en contradiction avec la loi britannique, n’est pas pertinente, à cause principalement des graves discriminations qui frappent les femmes musulmanes. Nous avons déjà vu comment la charia procède avec les femmes mariées dans certains cas de divorce. En donnant à des tribunaux opérant selon la charia un statut semi-officiel, on introduira des dénaturations de ce genre.

Je n’ai pas pu obtenir d’informations sur des décisions effectives de ces tribunaux, mais il y a un grand nombre de sites Internet qui édictent des fatwas en réponse aux questions posées par les fidèles. Elles sont probablement significatives du genre de dispositions que ces tribunaux adopteront en Grande-Bretagne.

Si les couples ne se marient pas dans le cadre du droit civil britannique (et j’ai vu une fatwa stipulant qu’il n’est pas nécessaire de faire enregistrer le mariage auprès des autorités britanniques (ici)), ils encourent de graves conséquences en cas de divorce. En matière de garde des enfants (qui est toujours prononcée à l’encontre de la femme (ici) ) ; en matière de pension alimentaire (l’homme n’est pas tenu de payer quoi que ce soit sauf pour les enfants (ici) et en ce qui concerne les droits sur la demeure familiale (la femme n’en n’a pas ici). Pendant le mariage, un homme peut contraindre son épouse à des relations sexuelles (alors que les épouses n’ont pas un droit similaire (ici)) ; un mari peut confiner son épouse au foyer ; si l’un ou l’autre des deux partenaires abandonne l’islam (ici), le mariage est nul et non avenu. On considère que ce serait une faute de rejeter la polygamie (ici). Si une femme souhaite divorcer de son mari, elle doit obtenir sa permission et l’accord d’un tribunal de la charia. Une musulmane peut ne pas épouser un non-musulman (ici) tandis qu’un musulman peut épouser une non-musulmane, à condition qu’elle soit juive ou chrétienne (ici). L’adoption légale est interdite, mais si un enfant a été adopté, il ne peut pas hériter de ses parents adoptifs (ici). Un des commandements publiés par le Conseil islamique de la charia de Leyton interdit à une femme de se marier, quel que soit son âge, si elle n’a pas un "tuteur" masculin (ici) ; selon un autre commandement, l’intention de divorcer doit émaner de l’homme pour que le divorce soit valide (ici) ; un autre commandement insiste sur le fait que le mariage polygame doit être maintenu même au Royaume-Uni (ici) ; et un autre dispense un homme de payer la pension alimentaire après le divorce (ici).

Si les tribunaux islamiques fondent leurs arbitrages sur des dispositions juridiques aussi désuètes et discriminatoires, ils condamneront les femmes musulmanes britanniques à une existence de citoyennes de seconde classe, avec à peine quelques droits. Et s’ils prétendent se cantonner à donner des conseils dans le cadre de la loi britannique, à quel droit donneront-ils effectivement la priorité ? La seule solution à cette situation scandaleuse consiste à interdire complètement ces tribunaux et à astreindre les musulmans au respect d’un code juridique unique, comme tout le monde dans ce pays. Les tribunaux fondés sur la charia doivent être exclus du champ de l’Arbitration Act de 1996, pour que le mot d’ordre de justice pour tous ne se transforme pas en farce.

 

Denis MacEoin *


© The Guardian

 

* Denis MacEoin est le nouveau rédacteur en chef de Middle East Quarterly, revue internationale, dédiée à l’étude des politiques, de la religion et de la société à l’époque contemporaine dans cette région.

Le rapport complet de Denis MacEoin sur la charia au R-U a été édité par Civitas [Institute for the Study of Civil Society] le 29 juin 2009.


Mis en ligne le 6 juillet 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org