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Israël (Société - mentalités)
Terrorisme palestinien

Pourquoi Gilad Shalit ne revient pas à la maison, Par Moshé Feiglin
08/07/2009

08/07/09


Paru sur Arutz 7
, le 02/07/09

Repris du Blogue du traducteur


Traduction française, de l’hébreu : Méir Ben-Hayoun


La douloureuse chronique des militaires israéliens capturés par les organisations terroristes n’a pas débuté avec Gilad Shalit. Exception faite d’Elhanan Tanenbaum, en faveur duquel, pour des raisons encore obscures, le Premier Ministre Ariel Sharon a exercé des pressions très fortes sur son cabinet et s’est entêté à payer une rançon folle pour sa libération, on remarquera que la dernière fois où des soldats sont revenus en vie après un échange de prisonniers fut en 1985, dans la transaction avec Ahmed Djibril [6 militaires israéliens prisonniers au Liban furent échangés contre 1150 terroristes condamnés à des peines de prison très lourdes, dont Kozo Okamoto].

La liste des otages israéliens rendus morts, ou encore disparus, est longue et pénible: Ron Arad ; les combattants de Giv’ati : Rahamim Alshikh et Yossi Fink ; les trois captifs du Mont Dov : Omar Sa’ouad, Benny Avraham et Ady Avitan ; Nissim Tolédano, Ilan Saadoun, Avi Sasportas, Yaron Hen, Arieh Frankental, Ehoud Goldvasser et Ohad Regev. A part Nahshon Waxman, le gouvernement d’Israël a tenté de les faire libérer par un échange de prisonniers selon les mêmes modalités que celles auxquelles il tente de faire face, aujourd’hui, avec les geôliers de Gilad Shalit. Aucun de ces militaires n’a eu le bonheur de revenir à la maison.

Jusqu’au maudit échange de prisonniers avec Ahmed Djibril, la politique d’Israël en de telles circonstances était tout autre. L’option privilégiée était le raid militaire, même si, parfois, il pouvait tragiquement échouer, comme lors des opérations de sauvetage ratées des enfants d’Avivim (1972), ou de Maalot (1974). Parfois, l’opération pouvait réussir comme à Entebbé (1976). En général, le gouvernement refusait de négocier avec les preneurs d’otages, et s’il négociait, le prix à payer était raisonnable comme le recommandent les sources juives. Pour recevoir des cadavres, on rendait des cadavres.

On peut tout à fait affirmer que la transaction avec Djibril et la libération en série de terroristes qui s’ensuivit fut le catalyseur principal du déclenchement de la première Intifada (1987). Le nombre d’Israéliens qui furent assassinés directement par ces assassins libérés, et indirectement par l’influx de motivation au terrorisme, due à la présence de centaines de terroristes dispersés sur le terrain, est nettement supérieur au nombre de militaires que cela avait permis de faire libérer.

Paradoxalement, 24 ans après qu’il fut décidé de faire libérer "à tout prix" nos militaires pris en otages, il s’avère que nos différents gouvernements ne sont pas parvenus à faire libérer un seul d’entre eux. En revanche, 2000 de nos citoyens, hommes, femmes et enfants ont été assassinés cruellement depuis.

Bien entendu, le concept "à tout prix" induit la libération de tous les terroristes emprisonnés en Israël. Cela ne signifie pas initier une opération guerrière, parce que la guerre est une chose négative par essence. De sorte qu’en réalité, il ne s’agit pas réellement de libérer nos otages "à tout prix". On peut douter que l’intention des manifestants pour la libération de Gilad soit d’inciter à bombarder massivement Gaza et d’encaisser les condamnations et les mises au ban d’Israël par la communauté internationale, jusqu’à ce que le Hamas, à genoux, libère Gilad. Même couper le courant électrique dans la Bande de Gaza est un prix que le gouvernement d’Israël ne peut se permettre pour un seul de ses soldats pris en otage. Quand on dit "à tout prix", cela signifie tout prix pacifique, qui satisfera Shelly Yehimovitz (ndlt: membre de la Knesset pour le parti travailliste et ex-présentatrice d’une émission radiophonique quotidienne très populaire) et les "Quatre mères" (mouvement pacifiste de mères de militaires pour le retrait de Tsahal du Sud-Liban jusqu’en l’an 2000), et qui rehaussera l’image médiatique des politiciens qui en prendront l’initiative.

Durant ces 24 dernières années, l’expérience démontre cruellement que ceux qui affirment qu’il faut libérer Gilad à tout prix, de facto, condamnent ce dernier à une mort certaine. Je ne souhaite rien de plus que de me tromper en affirmant cela. Mais la vraie signification de "à tout prix" est, en fait, qu’il n’y a "aucun prix". Les assassins ont bien compris qu’en attendant patiemment, ils ne peuvent que sortir gagnants. Plus ils sont cruels, inhumains et, empêchent les visites de la Croix-Rouge, et même s’ils exécutent l’otage et négocient le retour de son cadavre, la rançon qu’ils obtiendront des Israéliens ne fera qu’augmenter.

D’autant plus que le prix que les Israéliens sont prêts à payer n’inclut pas la guerre. L’emprisonnement des terroristes (dans des conditions de maison de repos) ne perturbe pas l’ennemi outre mesure. La situation optimale, de leur point de vue, est la poursuite de la conjoncture actuelle, à savoir qu’Israël est humilié et craque de plus en plus. Si Gilad était relâché, cela cesserait, alors pourquoi libérer Gilad?

"Il n’y a rien qui vaille la peine de mourir", chante John Lenon. Cette approche s’est enracinée chez nous lors de la Première Guerre du Liban. La manifestation des 400 000 (un chiffre tout ce qu’il y a de plus fantaisiste) [après Sabra et Chatila, en septembre 1982], les associations des mères et tout le courant de gauche qui a relevé la tête pendant cette guerre, ont promu ces conceptions postmodernes selon lesquelles la guerre est le mal absolu, que tout ce qui reste à faire est de penser selon un autre paradigme que celui des rapports de forces, et que les choses s’arrangeront d’elles-mêmes.

Le film d’animation d’Ari Folman, ’Valse avec Béchir", un très bon film qui décrit l’expérience de cette guerre, fait passer précisément ce message. C’est une guerre absurde, sans raison et sans but. J’étais jeune officier d’active, alors, et je peux dire que ce n’était pas le sentiment des militaires qui y participaient. Il s’avère que, comme pour toutes les expériences traversées dans la vie, la guerre aussi est vue à travers les lunettes qu’on amène avec soi.

Depuis la Guerre du Liban, la gauche a mis sur le nez du peuple d’Israël des lunettes à travers lesquelles la guerre est vue comme illégitime et condamnable en toute circonstance. A partir ce cet instant, préserver la vie des militaires est devenu une valeur suprême. Après l’échange avec Djibril, quand l’ennemi a compris cela, les chances de revoir vivant un otage israélien sont devenues infimes. Dès que le slogan "ramener nos soldats vivants à la maison" est devenu le mot d’ordre essentiel, aucun prisonnier israélien n’est revenu vivant.

Il s’est passé autre chose il y a exactement 24 ans. Le gouvernement d’Israël a trahi et a abandonné dans sa geôle américaine son agent de renseignement, Yonathan Pollard. Une relation étroite lie la pleine coopération du gouvernement d’Israël avec l’administration américaine à l’emprisonnement de notre frère Yonathan et notre incapacité à ramener nos prisonniers à la maison. Le peuple d’Israël constitue un seul corps, que ce soit sur la Terre d’Israël ou en dehors d’elle. Quand l’infection de la trahison touche une partie de ce corps, elle s’étend à tous les membres.

Par les renseignements qu’il nous a fournis, Yonathan Pollard nous a permis d’éliminer, en 1981, la menace constituée par le programme nucléaire irakien. Pourquoi a-t-il fait cela ? Parce que nous sommes Juifs comme lui. Mais nous l’avons trahi et jeté en pâture aux lourdauds du complexe américain de défense, qui ne savent toujours pas reconnaître leurs véritables ennemis et se font toujours surprendre, comme le 11 septembre [2001]. Nous avons préféré nous voir comme des Israéliens et voir en lui un traître américain. Quand nous tournons le dos à notre identité juive, nous ne sommes plus capables d’être fidèles même à notre identité israélienne.

 

Moshé Feiglin

 

© Arutz 7

 

Mis en ligne le 8 juillet 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org