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Les calculs d’Obama étaient erronés, Amnon Lord
23/07/2009

Jean-Pierre Bensimon, qui administre, de main de maître son site Objectif-Info, est également un excellent traducteur. Voici un premier texte. Deux autres suivront. (Menahem Macina).

23/07/09


The Jerusalem Post, le 21 juillet 2009

 

Titre anglais original : Obama’s calculations were wrong

 

Traduction française : Objectif-info 

 

J’admets que je me suis trompé sur l’orientation de la relation entre l’administration Obama et le gouvernement Netanyahou. Il semblait acquis pour tout le monde que la solution des deux États allait être mise au congélateur avec l’étiquette : « rubrique ‘solution’ ». Les différences entre le président Barack Obama et le Premier ministre Benyamin Netanyahou auraient ainsi été cantonnées au niveau des principes. Sur le terrain, Obama aurait évité la confrontation avec Israël et travaillé avec Netanyahou pour accélérer la coopération économique entre Palestiniens et Israéliens.

Au lieu de cela, Obama a choisi de se lancer dans une opposition frontale. Certains conseillers de Netanyahou estiment que ce sont de proches collaborateurs du président, comme Rahm Emmanuel, qui ont pesé dans cette direction. Ces derniers pensent qu’ils comprennent la société et les données politiques israéliennes et ils ont détesté Netanyahou au temps où ils étaient employés dans l’administration Clinton. Quelle qu’en soit la raison, cette confrontation a apparemment commencé dès le premier jour du mandat de Netanyahou : quand il vint en visite à la Maison Blanche pour la première fois, un mois et demi après sa prise de fonction, il reçut déjà un accueil glacial.

C’était sans précédent. Même lors de la présidence de Jimmy Carter que beaucoup comparent à Obama, les premières visites des Premiers ministres, Yitzhak Rabin et Menahem Begin, étaient chaudes et amicales, au moins en apparence.

Cette stratégie de confrontation d’emblée était une erreur ; Obama a été abusé par ses conseillers. Des gens comme Emmanuel Rahm et David Axelrod voyaient Israël au prisme d’une politique intérieure problématique conçue pour faire taire la communauté juive américaine et réduire au silence le prétendu lobby juif. Ils avaient deux objectifs à l’esprit : décourager Israël de prendre une quelconque initiative, en particulier contre l’Iran, et modifier l’ordre des priorités de Netanyahou pour qu’il passe de "l’Iran d’abord" à "la paix en Palestine, de notre temps".

Obama et ses hommes pensaient qu’en concentrant la pression sur la question des implantations, ils joueraient une carte habile, celle de la division entre le système politique israélien et une société largement ouverte, plongeant ainsi le pays dans une crise sociopolitique. Pour atteindre ce but, ils avaient une arme de communication dont aucun acteur ordinaire ne dispose dans un conflit, que ce soit avec un adversaire ou avec un allié : en effet, certains des principaux porteurs de la parole publique en Israël nourrissent une haine pathologique envers Netanyahou et sont prêts à collaborer à la guerre psychologique contre le gouvernement du pays. Comme les implantations constituent une question sur laquelle il n’y a pas de consensus dans la société israélienne, ni parmi les amis de ce pays en Amérique, les hommes d’Obama ont pensé qu’elle pourrait provoquer une cassure entre Israël et la communauté juive américaine.

Les calculs d’Obama étaient erronés. Bien que les citoyens israéliens soient loin d’être d’accord sur les implantations, et que beaucoup accepteraient de les démanteler si c’était nécessaire pour un accord de paix définitif, il y a large consensus sur trois positions actuelles de Netanyahou. D’abord, que la nucléarisation de l’Iran est la plus grande urgence et qu’elle peut exiger une action militaire. En second lieu, que les Palestiniens se sont montrés jusqu’ici incapables d’établir leur propre État fondé sur le niveau de sécurité requis et sur la force de la loi. Cela signifie que tout territoire qui leur serait remis se transformerait, un jour, en base terroriste aux mains du Hamas. Et troisièmement, que tout État palestinien finalement créé ne constitue pas une menace pour Israël.

Dans son discours à l’université Bar-Ilan, en avalisant la naissance d’un État palestinien à ces conditions, Netanyahou a comblé le dernier espace qui le séparait de la majeure partie des Israéliens. Ces derniers, qui ne sont pas entichés de Netanyahou, se sont néanmoins ralliés à lui parce que la pression unilatérale et disproportionnée dirigée contre Israël dans cette conjoncture dégage l’odeur nauséabonde de la conciliation [avec le monde arabe]. La façon ignoble dont Obama a utilisé Israël comme l’instrument de son rapprochement avec le monde musulman était simplement trop transparente.

Ainsi Obama, qui était initialement très admiré par beaucoup de monde en Israël, a échoué dans sa tentative de provoquer une crise politique et il a engrangé, à la place, une moisson de haine. En ce moment il est un objet de mépris en Israël, pour son manque de fibre morale concernant l’Iran et pour son putsch contre les élections qui jette de l’huile sur le feu chez nous. Sa politique envers l’Iran et concernant Israël a exposé au grand jour les faiblesses des États-Unis.

Un résultat de cette politique, qui prend forme actuellement, est le rapprochement entre Israël et l’Égypte. Les deux pays sont préoccupés par le partage d’une frontière avec le régime fondamentaliste islamiste de Gaza ; tous deux se sentent menacés par l’Iran ; et tous deux sont troublés par l’effet déstabilisateur des initiatives d’Obama dans la région et au-delà. Un résultat positif des développements survenus ces deux derniers mois est que l’Égypte et Israël se donnent d’étroites accolades dans l’ombre.

 

Amnon Lord *

 

© Jerusalem Post

 

* L’auteur est le rédacteur en chef de Makor Rishon. Cet article est paru, à l’origine, dans Bitterlemons-international. http://www.bitterlemons-international.org/previous.php?opt=1&id=281#1146

 

Mis en ligne le 23 juillet 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org