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Polémiques

Polémique autour du plus grand camp de réfugiés au monde, au Sri-Lanka
26/07/2009

Le quotidien "The Times" annonce 1400 morts par semaine dans un camp de réfugiés du Sri Lanka. Un chiffre alarmant et difficile à vérifier. (Youphil).

26/07/09

Article repris du site Youphil, 20 juillet 2009


Le quotidien The Times annonce 1400 morts par semaine dans un camp de réfugiés du Sri Lanka. Un chiffre alarmant et difficile à vérifier.

Manik Farm, dans le nord du Sri Lanka, est à ce jour le plus grand camp de réfugiés du monde. Près de 300 000 personnes y sont regroupées, après avoir fui les combats entre l’armée et les Tigres Tamoul.

Manque d’hygiène, d’infrastructures, développement de maladies... Les conditions de vie sont difficiles, à tel point que le quotidien The Times est allé jusqu’à utiliser le terme de "camp de concentration" pour qualifier Manik Farm. Selon le quotidien britannique, près de 1400 personnes y meurent chaque semaine, principalement de maladies comme la diarrhée.

L’information n’a pourtant pas fait la une des journaux en France. Rares sont les journalistes présents sur place, et les ONG elles-mêmes ont un accès très limité à ce camp. Face à cette information difficile à vérifier, comment interpréter ces chiffres?


Silence du côté des ONG

Le bilan de 1400 morts par semaine est alarmant. Pourtant, de nombreuses ONG, d’habitude plus promptes à jouer leur rôle d’alerte, préfèrent garder le silence. Sans doute pour négocier dans les meilleures conditions avec le gouvernement sri lankais, afin de continuer à travailler sur place *. En tout cas, aucune des ONG contactées n’a pu confirmer ces chiffres.

Amélie Mazzega, responsable du programme sri lankais au sein de l’ONG Comité d’Aide Médical, se montre très prudente : "Si nous n’en parlons pas, c’est avant tout parce que nous ne pouvons rien en dire: nous n’avons pas accès aux camps du Nord du pays, nous n’avons pas eu les autorisations nécessaires."

Cette ONG, qui fournit une aide médicale, psychologique et met en place des programmes de santé communautaire, est dans la même situation que de nombreuses autres ONG. Médecins du monde, pourtant très actif au Sri Lanka , n’a "jamais eu l’autorisation pour y aller. N’étant pas sur place, nous ne pouvons relayer une information non vérifiée", affirme l’association.


Des chiffres invérifiables

Dès lors, comment vérifier ce chiffre de 1400 morts par semaine? Seule certitude, les conditions de vie dans le camp de Manik Farm font des victimes, comme l’affirme Medico International, un organisme allemand qui coordonne l’action de nombreuses ONG dans cette région : "Oui, il y a des morts. Dans ce camp, des gens meurent, principalement les plus jeunes et les plus vieux. Mais combien… il est difficile de le dire. C’est une zone totalement controlée par l’armée."

Cet organisme allemand réfute néanmoins le qualificatif de "camp de concentration" utilisé par The Times, et préfère parler d’indifférence plutôt que de censure: "Ce n’est pas un manque d’information de la part des ONG, elles font leur travail. Il y a des informations qui sortent des camps, souvent anonymement, mais personne ne s’y intéresse. C’est un problème pour les ONG et surtout pour les Sri Lankais".


Un accès au camp, limité

Présent sur l’île depuis plus de vingt ans, y compris dans le Nord du pays, le Comité International de la Croix Rouge (CICR) est l’un des rares organismes à pouvoir se rendre dans le camp de Manik Farm. Mais le CICR tient à sa neutralité et "ne se prononce pas sur le nombre de personnes mortes".

"L’accès au camp a été irrégulier, nous pouvons passer certains jours, d’autres non. La semaine dernière, nous y avions eu accès", explique Simon Schorno, porte-parole du CICR pour l’Asie du Sud. En effet, dans un pays à peine sorti de plus de trente ans de guerre, l’armée contrôle encore une grande partie du territoire grâce à de nombreux checkpoints.

La suite des actions de la Croix-Rouge dépendra des nouvelles négociations entamées par le gouvernement sri lankais avec les ONG. "Nous constatons un nouvel environnement au Sri Lanka, nous en prenons note. Nous allons entrer en discussion avec les autorités pour savoir dans quel cadre nous pourrons travailler", conclut prudemment le porte-parole du CICR.


Le Sri Lanka "ne rejette pas les ONG"

L’ambassade du Sri Lanka se veut plus rassurante sur la situation et juge les informations du Times "exagérées". "Cette information n’a absolument pas de sens. Il y a des problèmes, mais pas autant qu’on ne le dit. La situation est sous contrôle, il n’y a plus de maladies", affirme Sugeeswara Senadhira, conseiller à l’ambassade du Sri Lanka en France.

Le pays tourne une page de son histoire, après sa victoire militaire sur les Tigres Tamouls, ce qui justifie aux yeux de Sugeeswara Senadhira une nouvelle politique vis-à-vis des humanitaires: "Nous réévaluons les besoins, suite à la fin des combats. Les ONG d’éducation continuent à travailler, mais les ONG spécialisées dans les zones de conflit ne sont plus nécessaires aujourd’hui".

Et le conseiller de conclure : "Les ONG restent les bienvenues, le Sri Lanka ne les rejette pas". Une déclaration qui laisse sceptique les ONG, dont le travail dans le pays dépend des laisser-passer du gouvernement, souvent refusés. Autant d’entraves qui nourrissent rumeurs et soupçons.

 

* Le Sri Lanka est un pays où il est particulièrement difficile de travailler pour les ONG. En août 2006, 17 membres de l’ONG Action contre la Faim avaient été assassinés à l’est du pays [Voir aussi L’Express, 18 juillet 2009].


[Texte aimablement signalé par Roseline Lewin.]

 


© Youphil

 

Mis en ligne le 26 juillet 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org