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Iran

Géopolitique: Un été en Orient [Israël et la menace nucléaire iranienne], François d’Orcival
26/07/2009

Les Égyptiens, les Saoudiens, et les Arabes du Golfe disent aux Américains : “Si vous n’agissez pas pour nous préserver de la bombe iranienne, nous laisserons les Israéliens le faire à votre place.” (JJRI).

26/07/09

Sur le site de l’Institut Jean-Jacques Rousseau (JJRI), 23 juillet.

L’été réserve toujours des surprises. Sans parler de la déflagration des deux derniers conflits mondiaux, les étés les plus récents ont été marqués par des événements imprévus : l’éclatement de la crise financière, la semaine de guerre entre la Russie et la Géorgie. Celui-ci va-t-il nous rappeler que l’Orient peut, à tout moment, nous entraîner dans une nouvelle convulsion dont il a le secret ?

Le 16 juillet, le Times de Londres révélait l’information selon laquelle deux corvettes israéliennes venaient de traverser le canal de Suez pour entrer en mer Rouge, où elles devaient prendre part à des exercices navals combinés. Deux semaines plus tôt, un sous-marin également israélien, avait, lui aussi, emprunté le canal de Suez, dans la même direction. Ces informations ont été confirmées tant par les autorités israéliennes, que par le ministère égyptien des Affaires étrangères. Les deux pays ont donc tenu à faire savoir que le gouvernement du Caire avait délibérément autorisé ce passage.

Or, les corvettes et le sous-marin sont les bâtiments les plus modernes de la marine israélienne. Construites par des chantiers américains, les corvettes de classe Saar sont équipées de systèmes d’armes lance-missiles et antimissiles, mais aussi de puissants appareils d’écoute. Le sous-marin de type Dolphin, de 1900 tonnes en plongée, commandé à l’Allemagne et financé par elle, dans une série de trois, est présenté par la marine israélienne comme une arme de dissuasion stratégique et de recueil de renseignements : il est notamment équipé de tubes lance-torpilles, adaptés au tir de missiles de croisière Popeye Turbo – dont certains n’hésitent pas à prétendre qu’ils sont à capacité nucléaire.

Ces deux corvettes et ce sous-marin ont donc franchi le canal, au vu et au su de tout le monde. Dans le même temps, le gouvernement israélien a laissé filtrer une autre information : Israël avait testé avec succès, à partir d’un centre de tir américain du Pacifique, un missile de portée intermédiaire.

Si l’on se reporte à la carte de la région, les deux plus importants pays riverains de la mer Rouge où se déroulent les exercices israéliens sont l’Égypte et l’Arabie Saoudite. La Mer Rouge débouche sur le golfe d’Aden et la mer d’Oman. À qui s’adressent donc ces signaux multiples, si ce n’est à l’Iran ? Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, l’a affirmé avec force, le 14 juin, dans son premier discours de politique étrangère : « Le plus grand danger auquel Israël, le Proche-Orient et le monde entier doivent faire face est le lien entre l’islam radical et les armes nucléaires.»

Il l’a dit à Barack Obama, à Washington, comme aux dirigeants européens qu’il a rencontrés : « Depuis des années, je travaille inlassablement à forger une alliance internationale pour empêcher l’Iran d’avoir des armes nucléaires. »

Le danger, tout le monde en est conscient. Mais l’élection, l’installation, puis les premiers pas du nouveau président des États-Unis, le réflexe qui est le sien de faire sinon l’inverse, du moins autrement que son prédécesseur, George Bush, ont fait perdre beaucoup de temps à la dissuasion internationale à l’égard de Téhéran. C’est seulement la semaine dernière que Hillary Clinton, chef de la diplomatie américaine, a dit, pour la première fois, que si elle était toujours prête à parler avec l’Iran, « le temps de l’action était venu » – date limite : cet automne… Depuis la campagne présidentielle américaine, l’Iran aura donc gagné dix-huit mois au moins pour faire tourner ses centrifugeuses atomiques et accélérer ses recherches.

Or, les convulsions violentes qui sont survenues au lendemain de l’élection présidentielle du 12 juin, et ont évidemment affaibli le pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad, ne sont pas sans effet sur le dossier nucléaire. La bombe, c’est le nationalisme iranien. Et le parti islamiste au pouvoir peut, à tout moment, être tenté d’en jouer pour retrouver son autorité perdue. Cela caractérise une situation dangereuse.

C’est là qu’intervient Israël, avec ses “armes de dissuasion”. Et, derrière l’État hébreu, les Égyptiens, les Saoudiens, les Arabes du Golfe. Aux Américains, ceux-ci disent : “Si vous n’agissez pas pour nous préserver de la bombe iranienne, nous laisserons les Israéliens le faire à votre place.” Ce n’est pas un hasard si Benyamin Nétanyahou a prononcé son discours du 14 juin, sur la création d’un État palestinien démilitarisé, au Centre d’études stratégiques Begin-Sadate de l’université Bar-Ilan – référence à l’alliance entre les deux hommes qui changèrent la donne. En gelant explicitement les implantations juives dans les territoires, le nouveau Premier ministre offrait une chance de plus à sa nouvelle alliance.

Face à l’Iran, une course contre la montre est engagée.


© François d’Orcival & Valeurs Actuelles, 2009

[Texte aimablement signalé par Michel Gurfinkiel.]

 

Mis en ligne le 26 juillet 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org