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"Je changerai leur deuil en allégresse", par Rachel Franco
31/07/2009

Un très beau texte, comme d’habitude, qui nous offre une méditation tissée de réminiscences bibliques. Tout Juif les perçoit sans peine. J’ai cru utile, toutefois, de les expliciter par des notes, pour les internautes qui ne sont pas familiers des Ecritures saintes. On retiendra, entre autres, cette phrase, magnifique dans sa simplicité, par laquelle l’auteure exprime, avec un rare bonheur, le secret de la commémoration liturgique dont la source spirituelle sourd dans toute âme juive, en parlant d’un "lieu de mon histoire où Abraham, Isaac et Jacob ne sont pas des figures bibliques pour enfants sages, mais des réalités spirituelles qui nous accompagnent". (Menahem Macina).

31/07/09


Texte repris du Blogue Drzz, 30 juillet 
 

 

Aujourd’hui était jour de deuil : celui de la destruction des deux Temples de Jérusalem.

·         Le 9 Av de l’an 586 avant l’ère commune : destruction du  Temple de Salomon par Nabuchodonosor II, (souverain de Babylone de 605 à 562 avant notre ère).

·         Le 9 Av, 656 ans plus tard, à l’issue d’une révolte qui dura quatre années, le Second Temple est détruit, en l’an 70, par Titus Flavius Vespasianus, empereur romain de la dynastie des Flavius, fils de l’empereur Vespasien. Le Second Temple détruit, Jérusalem est incendiée et les Juifs du royaume de Judée sont exilés.

Aujourd’hui, était jour de deuil pour le peuple d’Israël, et nombre d’entre nous ont jeûné et se sont abstenus de tout plaisir matériel.

Aujourd’hui, comme chaque année, le 9 de Av (mois hébraïque), j’ai lu les Lamentations [Livre de Jérémie] et notre Être a pleuré pour Jérusalem.

Et je vous demande : Qu’est-ce qui peut motiver un peuple à se souvenir et à revivre, dans sa chair et dans son âme, un événement qui a eu lieu il y a de cela plusieurs milliers d’années ?

Et je vous demande : Quelle force intérieure faut-il pour garder vivante, en dépit du temps qui passe, une telle nostalgie d’un lien d’amour avec le Divin ?


Je vais essayer de vous dire, juste avec mes mots, ce que représente le Temple de Jérusalem et pourquoi il continue de vivre en nous, en dépit de tout et de tous.

Je vais essayer de vous dire pourquoi la Tradition nous assure que ce jour de deuil se transformera en jour de joie intense.

Je vais essayer de vous dire pourquoi jamais le peuple juif ne renoncera à Jérusalem.


Le Temple est à l’image du macrocosme et le plan de sa construction répond à des secrets connus des initiés. Il n’était pas seulement un lieu de prière, mais la porte du ciel pour toutes les nations.

Il est dit que Jérusalem est la pierre fondamentale sur laquelle le monde a été fondé, un peu comme le coeur de l’univers, ou comme l’Arbre de vie, qui serait l’Axe du monde selon les traditions orientales.

Peut-être est-ce la raison pour laquelle les nations du monde ne cessent de porter leurs regards sur Jérusalem et sur Israël, alors que mon pays est si minuscule comparé aux autres pays du monde.

Peut-être les nations le sentent-elles sans même le savoir ? Peut-être y a-t-il, dans l’inconscient collectif des nations, un savoir oublié concernant l’origine du monde ?  Peut-être... Je ne saurais le dire.

Le Temple était un centre de spiritualité universelle, où les soixante-dix nations du monde pouvaient apporter leurs sacrifices avec les enfants d’Israël, durant la fête de Soukkot [1].


J’ai conscience, en écrivant cela, que nombre de lecteurs se demandent déjà où je veux en venir, et j’y viens pourtant, parce qu’il est très difficile de saisir ce que représente Jérusalem pour le peuple juif en faisant abstraction de l’histoire qui vit au centre de notre âme depuis plus de deux mille ans.

Je sais bien pourtant qu’il n’est pas d’usage de mêler l’émotion millénaire aux impératifs de la politique, mais il le faut nécessairement, parce qu’abstraire l’histoire des hommes pour jouer la carte des influences politiques conduit, ni plus ni moins, à rater son rendez-vous avec l’histoire que nous écrivons avec notre coeur.

Imaginez un lieu qui soit une "Demeure pour les nations" [2], où la conscience s’ouvre à l’altérité parce que le Divin illumine le coeur des hommes.

Imaginez que ce lieu soit celui de la proximité par excellence, le Sanctuaire qui permet de recevoir le divin à l’intérieur de chacun.

Difficile à imaginer, n’est-ce pas ?

Et pourtant, c’est la préoccupation essentielle de celles et de ceux qui, comme moi, vivent, ici et ailleurs, dans un lieu de mon histoire où Abraham, Isaac et Jacob ne sont pas des figures bibliques pour enfants sages, mais des réalités spirituelles qui nous accompagnent.

Pourquoi le Temple a-il été détruit [à deux reprises] ?

Les Sages disent que, la première fois, ce fut à cause de l’idolâtrie, et la seconde fois, parce que ses habitants se haïssaient sans motif.

Belle leçon, en vérité, car l’idolâtrie est un peu comme vendre son âme sans se mettre en quête de l’essentiel qui nous traverse, tandis que la haine gratuite est le refus de recevoir en soi le  visage de l’Autre (si je peux me permettre de reprendre légèrement Lévinas).

Or, l’Arche, qui contenait les tables de la Loi, était surmontée de deux chérubins qui se regardaient, et, au lieu précis de la rencontre de leurs visages, juste au centre et au dessus de l’Arche, se faisait entendre la voix de l’Eternel, un peu comme pour nous dire qu’il faut accepter de se regarder pour que le divin soit entendu.

Oui, nous étions en deuil aujourd’hui, parce que Jérusalem vit en nous comme un doux secret, une Source de Vie [3] qui nourrit l’espoir qui est le nôtre, de voir, de nos jours, la paix dans ses murailles et la fraternité dans le coeur de tous les hommes de bien.

Jérusalem est au coeur de toutes nos prières, et nous prions, trois fois par jour, pour sa reconstruction.

A chaque mariage juif, sous le dais nuptial, le marié énonce le psaume "si je t’oublie, ô Jérusalem..." [4],  puis il brise  un verre sous son pied, pour signifier que, même au moment de sa joie la plus profonde, il ne saurait oublier la destruction du Temple, et c’est juste après le brisement de ce verre que la famille et les amis se mettent à chanter et se réjouir, parce que la fin de nos souffrances viendra un autre jour de Tisha‘ be-Av, ainsi que l’annonce le prophète Jérémie "Je changerai leur deuil en allégresse  et je les consolerai, je leur donnerai de la joie après leurs chagrins" [5].


Jérusalem est, pour le peuple juif, le coeur qui le fait vivre ; et y renoncer, c’est renoncer à vivre.


©
Rachel Franco

 

P.S. : Je vous offre, ce soir, cette jolie chanson, chantée par Ofra Haza, sur Jérusalem.


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Notes d’upjf.org

 

[1] Deux prophètes au moins dévoilent l’accomplissement messianique futur de cette fête : Isaïe, d’abord (2, 2) : "Il arrivera dans les derniers jours [be-aharit hayamim], que la montagne de la maison de L’Eternel sera établie en tête des montagnes et s’élèvera au-dessus des collines. Alors toutes les nations afflueront vers elle…" (cf. Is 66, 20) ; Zacharie, ensuite (14, 16-21), qui annonce que les nations monteront chaque année à Jérusalem pour célébrer la fête des Tentes (Souccot).

 

[2] Allusion à Is 56, 7 : "…car ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples" (cité dans l’évangile : Mt 21, 13 et parallèles).


[3 Réminiscence de Ps 36, 10, Jr 2, 13, etc.

 

[4] Ps 137, 5-6 : "Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite se dessèche ! Que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je ne mets Jérusalem au faîte de ma joie !".

 

[5] Jr 31, 13. Contexte  (Jr 31, 10-14 : "Nations, écoutez la parole de L’Eternel ! Annoncez-la dans les îles lointaines; dites : Celui qui dispersa Israël le rassemble, il le garde comme un pasteur son troupeau. Car L’Eternel a racheté Jacob, il l’a délivré de la main d’un plus fort. Ils viendront, criant de joie, sur la hauteur de Sion, ils afflueront vers les biens de L’Eternel : le blé, le vin et l’huile, les brebis et les boeufs ; ils seront comme un jardin bien arrosé, ils ne languiront plus. Alors la vierge prendra joie à la danse, et, ensemble, les jeunes et les vieillards ; je changerai leur deuil en allégresse, je les consolerai, je les réjouirai après leurs peines. Je fournirai aux prêtres abondance de graisse, et mon peuple sera rassasié de mes biens, oracle de L’Eternel."

 

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Mis en ligne le 31 juillet 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org