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"Pour une justice apaisée" [Szipner et le verdict du "Gang des Barbares"], Jean-Marie Bockel
29/07/2009

Le secrétaire d’Etat à la Justice revient, dans un texte envoyé à Nouvelobs.com sur les propos tenus par Me Szpiner, défenseur des parties civiles dans le procès du "Gang des barbares", dans les colonnes de l’hebdomadaire. L’avocat y avait qualifié l’avocat général Philippe Bilger de "traître génétique". [N.-O.].

29/07/09

Texte repris du site du Nouvel Observateur, 28 juillet 2009


Je tiens à signifier ici le sentiment de malaise et d’indignation que j’ai éprouvé à la lecture d’un article publié dans les colonnes du Nouvel Observateur, en date du 23 juillet 2009, et intitulé "Gang des barbares, la botte de Szpiner", sous la plume de Stéphane Arteta et Marie Guichoux.

La rigueur et le professionnalisme des journalistes de l’hebdomadaire ne sont évidemment nullement ici en cause, pas plus que la qualité de l’article.

Je tiens cependant solennellement ici à mettre en garde l’ensemble des protagonistes quant aux dangers que fait peser la surenchère polémique, dévastatrice pour la qualité et la sérénité du débat et pour la cohésion nationale.

Si les propos attribués à Francis Szpiner, rapportés dans L’Obs, sont exacts, reconnaissons que l’accusation de "traître génétique" - qualificatif particulièrement odieux et blessant utilisé pour désigner Philippe Bilger - ne va pas dans le sens de l’apaisement évoqué.

Cette assertion laisse pantois : Philippe Bilger, avocat général du procès ayant pourtant requis à l’encontre de Youssouf Fofana la peine maximale prévue par la loi, serait soupçonné d’indulgence coupable à l’égard de l’antisémitisme du gang des barbares, au motif que son père aurait été collaborateur. Il existerait donc si ce n’est un antisémitisme génétique, en tout cas une aptitude génétique à la trahison.

Cette grille d’analyse biologique et fatalisante [sic] ne me paraît guère compatible avec l’esprit des Lumières dont se prévaut Maître Szpiner, idéal auquel nous souscrivons sans réserve.

Notre pays traverse une période de crise sociale, économique mais aussi une crise des repères, qui engagent l’ensemble des détenteurs de la parole publique.

Je demande à chacun de mesurer les risques inhérents à la prise de parole médiatisée et souhaite rappeler à l’ensemble des acteurs, notamment s’ils appartiennent à la famille judiciaire, les valeurs de respect et de modération inhérentes à leur déontologie.

Allons-nous céder à la tentation de la régression, nous plonger avec délices dans l’abjection et renouer avec la tentation de la diabolisation, une posture que le philosophe Leo Strauss dénonçait déjà en son temps comme reductio ad hitlerum ?

Je suis convaincu que l’usage partagé de la raison nous permettra de surmonter ces écueils et triompher de cet emballement des passions en évitant de "communautariser" le futur procès Fofana.

Je souhaite, pour ma part, tirer la sonnette d’alarme pendant qu’il en est encore temps, pour faire prévaloir une culture du débat apaisé, respectueuse du point de vue d’autrui et des règles d’une argumentation raisonnée.

Nous le devons à nos concitoyens qui nous observent, nous le devons à une certaine éthique du débat démocratique et de l’institution judiciaire, qui doit, par delà les divergences et les clivages, nous éclairer et nous réunir, dans la volonté d’établir la vérité.

La cohésion nationale sortira renforcée si chacun s’emploie à faire montre de lucidité, de dignité concourant ainsi à faire en sorte que justice soit rendue, dans les formes et les conditions prévues par la loi et dans le respect de toutes les parties au procès pénal.

 

Jean-Marie Bockel

Secrétaire d’État à la Justice


© Nouvel Observateur

 

[Texte aimablement signalé par R. Lewin.]

 

Mis en ligne le 29 juillet 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org