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Le président Obama suit une ligne implacable à l’égard d’Israël, Mackubin Thomas Owens
29/07/2009

"Pourtant, il ne veut pas qu’on le taxe d’"ingérence" dans les affaires de l’Iran" (WSJ).

28/07/09

The Wall Street Journal, 24 juillet

Original anglais : "The President Takes a Hard Line on Israel"

 

Traduction française : Objectif-info

 

En politique étrangère, le président Barack Obama a fait preuve d’une propension inquiétante à multiplier les hommages à nos adversaires aux dépens de nos amis.

Les Tchèques et les Polonais ont bien raison de craindre d’être sacrifiés sur l’autel de l’amélioration des relations entre les États-Unis et la Russie. Et les Israéliens redoutent que l’ouverture au monde musulman, tant désirée de l’administration Obama, ne se fasse à leurs frais. La tentative d’intimidation du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, dont M. Obama a pris l’initiative, en est une illustration.

M. Netanyahou a été investi dans les fonctions de Premier ministre d’Israël le 31 mars. Peu après, l’administration Obama a déclenché une offensive contre le nouveau dirigeant en lui donnant un tour très public, sur le thème des implantations israéliennes en Cisjordanie, un territoire partiellement contrôlé par l’Autorité nationale palestinienne. C’était une façon particulièrement étonnante pour un président américain de souhaiter la bienvenue au nouveau dirigeant d’une démocratie libérale, proche alliée des États-Unis.

L’administration Obama n’était pas satisfaite d’une série d’arrangements passés par l’administration Bush qui, tout en ne gelant pas les implantations, avait néanmoins permis une réduction significative de leur construction. En mai, au cours d’une conférence de presse avec le ministre des affaires étrangères égyptien, la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, déclarait que M. Obama "voulait un arrêt des implantations, pas de certaines implantations, pas seulement des avant-postes, sans exception pour cause de croissance naturelle."

Par la suite, M. Obama a exigé qu’Israël gèle toute construction à Jérusalem-Est. Naturellement, M. Netanyahou a rejeté la demande de M. Obama. Il a déclaré que Jérusalem est une ville ouverte et unifiée "sans aucun clivage en vertu de la religion ou de l’affiliation nationale". M. Netanyahou a ajouté : "Nous ne pouvons pas accepter l’idée que les Juifs n’auraient pas le droit de vivre et d’acheter des biens n’importe où à Jérusalem."

Si l’on interdisait à des Juifs d’acheter une propriété à New York, à Londres, à Paris ou à Rome, il y aurait un tollé international. Pourquoi, s’interrogeait Netanyahou, la norme devrait-elle être différente pour Jérusalem ?

M. Obama a terriblement tort s’il croit que sa technique de confrontation incitera les Palestiniens et les membres de la Ligue arabe à résoudre le conflit israélo-arabe. Il ne réussira qu’à conforter le vieux calcul arabe selon lequel les États-Unis peuvent leur "remettre" Israël s’ils en ont la volonté, réduisant ainsi leur propension à faire des concessions dans des négociations directes avec Israël.

Lui emboîtant le pas, Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité nationale palestinienne, a annoncé qu’il ne reprendrait pas les négociations sur une quelconque question avec le nouveau gouvernement israélien tant que les conditions de M. Obama sur les implantations ne seront pas réunies.

En plus du gel de la construction à Jérusalem et en Cisjordanie, M. Abbas a insisté sur quatre autres concessions unilatérales et non-négociables :

  • d’abord, un État palestinien indépendant ;
  • en second lieu, le retrait d’Israël sur les frontières d’avant Juin 1967 déduction faite d’une voie terrestre entre la Cisjordanie et la bande de Gaza ;
  • troisièmement, un "droit au retour" des Palestiniens en Israël ;
  • quatrièmement, la solution de toutes les questions relatives au statut définitif, sur la base du plan Abdallah de 2002 appelant les Arabes à normaliser les relations avec Israël en échange du retrait d’Israël sur ses frontières de 1967.

Le "droit au retour", en particulier, est voué à l’échec.

Si M. Obama veut un État arabe palestinien, il n’emprunte pas la bonne démarche. Le fait est que M. Netanyahou a approuvé une solution à deux Etats et la fin de l’expansion des implantations en Cisjordanie, à condition que les Palestiniens acceptent Israël en tant qu’état juif légitime et ne soient pas en mesure de le menacer militairement. Israël était prêt à accepter une solution à deux État depuis le plan de partage des Nations Unies pour la Palestine en 1947, mais les Arabes refusèrent. Ils ne sont pas intéressés par la création d’un État arabe palestinien séparé mais par la destruction d’Israël comme État juif.

L’approche du Moyen-Orient d’Obama est fondée sur ce que l’on peut appeler le "récit de la plainte arabe", qui prétend qu’Israël a été créé en raison de la culpabilité occidentale découlant de l’Holocauste. Elle se base également sur l’idée qu’il y a une équivalence morale entre l’Holocauste et la "désagrégation palestinienne", comme le président l’a suggéré dans son discours du Caire.

Un tel langage illustre une incapacité de faire des distinctions. Les Arabes ont lancé une guerre contre l’autodétermination juive et l’État d’Israël bien avant une quelconque "occupation" israélienne de leurs terres. Après qu’Israël ait pris le contrôle de territoires dans une guerre défensive, ce sont les Arabes et pas les Israéliens qui ont enfermé les "réfugiés" palestiniens dans une impasse pour trois générations dans l’attente de la destruction d’Israël.

Comme M. Netanyahou l’a rappelé à M. Obama après son récent discours du Caire, la thèse arabe selon laquelle Israël résulte d‘une confiscation de terres par les grandes puissances pour réparer la conscience collective de l’Occident après l’Holocauste est une calomnie. Il a observé qu’au contraire, le droit d’Israël à sa patrie repose sur le lien historique du peuple juif à la terre d’Israël. Ce droit a été ratifié par les suffrages unanimes qui sont des sources de légitimité, ceux de la Société des Nations et des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Ce droit a été validé ensuite par 60 années de succès dans la construction d’un État démocratique.

Le "droit à l’existence" d’Israël a été exprimé le mieux par le diplomate israélien Abba Eban en 1981. Il écrivait, le "droit à l’existence d’Israël comme celui des États-Unis, d’Arabie Saoudite, et de 152 autres États, est axiomatique et sans réserve. La légitimité d’Israël n’est pas suspendue entre ciel et terre, dans l’attente d’une reconnaissance... Il n’y a certainement aucun autre État, grand ou petit, jeune ou ancien, qui considérerait la reconnaissance de son "droit à l’existence", comme une grâce, ou une concession négociable".

M. Netanyahou aurait pu également ajouter que le contrôle d’Israël sur la Cisjordanie (territoire que l’on peut caractériser de façon plus pertinente comme "contesté" qu’"occupé") était le résultat d’une défaite des puissances arabes qui lancèrent la Guerre des Six-Jours de 1967. Les statuts de l’agresseur et de celui qui se défend ne sont pas interchangeables. Pas plus que ne le sont celui d’un pouvoir victorieux et d’un pouvoir vaincu.

Pourtant, Israël a pris des mesures unilatérales pour la paix, sans réciprocité du coté Palestiniens. Quand Israël s’est désengagé unilatéralement de la bande de Gaza, au prix du démantèlement de 21 implantations et du déplacement de plus de 9 000 résidents, il a effectué le test le plus complet du concept de "terre contre la paix" dans l’histoire des relations israélo-palestiniennes. Pourtant il a reçu pour tout remerciement la création d’une enclave terroriste régie par le Hamas, et non le nouveau voisin paisible et responsable dont il avait besoin pour accepter l’existence d’un État arabe palestinien.

À la différence du Hamas, l’Autorité nationale palestinienne corrompue qui exerce son emprise sur la Cisjordanie a formellement accepté l’existence d’Israël mais n’a jamais renoncé au "droit au retour" des "réfugiés palestiniens." S’il était appliqué, ce droit signifierait la fin de l’existence d’Israël.

La paix entre les Israéliens et les Palestiniens exige des compromis des deux côtés. La pression américaine sur Israël seul, et pas sur les Palestiniens, ne permettra pas d’obtenir les résultats désirés.

Plus tôt au cours de l’été, le président a justifié sa décision de modérer son soutien formel aux protestataires iraniens qui se soulevaient contre l’élection frauduleuse de leur gouvernement. Il ne souhaitait pas que les États-Unis paraissent "s’ingérer" dans les affaires iraniennes. Il ne ressent apparemment aucun scrupule de ce genre quand il s’agit d’Israël.


Mackubin Thomas Owens *

 

© The Wall Street Journal

 

* M. Owens est rédacteur en chef d’Orbis, la publication trimestrielle de l’Institut de recherche en Politique Étrangère.


Mis en ligne le 29 juillet 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org