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Contentieux palestino-israélien

L’impasse de la lutte armée palestinienne, Adrien Jaulmes
10/08/2009

ANALYSE - «En quarante ans, les actions violentes de toutes les organisations palestiniennes n’ont réussi qu’à durcir les conditions de vie des Pales­tiniens et à empêcher toute construction d’un État.» ("Le Figaro"). Article lucide, qui n’évite cependant pas de faire la part belle à un Mahmoud Abbas, qui ne le mérite guère : «Au détriment de sa popularité, il s’est consacré, depuis son accession au pouvoir en 2004, à la recherche d’une solution négociée. Il n’a pas pu, pour des raisons de politique interne, s’opposer à ce principe sacro-saint du droit à la «résistance» palestinienne […] Mahmoud Abbas a compris l’im­passe dans laquelle la «lutte armée» a conduit la cause palestinienne. En appelant les délégués du Fatah à reconnaître les erreurs commises en quarante ans d’existence de leur parti, il leur a aussi indiqué que d’autres méthodes de protestation que la lutte armée existaient » (Menahem Macina).

10/08/09


Texte repris du site Figaro.fr


Crédits photo : AFP

Le Fatah palestinien n’a pas renoncé officiellement à la lutte armée contre Israël. Réunis en congrès à Bethléem, sous leur blason représentant deux kalachnikovs entrecroisées, les vieux fedayins se sont opposés à toute modification de ce principe fondateur de leur parti. Mahmoud Abbas, le successeur d’Arafat, est pourtant hostile depuis longtemps au recours à la force. Au détriment de sa popularité, il s’est consacré, depuis son accession au pouvoir en 2004, à la recherche d’une solution négociée. Il n’a pas pu, pour des raisons de politique interne, s’opposer à ce principe sacro-saint du droit à la «résistance» palestinienne. Il a cependant laissé clairement entendre dans son discours d’ouverture au congrès du Fatah que cette résistance pouvait prendre d’autres formes que l’action armée. Il a notamment évoqué l’exemple des ma­­­ni­festations non violentes [*] qui se déroulent, presque chaque semaine, contre l’érection du mur de sécurité à Bilin, en Cisjordanie.

Mais cet exemple est isolé. L’une des singularités de la cause palestinienne est de n’avoir jamais, sauf en de très rares exceptions, eu recours à la résistance passive et non violente. La lutte armée, pour le Fatah comme les islamistes du Hamas, reste la ­seule façon de faire entendre les revendications palestiniennes.

Du point de vue des résultats, cette méthode est pourtant un échec cuisant. En quarante ans, les actions violentes de toutes les organisations palestiniennes n’ont réussi qu’à durcir les conditions de vie des Pales­tiniens et à empêcher toute construction d’un État. L’occupation is­­­raélienne de la Cisjordanie n’a cessé de se durcir jusqu’à la construction de la barrière de séparation, et le blocus de Gaza, de se renforcer.

D’un point de vue moral, la ­cause palestinienne, pourtant largement plaidable, s’est retrouvée associée [aux] pires formes de vio­lence moderne. Le recours au terrorisme est toujours condamnable. Il l’est doublement s’il contribue à discréditer une cause et à renforcer les souffrances des populations qu’il prétend défendre.

Le calcul cynique des révolutionnaires et des insurgés du XXe siècle, qui recouraient à la violence et au terrorisme pour contraindre leur adversaire à la répression, souder contre lui la population et l’obliger, pour finir, à la négociation, n’a jamais fonctionné pour les Palestiniens.

Les Israéliens opposés à toute négociation n’ont jamais eu de meil­leurs alliés que les activistes de l’OLP d’abord, du Hamas ensuite. De dé­tournements d’avions en attentats-suicide, ces mouvements leur ont régulièrement fourni sur un plateau les arguments nécessaires pour fermer la porte au dialogue.

 

La violence discrédite la cause palestinienne

Militairement, la lutte armée palestinienne n’a jamais ne serait-ce qu’embarrassé son adversaire israélien. Quelques combats mis à part, comme la «bataille» de Karameh, dans la vallée du Jourdain, en 1968, des accrochages au Sud-Liban, en 1978, ou dans les faubourgs de Beyrouth, en 1982, les fedayins ne se sont pratiquement jamais battus contre l’armée israélienne. Ils se sont beaucoup plus souvent affrontés à d’autres Arabes, que ce soit contre la Légion arabe jordanienne, en 1970, ou l’armée syrienne et les milices chrétiennes, pendant la guerre civile libanaise. Pour le reste, les faits d’armes de la lutte palestinienne ont surtout été des actions terroristes contre des civils.

De Munich, en 1972, aux "sui­cide bombers" des années 2000, le principal résultat de cette «lutte armée» a été de discréditer la cause palestinienne, de renforcer le soutien international à ses adversaires, de faire disparaître presque entièrement le camp de la paix en Israël, et de rendre plus difficiles les conditions de vie de la population palestinienne.

Mahmoud Abbas a compris l’im­passe dans laquelle la «lutte armée» a conduit la cause palestinienne. En appelant les délégués du Fatah à reconnaître les erreurs commises en quarante ans d’existence de leur parti, il leur a aussi indiqué que d’autres méthodes de protestation que la lutte armée existaient. Sans avoir le charisme d’un Gandhi, ni l’éloquence d’un Martin Luther King, il doit convaincre les Palestiniens que ces méthodes pacifiques peuvent se montrer bien plus efficaces.


Adrien Jaulmes


© Le Figaro.fr

 

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Note d’upjf.org

[*] Si, par ce label de "non violence", le journaliste veut dire, que les manifestants ne tirent pas sur les forces de l’ordre, il a raison. Mais, au témoignage de soldats et de policiers qui "contiennent" ces manifestations, elles sont tout sauf pacifiques, et se soldent parfois par des blessures, tant dans les rangs des forces de l’ordre, que chez les militants palestiniens et pro-Palestiniens déchaînés.

 

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[Texte aimablement signalé par P. Hassid.]

 

Mis en ligne le 10 août 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org