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Désarmer l’Amérique : l’administration Obama à l’ombre du 11 septembre 2001, Joël Fishman
09/09/2009

Une analyse surprenante, perturbante même. Je n’ai pas qualité pour juger de sa recevabilité, mais le moins qu’on puisse en dire, me semble-t-il, est qu’elle mérite examen. Il faut apprécier à sa juste valeur le labeur de traduction du responsable du site Objectif-info, qui permet au internaute non anglophones de prendre connaissance de cette contribution. (Menahem Macina).

09/09/09


Original anglais :
"Disarming America: The Obama Administration in the Shadow of 9/11", 7 septembre 2009 (le texte figure ci-dessous, après la traduction française).


Traduction française :
Objectif-info


Un célèbre historien et philosophe français, Ferdinand Braudel, déclara un jour que l’histoire se déroule selon trois rythmes : le changement rapide, le changement lent, et l’absence totale de changement. Les événements sont constitutifs de l’histoire rapide, mais l’étude des mouvements lents de l’histoire, sur de "longues périodes", est particulièrement féconde quand on s’intéresse au changement de comportement des institutions. La Commission du 11 septembre, qui a adopté cette approche, a déclaré que dans "toutes les études sur le gouvernement de l’Amérique, les aspects les plus importants concernent les institutions". (En effet, le professeur Ernest May, le Haut Conseiller de cette commission a été fortement influencé par l’approche de Marc Bloch, en particulier par son ouvrage, L’étrange défaite.) En conséquence, nous devons prendre en compte avec soin l’impact des idées et des attitudes du président Obama sur les institutions et les acteurs gouvernementaux, parce que ce sont elles qui modèlent, en définitive la politique, sur le long terme.

La vision qu’un pays a de son rôle dans le monde est une question d’importance primordiale, parce qu’elle est à la base de sa politique étrangère. Depuis que Barack Obama a publiquement répudié les politiques de son prédécesseur, George W. Bush, il est particulièrement important de comprendre les nouvelles hypothèses et les nouvelles idées sur lesquelles s’adossent les nouvelles politiques de ce président.

En quoi les vues de l’administration Obama sur la place de l’Amérique dans le monde diffèrent-elles de celles de l’administration précédente ? Notre réponse à cette question ne doit pas tracer une ligne de démarcation trop franche entre les politiques intérieure et étrangère, parce que les deux sont liées. Par exemple, le candidat Obama a affirmé, à plusieurs reprises, que les interventions de l’Amérique à l’extérieur et le programme d’aide à l’étranger ont conduit à une mauvaise allocation des ressources nationales.

Au cours de la campagne électorale, le candidat Obama a fait passer plusieurs messages essentiels. L’administration Bush avait, selon lui, misérablement échoué à la fois en politique étrangère et en politique intérieure. Il était mal avisé pour l’Amérique d’agir en tant que superpuissance et il ne fallait pas lancer une guerre agressive et injuste en Irak. Selon Obama, il aurait mieux valu s’occuper des problèmes intérieurs de l’Amérique, au premier chef, de la justice sociale. Bien qu’il n’ait pas explicité sa pensée, ses auditoires ont clairement compris ce qu’il voulait dire. Pour lui, les dirigeants américains doivent s’efforcer d’entamer des dialogues avec leurs adversaires, d’utiliser davantage la persuasion, et de créer des consensus.

Le vingt-et-unième siècle a commencé avec le 11 septembre 2001. La façon dont Bush et Obama ont considéré cette catastrophe révèle leur différence de perspective. L’administration Bush a proclamé qu’il était nécessaire de protéger la patrie américaine contre des menaces extérieures et a déclaré la guerre au terrorisme. Bien que le Rapport de la Commission du 11 septembre, publié en juillet 2004, ait très longuement traité ce sujet, l’administration Bush a officiellement admis la haine profonde que le monde islamique ressentait pour l’Occident moderne et en particulier pour l’Amérique. Outre sa volonté de défendre la démocratie dans le pays, l’administration Bush décida que l’Amérique devait vaincre le terrorisme à l’étranger, parfois au moyen de mesures préventives, et provoquer un processus de transformation du monde arabe. Elle prit aussi la résolution de propager la démocratie là où c’était possible. Bien que cette politique et sa mise en œuvre aient donné lieu à des insuffisances bien identifiées, la majorité des citoyens pensait qu’elles contribuaient efficacement à la sécurité de l’Amérique.

Bien que la nouvelle administration ait discrètement poursuivi la mise en œuvre de certaines politiques et de certaines dispositions qu’elle avait notoirement condamnées, l’abandon, publiquement affirmé, par le président Obama de la politique du président Bush a pris une place centrale dans son programme. L’administration Obama considérait les conséquences du 11 septembre comme des inconvénients qui ne cadraient pas avec son idéologie. Ainsi, elle a récemment proclamé la fin de la guerre contre le terrorisme sans avoir la moindre certitude que les ennemis de l’Amérique considèrent, eux aussi, que cette guerre est terminée. À la surprise générale, elle a également recommandé que les Américains commémorent l’anniversaire du 11 septembre en rendant des services d’aide à domicile - ce qui est une forme de pénitence. La nouvelle administration trouve que les commémorations habituelles constituent un capital pour les Républicains et qu’elles doivent donc être modifiées.

La réponse de l’administration Bush au défi de la terreur islamique était fondée sur la certitude que l’Amérique est un pays exceptionnel, l’expression d’une réussite remontant au dix-huitième siècle, et qu’elle jouit de la grâce de Dieu. En outre, l’exception américaine signifie que l’Amérique a une mission spéciale dans le monde, celle de prendre la tête de la démocratie et de contribuer à sa diffusion. Bien que cet idéal ne puisse pas vraiment être atteint, il est tout de même valable. Dans la même veine, selon la vision de l’exception américaine, l’Amérique est une terre où l’espoir, les opportunités, et la justice sont également accessibles à tous les citoyens. John Fonte, du Hudson Institute, a écrit que les Américains

"… combinent des convictions religieuses et patriotiques fortes avec une soif d’entreprendre, empreinte d’un dynamisme insatiable, qui met en relief l’égalité d’accès des individus aux opportunités existantes au détriment des phénomènes de hiérarchie et d’attribution, liés à l’appartenance de groupe."

Ces conceptions largement partagées s’expriment chez les Américains par un sentiment de grande confiance en soi, par du courage et une attitude impitoyable… quand c’est nécessaire.

La vision qu’a le président Obama de la place de l’Amérique dans le monde est l’antithèse de la tradition américaine et elle s’inspire à l’évidence des enseignements de son guide spirituel, le révérend Jérémie Wright. Elle récuse l’idéal du sentiment d’exception, tant dans le pays qu’à l’étranger. Par contre, elle encourage les attitudes de honte, de haine de soi, et de passivité. On peut trouver des exemples de ces conceptions dans une série d’excuses serviles reconnaissant la culpabilité de soi-disant méfaits et "crimes" américains. Obama a présenté ses excuses pour

  • la responsabilité de l’Amérique dans l’actuelle crise économique,
  • le refus de reconnaître le rôle majeur de l’Europe dans le monde,
  • les solutions qu’elle a dictées à d’autres pays (excepté dans le cas d’Israël),
  • le "legs de l’esclavage et de la ségrégation,
  • le traitement passé des Indigènes de l’Amérique",
  • Guantanamo,
  • les erreurs de la C.I.A,
  • et, indirectement, les bombardements de Dresde, d’Hiroshima, et de Nagasaki.

De telles excuses ont un prix élevé parce qu’elles mettent les États-Unis dans le même sac que les véritables Etats criminels. C’est dans le cadre de ce nouveau système de valeurs qu’il faut comprendre les effets nocifs de l’enquête de Holder, le ministre de la Justice, sur les pratiques de la CIA en matière d’interrogatoires. La démoralisation qui résultera de son initiative pourrait saper la capacité des Agences à assurer la défense de l’Amérique et à protéger la vie de ses citoyens. La reconnaissance gratuite d’une culpabilité détruit non seulement l’amour-propre mais elle provoque également la paralysie de la volonté de la nation.

Logiquement, la question suivante est : quelle est la vraie signification de cette offensive malencontreuse contre le sentiment de fierté nationale ? Bien qu’on ne puisse pas en prévoir aujourd’hui les résultats, il est possible de savoir où elle mène. Avec le temps, la nouvelle politique créera des conditions objectives de confusion et de désordre, qui faciliteront l’avènement d’un pouvoir dictatorial et rendront possible l’application d’un programme de changement révolutionnaire. Durant la Première Guerre mondiale, Lénine l’a expliqué avec une simplicité brutale,

"dans une guerre réactionnaire, une classe révolutionnaire ne peut que désirer la défaite de son gouvernement... L’action révolutionnaire contre son gouvernement en temps de guerre ne signifie pas seulement, indéniablement et sans le moindre doute, désirer sa défaite, mais aussi faciliter effectivement une telle défaite..." (Défaite de son gouvernement au cours d’une guerre impérialiste, août 1915, citation de Stefan T. Possony).

A la fin des années 50, le KGB a approfondi et reformulé cette approche. Sa nouvelle division, la section D - pour "Désinformation et décomposition" - a développé une tactique sophistiquée, progressive mais moins triviale, de "décomposition", un programme pour susciter la défaite de l’intérieur. Son but était "de saper par tous les moyens imaginables la foi des peuples occidentaux dans leurs institutions et leurs gouvernements". Eugene Methvin a décrit le but du propagandiste dans son étude des mouvements radicaux des années 60, intitulée Les Émeutiers :

saper sa foi [celle du citoyen] dans les valeurs de sa culture, dans la justice de sa société et de son gouvernement, et détruire ainsi sa soumission à l’ordre établi [en italiques dans l’original]. Dans la dernière analyse, tout ce qui tient ensemble un gouvernement ou une société, c’est la conviction, généralement en partie subliminale et totalement implicite, qu’il s’agit d’un ordre juste, ou au moins du meilleur possible actuellement, et certainement d’un ordre préférable aux bouleversements anarchistes et violents. Le propagandiste qui sape cette conviction prépare la voie du changement révolutionnaire..."(Émeutiers, 243).

Il est clair que les déclarations et les politiques de l’administration Obama appartiennent à la catégorie de la "décomposition". Ils font partie d’un processus de conditionnement progressif, dont le but est d’altérer la foi des Américains dans leur gouvernement et de gagner les faveurs de l’étranger. En dépit d’exceptions et de contradictions occasionnelles, la clef qui permet de comprendre les intentions de la nouvelle administration doit être recherchée dans l’examen de "l’histoire à évolution lente", qui prend en compte la propagation des vues négatives sur l’Amérique et de son rôle dans le monde.

En rejetant le principe de l’exception américaine, l’administration Obama a opéré une coupure radicale avec le passé. Un mépris intégral pour les précédents historiques, la tradition et la vérité des faits, caractérisent les méthodes politiques radicales d’Obama. Le problème pratique, c’est que cette nouvelle politique rend le pays vulnérable au terrorisme intérieur et étranger, un danger qui demeure permanent et identique à lui-même. A partir des faits indiqués ci-dessus, on doit se demander si, pour des raisons qui sont les siennes, l’administration Obama a décidé de rendre les États-Unis vulnérables à une nouvelle surprise stratégique et à une défaite possible.

 

© Joël Fishman *

 

* Historien et chercheur, le Dr Joël Fishman est membre d’un centre de recherches de Jérusalem.


Mis en ligne le 9 septembre 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org

 

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Disarming America: The Obama Administration in the Shadow of 9/11

Joel Fishman, 7 September 2009

 

A well-known modern French historian once stated: "History may be divided into three movements: what moves rapidly, what moves slowly and what appears not to move at all." Events are the building blocks of fast-moving history, but the study of slow-moving history over long spans of time can be remarkably valuable in monitoring the development of institutional attitudes. The 9/11 Commission, which adopted this approach, stated that in "any study of the U.S. government some of the most important characters are institutions." Accordingly, we should carefully consider the impact of President Obama’s ideas and attitudes both on individuals and governmental institutions, because over the long-term these factors ultimately shape policy.

A country’s view of its place in the world is a matter of major significance, because it is the first premise of its foreign policy. Since Barack Obama has made a point of publicly repudiating the policies of his predecessor, George W. Bush, it is particularly important to understand the new assumptions and ideas behind President Obama’s new policies.

How does the Obama administration’s view of America’s place in the world differ from that of its predecessor? Our answer to this question should not draw too sharp a distinction between domestic and foreign policy, because the two are linked. For example, candidate Obama repeatedly asserted that America’s intervention abroad and its foreign aid program had misdirected national resources.

During the election campaign, candidate Obama conveyed several basic messages. The Bush administration had failed miserably both in foreign and domestic policy. It was wrong for America to act as a super-power and it should not have waged an unjust aggressive war in Iraq. According to Obama, it would have been better to deal with America’s domestic needs, which include social justice. Although he did not spell it out, his audience clearly understood what he meant. America’s leaders, in his view, should give more attention to engaging its adversaries in dialogue and make greater use of persuasion and consensus building.

The defining moment at the start of the twenty-first century was 9/11. The manner in which Bush and Obama view this catastrophe reveals their different perspectives. The Bush administration stated that it was necessary to protect the American homeland from external threats and declared a war against terror.

Although the 9/11 Commission Report, published in July 2004, covered the subject at considerable length, the Bush administration formally took notice of the deep hatred which the Islamic world felt for the modern West and for America in particular. In addition to its decision to defend democracy at home, the Bush administration decided that America must defeat terrorism abroad -- sometimes by using preemptive measures-- and bring about a process of transformation in the Arab world. It also resolved to spread democracy where possible. While this policy and its implementation had definite shortcomings, many believed that it effectively contributed to America’s security.

While the new administration may have discretely continued some of the policies and practices, which it publicly condemned, President Obama’s public repudiation of President Bush’s policies became central to his program. The Obama administration, considered the consequences of 9/11 to be a type of inconvenience which did not fit in with its ideology. Thus, it recently declared an end to the war on terror, without any evidence that America’s enemies consider this war to be over. To the surprise of many, it also recommended that Americans commemorate the anniversary of 911 with acts of community work, which is a form of penitence. The view of the new administration is that the current commemorations represent an asset for the Republicans and therefore must be changed.

The basis for the response of the Bush administration to the challenge of Islamic terror is the strong belief that America is an exceptional country, the product of a successful experiment dating back to the eighteenth century, and that America enjoys God’s grace. Furthermore, American exceptionalism means that America has a special mission in the world -- to lead and spread democracy. While this ideal may be imperfectly attained, it is valid just the same. Similarly, according to the vision of American exceptionalism, America is a land where hope, opportunity, and justice are accessible to all citizens on an equal basis. John Fonte of the Hudson Institute wrote that Americans "… combined strong religious and patriotic beliefs with dynamic, restless entrepreneurial energy that emphasized equality of individual opportunity and eschewed hierarchical and ascriptive group affiliations." This widely shared outlook has found expression in America’s great sense of self -confidence, courage, and, ruthlessness -- when needed.

President Obama’s view of America’s place in the world represents the antithesis to the American tradition and clearly draws on the teachings of his spiritual guide, Reverend Jeremiah Wright. It denies the ideal of exceptionalism both at home and abroad. Instead, it fosters attitudes of shame, self-hatred, and inaction. Examples of this outlook may be found in a series of groveling apologies accepting guilt for supposed American misdeeds and "crimes." Obama has apologized for: America’s responsibility for the current economic crisis, its failure to recognize Europe’s leading role in the world, dictating solutions to others (except in the case of Israel), the "legacies of slavery and segregation, past treatment of native Americans," Guantanamo, the mistakes of the CIA, and, indirectly, the bombings of Dresden, Hiroshima, and Nagasaki. Such apologies are costly because they place the United States in the same category as real criminal states.

It is in the context of this new value system that one must understand the harmful consequences of Attorney General Holder’s investigation of CIA interrogation practices. The result of his endeavor will be a demoralization which could undermine the ability of America’s defense agencies to protect the lives of its citizens. A gratuitous acceptance of guilt not only destroys self-esteem but also brings about a paralysis of national will.

The next logical question is: what is the real meaning of this misguided assault on national pride? Although one cannot foresee the outcome at this point, it is possible to know where it leads. Over time, the new policy will create the objective conditions of confusion and disorder which will facilitate the seizure of dictatorial power and the opportunity to implement a program of revolutionary change. During the First World War, Lenin explained this in brutal simplicity, "A revolutionary class in a reactionary war cannot but desire the defeat of its government….Revolutionary action in wartime against one’s own government undoubtedly and incontrovertibly means not only desiring its defeat, but really facilitating such defeat…." (Defeat of One’s Own Government in the Imperialist War, August, 1915, as cited by Stefan T. Possony).

During the late 1950s, the KGB refined and repackaged this approach. Its new division, Section D for "Disinformation and Decomposition," developed the sophisticated, gradual but less obvious tactic of "decomposition," a program for bringing defeat from within. Its goal was "by all conceivable means to undermine the faith of Western peoples in their own institutions and governments." In his study of the radicals of the sixties, The Riotmakers, Eugene Methvin described the propagandist’s goal:

 

To undermine his [the citizen’s] faith in the values of his culture and the justice of his society and government, and thus to destroy his allegiance to the established order [italics in original]. In the last analysis, all that holds a government or a society together is the conviction, usually partly subliminal and wholly unspoken, that it is a just order, or at least the best attainable at present, and certainly preferably to anarchy and violent upheaval. The propagandist who undermines this conviction prepares the way for revolutionary change…." (Riotmakers, 243).

 

It is clear that the Obama administration’s statements and policies belong to the category of "decomposition." They are part of a gradual conditioning process whose purpose is to erode Americans’ faith in their own government and to curry favor abroad. Despite the occasional exceptions and contradictions, the key to understanding the new administration’s intentions may be found in the examination of "slow-moving history’ which includes the propagation of negative views of America and its place in the world.

By rejecting the principle of American exceptionalism, the Obama administration has made a radical departure from the past. A fundamental disrespect for historical precedents, tradition, and factual accuracy characterizes Obama’s radical political method. The practical problem is that this new policy leaves the country vulnerable to domestic and foreign terror, a danger which remains constant and unabated. Given the facts stated above, one must ask if the Obama administration, for its own reasons, has decided to leave the United States vulnerable to another strategic surprise and possible defeat.

 

Dr. Joel Fishman is a Fellow of a research center in Jerusalem.