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Conflits, terrorisme, oppression, etc.
Terrorisme

Les véritables causes du terrorisme, Sultan Knish
06/09/2009

La réflexion de Sultan Knish sur les causes ultimes du terrorisme islamique, présentée ici, est particulièrement stimulante. Loin des approches politiquement correctes qui réduisent le terrorisme à un problème de pauvreté ou à une sensibilité exacerbée aux humiliations infligées par le grand ou le petit Satan, l’auteur va rechercher dans le fonds culturel tribal et la doctrine de l’islam qui le couronne, une explication des motifs idéologiques et du rayonnement de ce courant qui s’est répandu dans le monde entier. Il apporte aussi une réponse à l’émergence continuelle de nouveaux émirs et sous-émirs qui sèment un peu partout la désolation et la mort. (Rédaction d’Objectif-info).

 06/09/09


 

Texte original anglais : The Real Root Cause of Terrorism, sur le Blog de l’auteur, 30 août 2009.


Traduction française : Objectif-info

 

Dans le discours politique classique sur les causes profondes du terrorisme islamique, on évoque habituellement la lutte des classes sous toutes ses formes, l’oppression ordinaire des humiliations provoquées par la politique étrangère occidentale, et les problèmes un peu énigmatiques de la mondialisation. Et naturellement, comme la plupart des gens qui regardent dans un miroir pour trouver la cause de l’animosité de quelqu’un d’autre, leur réflexion se limite à la répétition de ce qu’ils pensent déjà.

Assez étrangement, les causes profondes du terrorisme islamique n’ont pas grand-chose à voir avec cette approche par la lutte des classes, bien qu’elles puissent avoir une certaine efficacité quand on veut recruter de futurs terroristes ou s’adresser à des journalistes gauchiste bornés. Pour saisir ces causes profondes, il est indispensable de comprendre la fonction que le terrorisme remplit dans le monde arabo-musulman.

Alors que la gauche occidentale tient à le considérer comme une forme d’activisme politique ou social, le terrorisme se présente au sein du monde musulman comme un instrument à deux faces. D’un côté, il crée la fiction d’un ennemi, sans avoir à entrer en guerre, et de l’autre, il assure la promotion de la popularité de ses chefs et de ses soutiens. Ce concept de terrorisme à deux visages renvoie à l’époque des raids de sociétés de nomades qui se livraient à des attaques brutales pour rapporter du butin. Ces raids avaient pour effet de renforcer le statut du cheik de la tribu et de ceux qui réalisaient ces pillages. En permettant de faire la preuve de la faiblesse de l’ennemi et de consolider la stature du cheik, de telles attaques pouvaient provoquer une escalade vers la guerre totale. Et bien que de telles tactiques puissent sembler primitives, grâce à elles, Mohammed fut en mesure de transformer le culte musulman qu’il venait de créer en un acteur décisif de la région.

A l’époque moderne, la force idéologique motrice à laquelle le terrorisme arabo-musulman s’est adossé, propose de faire renaître un grand Etat unique pour remplacer les entités coloniales qui ont volé en éclats après la disparition de l’Empire ottoman. C’est un projet tribal antique. L’un des successeurs de Mohammed a été très près de réaliser cette version arabe du Reich de mille ans. Les versions modernes de cette volonté de puissance vont du Califat islamique au nationalisme arabe séculier, incarné par des dictatures socialistes semblables à celles de Nasser ou de Saddam. Ainsi, si l’idéologie de puissance prend des formes différentes, l’idée fondamentale reste identique. Un grand Etat sous la férule d’un grand souverain qui ferait la preuve de son aptitude à dominer en soumettant l’ennemi, et par là en plaçant toute la région sous son autorité.

Selon les codes antiques des expéditions tribales, pour faire la preuve de sa capacité à exercer le pouvoir, il fallait faire preuve de la plus grande bravoure possible et infliger les plus grands dommages à l’ennemi quand on le frappait. Cette culture de la rivalité au sein des sociétés arabo-musulmanes s’exerce habituellement vers l’extérieur sous forme de guerres et de terrorisme, car, de part et d’autre, on désire prouver sa supériorité en tuant autant d’infidèles que possible.

Ainsi, le conflit tribal et religieux d’Oussama Ben Laden avec le pouvoir saoudien s’est davantage réglé à travers des combats avec les Soviétiques, puis avec l’Amérique et l’Europe, qu’avec la Maison des Saoud. En utilisant le prétexte des troupes américaines que les Saoud avaient introduites en Arabie pour se protéger de Saddam, Ben Laden pouvait obtenir l’autorisation religieuse de lancer une guerre contre l’Amérique et prendre de la stature en appelant à la reconquête du lieu le plus saint de l’islam. En retour, les Saoudiens ont financé une guerre secrète contre l’Amérique pour la même raison, ce qui leur permettait en même temps de faire échec au rêve de Ben Laden de prendre le pouvoir.

De la même manière, le Hamas et le Fatah ont réglé leur conflit pendant presque deux décennies par une compétition visant à montrer lequel des deux pouvait tuer le plus d’Israéliens. Le plus brutal et le plus meurtrier des deux, le Hamas, a ainsi obtenu le soutien des Arabes palestiniens, ce qui lui a permis de triompher aux élections et de prendre le contrôle de Gaza. Les observateurs occidentaux de gauche se sont efforcés de formuler [les données du] conflit en termes de services sociaux du Hamas ou de corruption du Fatah, mais il s’agissait de questions annexes. L’essentiel était de démontrer qui pouvait infliger le plus de mal à l’ennemi. Un conflit indirect entre le Fatah, nationaliste arabe, et le Hamas islamiste, pour le pouvoir sur l’Autorité palestinienne, a coûté la vie à de nombreux Israéliens et à des touristes étrangers, et cela n’avait rien à voir avec les discours de propagande à propos des barrages routiers, du mur de séparation, ni même avec le désir d’un Etat palestinien, que le terrorisme a compromis à plusieurs reprises. Il s’agissait d’un conflit interne exprimé indirectement, d’un problème qui est à la racine d’une bonne partie du terrorisme islamique.

C’est ce qui explique aussi pourquoi il y a si peu de véritables musulmans modérés. Si le facteur-clé du leadership consiste à montrer sa force et à infliger des dommages à l’ennemi, la modération est un train express qui ne mène nulle part. Comme les terroristes l’ont à plusieurs reprises démontré, toutes les lois et prescriptions religieuses islamiques peuvent être annulées pour permettre le massacre d’infidèles. C’est parce qu’en pratique, aucune vertu islamique n’est plus grande que celle qui consiste à vaincre les infidèles et les hérétiques. Cette approche simpliste a permis à l’islam le passage foudroyant d’un culte obscur à un empire. Si le judaïsme a fait, de l’étude, et le christianisme, de l’évangélisation, leur attribut principal, l’islam se réalise dans la conquête. Il n’y aurait pas d’islam sans conquête. Il ne peut pas y avoir d’expansion de l’islam sans elle aujourd’hui.

C’est dans ce contexte que le terrorisme permet à différents groupes de prétendre au pouvoir en montrant que leurs méthodes sont les meilleures pour mettre en œuvre cette valeur fondamentale qui consiste à tuer des infidèles et à les soumettre à leur autorité. Et cela en évitant une guerre ouverte et franche qu’ils sont certains de perdre. Le terrorisme permet aux nations arabes et musulmanes de poursuivre des guerres secrètes et permet l’émergence de chefs locaux qui mènent ces guerres, depuis le défunt et lamentable Yasser Arafat, jusqu’à Oussama Ben Laden, Nasrallah et Moqtada al Sadr. Aujourd’hui, il y a, pratiquement dans le monde entier, des chefs de ce genre, ou des apprentis chefs, dont les partisans lancent des bombes et tuent en leur nom.

Même si les prétextes locaux de ces actions peuvent changer, les observateurs occidentaux sont dans le noir quand ils confondent la propagande avec la réalité. Hitler n’a envahi la Pologne pour aucun des motifs qu’il a avancés, pas plus que le Japon n’a envahi la Chine pour protéger la région contre l’Europe. Comme pour le viol mythique de nonnes belges de la première guerre mondiale (*), la propagande ne dit pas le vrai motif. Il est saisissant d’observer la grande ardeur que mettent de soi-disant analystes de la région à considérer les prétextes de la propagande comme des motifs.

En réalité, peu importe ce que font Israël, l’Amérique, l’Angleterre, la France, ou le Danemark. Que l’on ait été ou pas à l’origine d’une provocation, cela n’affecte que les réactions à court terme, pas la réalité à long terme des causes idéologiques du conflit lui-même. Et la cause idéologique demeure le rêve d’un grand Etat islamique aux frontières sans limites, incluant le monde entier dans le Dar al-islam [territoire de l’islam]. C’est pour ce grand rêve que les guerriers de Mohammed surgissent avec des épées rouges de sang, et qu’ils ont réussi, durant des siècles, à dévaster le Moyen-Orient, l’Asie et même Europe. C’est aussi le rêve post-ottoman, et il est à l’origine des diverses insurrections, des guérillas et du terrorisme islamiques dans le monde d’aujourd’hui.

Mais ce rêve exige des chefs, et la lutte pour le leadership exercé par des voies indirectes explique une grande partie du terrorisme du 20e siècle et de tout le 21e. Les chefs arabes et les milices islamiques se sont affrontés pour associer la cause à des individus. Les vidéos d’Oussama Ben Laden, comme l’infâme discours d’Arafat à l’ONU, font partie de cette longue histoire, une histoire "de grandeur personnelle" mesurée à l’aune du seul critère reconnu au Moyen-Orient, et attesté par les cadavres de femmes et hommes innocents qui appartiennent aux "tribus de l’ennemi".

 

© Sultan Knish


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(*) NdT: En 1914, les Alliés avaient inauguré une nouvelle méthode de combat : la propagande de guerre, prétendant que les Allemands avaient violé des religieuses belges.

 

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Mis en ligne le 6 septembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org