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Israël (Société - mentalités)
Israël (délégitimation d')

L’ostracisation d’Israël et la rhétorique des droits de l’homme, Gerald Steinberg
04/09/2009

04/09/09

Article paru dans le Jerusalem Post et repris sur le site de NGO Monitor, 31 août 2009.

Texte original : "Isolating Israel through the language of human rights"


Traduction française Jean Szlamowicz, pour upjf.org

Note à l’attention des responsables de sites et blogues : Cet article peut être librement reproduit, sous réserve de la mention - explicite et obligatoire - de son lien : http://www.upjf.org/contributeurs-specialises/article-17069-145-7-lostracisation-disrael-rhetorique-droits-lhomme-gerald-steinberg.html

 


Lors d’un colloque en Europe, le très respecté militant des droits de l’homme égyptien, Sa’ad Eddin Ibrahim, a interrompu son exposé pour prendre dans ses bras le professeur Irwin Cotler qui venait de faire son entrée. Ce dernier s’était battu pour faire libérer Ibrahim, emprisonné pour des motifs fallacieux, et ce combat n’était qu’un exemple de ceux menés par l’ancien ministre de la justice canadien, notamment en faveur de Natan Sharansky et Nelson Mandela.

C’est pour cette raison et bien d’autres que le lecteur ferait bien de disposer d’un peu de recul s’il doit lire l’article de Kenneth Roth « Don’t smear the messenger » (Ne tirez pas sur le messager) tiré du Jerusalem Post du 26 août. S’il dirige Human Rights Watch depuis 1993, Roth est loin de pouvoir se prévaloir des mêmes succès que le professeur Cotler. Par contre, il est responsable de la politisation et de l’érosion des droits de l’homme comme force morale.

Les attaques de Roth ont pour objectif principal de défendre la légitimité du juge Richard Goldstone, qui dirige la mission d’enquête sur les violations des droits de l’homme lors de la guerre de Gaza, dont les conclusions doivent être bientôt publiées. Dans son pamphlet, Roth oublie de mentionner les liens qui l’unissent à Goldstone, qui a longtemps fait partie du comité de direction de HRW. A bien des égards, ses tentatives pour salir et démolir ceux qui critiquent Goldstone sont, en fait, des manières, pour Roth, de protéger HRW, et de se protéger lui-même.

De fait, si Goldstone est discrédité, Roth a du souci à se faire. La nomination de Goldstone était une étape dans la stratégie adoptée lors du forum des ONG, à Durban, en 2001, dont l’objectif était de marginaliser Israël en utilisant la rhétorique des droits de l’homme. Les recherches approfondies de NGO Monitor montrent que HRW a défendu cette stratégie en publiant au moins 68 appels à des « enquêtes indépendantes » concernant Israël (sur les incidents de Jénine, en 2002, de Rafah, en 2004, de la plage de Gaza et de la Guerre du Liban, en 2006). Malgré l’évidence de cette stratégie consistant à prendre pour cible Israël plutôt qu’à œuvrer pour les droits de l’homme en Iran, en Afrique, ou en Libye, Roth esquive péniblement l’attaque en déclarant : « nous devons faire des choix, nos ressources ne sont pas illimitées ».

La guerre de Gaza a donné à Roth l’occasion de développer ses efforts et HRW a pu travailler en étroite collaboration avec le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, afin de mettre sur pied une « enquête indépendante » - c’est-à-dire dirigée par l’un des siens, le juge Goldstone. Depuis, HRW a apporté aux enquêteurs, et à la campagne médiatique qui va avec, trois nouveaux « rapports » très tendancieux accusant les forces armées israéliennes de « crimes de guerre ». Afin de faire preuve d’un semblant d’équilibre, HRW a aussi publié un rapport – tardif - sur le Hamas, en omettant de signaler le rôle de l’Iran comme fournisseur d’armes et de formation militaire. Non seulement le mandat de cette mission était à sens unique (même si Goldstone prétend que le président du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU en a révisé les termes pour inclure une enquête sur le Hamas), mais l’enquête sur Gaza et HRW sont entachés de subjectivité.

Le département de HRW pour le Moyen-Orient est dirigé par Sarah Leah Whitson, qui a organisé des manifestations contre la « brutalité » israélienne au Comité Arabo-Américain Contre la Discrimination, avant d’être engagée par Roth. A HRW, Whitson a continué à soutenir les boycotts anti-Israël et, en mai 2009, Whitson était à la tête du voyage de HRW pour recueillir des fonds en Arabie Saoudite, où elle a dénoncé les « groupes de pression pro-Israël » qui tentent de « discréditer le travail de HRW sur Israël et Gaza », notamment en soulignant le rôle de HRW dans la mise en place de l’enquête Goldstone.

Par ailleurs, Joe Stork, l’adjoint de Whitson à HRW, a été pendant 20 ans le directeur de MERIP, l’organisation anti-sioniste et anti-américaine qu’il a créée. Suite aux attentats de Munich, Stork et ses collègues avaient publié un éditorial dont le titre était « Qui sont les vrais terroristes ? » et qui dénonçait les « terroristes israéliens équipés d’avions de combats et de tanks fournis par les Etats Unis », et leur politique « de meurtre et de destruction des Palestiniens » (avant d’ajouter un codicille pour préciser que de tels actes ne constituaient pas une justification pour les attentats de Munich). En 1996, Stork a rejoint HRW.

Les partis pris dont font montre Whitson et Stork vont à l’encontre des principes fondamentaux d’objectivité politique dans le cadre d’enquêtes concernant les droits de l’homme, principes consignés dans les recommandations de London-Lund, publiées par l’International Bar Association (Association Internationale des Avocats). De la même manière, les nominations de Goldstone et de la professeur Christine Chinkin dans cette mission de l’ONU sur Gaza sont en contradiction avec ces règles de bon sens (UN Watch a demandé d’annuler la nomination de Chinkin, en citant une lettre qu’elle a signée et dans laquelle elle considère Israël comme l’agresseur et l’auteur de crimes de guerre et « rejette » catégoriquement le droit d’Israël à la légitime défense contre les tirs de roquettes permanents).

Les rapports de HRW, tout comme les propositions faites à Goldstone par les ONG, illustrent sans cesse ce parti pris et ce manque de méthodologie. Derrière la façade de cette mission pour « établir les faits », le travail réel du département pour le Moyen-Orient consiste essentiellement à réunir des pages et des pages de « témoignages oculaires » palestiniens, soigneusement sélectionnés. Ces rapports sont un ramassis d’assertions - qui vont du crédible au spéculatif, mais restent invérifiables -, mêlé à de la mauvaise fiction, à une litanie de « faits techniques » sans rapport avec les questions, et à un verbiage légaliste laborieux.

Dans la dernière publication de HRW, dont Stork est le co-auteur et qui accuse Tsahal de crimes scandaleux comme le meurtre délibéré de civils brandissant des drapeaux blancs, l’épisode en question se fonde uniquement sur le témoignage de la famille Abed Rabbo. On remarque, cependant, quand on compare les versions arabes et occidentales provenant du travail des « préparateurs » palestiniens, qui ont fait venir des journalistes et des responsables d’ONG, dont des « chercheurs » de HRW, que l’histoire n’a cessé de se transformer à chaque nouveau récit.

Parallèlement, les films et autres preuves flagrantes d’abus palestiniens, dont l’utilisation routinière de boucliers humains afin de protéger les terroristes et leur arsenal, ont été omis car ils ne correspondaient pas aux conclusions désirées. Aucun tribunal sérieux n’accepterait de considérer de tels témoignages comme des preuves, ni ces publications comme relevant de la recherche.

Les exemples du discours palestinien, relayés par HRW, sont légion dans leurs publications. Dans cette interminable guerre, toute occasion est bonne pour promouvoir cette vision des choses par le truchement de rapports, de conférences de presse, de newsletters et de campagnes de mailing. Ces condamnations (après tout, Roth a une formation de procureur) recyclent en permanence les scandaleuses accusations « d’attaques indiscriminées à l’encontre de civils », de « crimes de guerre », et de « sanctions collectives » (L’article de HRW sur les meurtres de civils arborant un drapeau blanc comporte 15 mentions de l’expression "crime de guerre"). Cette obsession anti-israélienne participe de la transformation de HRW, dont le but initial était la lutte pour la liberté des prisonniers politiques sous les régimes autoritaires, et est devenu une force idéologique qui pointe son artillerie (42 millions de dollars en 2008) contre des démocraties en lutte comme Israël.

Les buts dévoyés de HRW n’ont pas manqué d’inquiéter ses principaux donateurs ou membres du conseil d’administration. A mots couverts, Robert Bernstein a exprimé sa colère concernant la direction prise par l’organisation qu’il avait créée en 1978, sous le nom de Helsinki Watch : « le résultat du travail actuel de HRW aboutit à présenter les choses de manière équivalente, comme si les deux camps violaient les droits de l’homme au même niveau. Je ne suis pas d’accord avec cela ».

C’est parce qu’il met en avant les partis pris de HRW et le caractère fallacieux de ses pseudo recherches, et parce que les soutiens et les donateurs de HRW commencent à critiquer son action, que Roth s’en prend à Cotler. Le destin de Roth et de la commission Goldstone sont étroitement liés et quand on démasque l’un, ce sont les deux qui sont touchés.

 

Gerald Steinberg


© Jerusalem Post

 

Mis en ligne le 4 septembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org

 

* L’auteur dirige NGO Monitor et est professeur de sciences politiques à l’Université de Bar-Ilan.

 

 

Mis en ligne le 4 septembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org