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Israël (Société - mentalités)
Israël (boycott d')

« Boycottez Israël », Neve Gordon
31/08/2009

« Un Israélien arrive à la conclusion douloureuse que c’est le seul moyen de sauver son pays », tel est le sous-titre français ajouté par le site de l’UJFP (Union Juive pour la Paix... [dans les frontières d’Auschwitz]). A ce stade, je me contenterai de mettre en ligne ce brûlot, sans le commenter. Je rappelle le principe qui guide ma décision de mettre sous les yeux des internautes qui nous lisent les textes hostiles à l’Etat d’Israël et au sionisme, pourvu qu’ils proviennent de personnalités et/ou d’universitaires, sont la renommée – réelle ou supposée – risque d’impressionner des consciences vulnérables. J’ai appelé cette manière de procéder "Vaccination des Consciences" (VC), car en leur inoculant, à doses homéopathiques, un matériau textuel à nocivité limitée par déconstruction et mise en contexte, on les aide à produire des anticorps intellectuels et spirituels qui leur permettront non seulement de résister eux-mêmes à ce poison idéologique, mais d’en préserver les autres. Je commenterai ce texte ultérieurement. En attendant je me suis contenté de mettre en rouge les NEUF (!) utilisations du terme « Apartheid » – impropre évidemment concernant la situation israélienne, mais massivement matraqué, on le sait, dans le but, bien connu, de criminaliser Israël. (Menahem Macina).

31/08/09


Texte anglais original : "Boycott Israel : An Israeli comes to the painful conclusion that it’s the only way to save his country"


Editorial d’opinion, paru dans le Los Angeles Times, le 20 août 2009


Traduction française UJPF (Union Juive pour la Paix)


[Cliché ajouté par upjf.org]

Cet été, les journaux israéliens sont pleins d’articles coléreux sur la montée d’un boycott international d’Israël. Des films ont été retirés de festivals israéliens du film, Leonard Cohen est sous un feu mondial contre sa décision de jouer à Tel Aviv, et Oxfam a rompu les liens avec une porte-parole célèbre, une actrice Britannique qui fait aussi l’article pour des cosmétiques produits dans les territoires occupés. Clairement, la campagne pour utiliser les tactiques qui ont aidé à abolir la pratique de l’apartheid en Afrique du Sud attire beaucoup de gens dans le monde.

Sans surprise, beaucoup d’Israéliens – même des pacifistes – n’y adhèrent pas. Un boycott international ne peut s’empêcher de porter des échos d’antisémitisme. Il pose aussi des questions sur un double standard (pourquoi ne pas boycotter la Chine pour ses violations évidentes des droits de l’homme ?) et sur l’attitude, apparemment contradictoire, d’approuver un boycott de sa propre nation.

Il n’est effectivement pas facile pour moi, comme citoyen israélien, d’appeler les gouvernements étrangers, les autorités régionales, les mouvements sociaux internationaux, les organisations croyantes, les syndicats et les citoyens à suspendre la coopération avec Israël. Mais à présent, alors que je regarde mes deux garçons jouer dans la cour, je suis convaincu que c’est le seul moyen de sauver Israël de lui-même.

Je dis ceci parce qu’Israël a atteint un carrefour historique, et les temps de crise appellent des mesures extraordinaires. Je dis ceci en tant que Juif qui a choisi d’élever ses enfants en Israël, qui a été membre du camp israélien de la paix pendant près de 30 ans, et qui est très angoissé pour le futur du pays.

Etat d’apartheid, c’est la façon la plus juste de décrire Israël aujourd’hui. Pendant plus de 42 ans, Israël a contrôlé le sol, de la vallée du Jourdain à la Méditerranée. Dans cette région habitent environ 6 millions de Juifs et près de 5 millions de Palestiniens. Sur ce nombre, 3,5 millions de Palestiniens et près d’un demi million de Juifs vivent dans les zones occupées par Israël en 1967, et alors que ces deux groupes vivent dans la même région, ils sont pourtant soumis à deux systèmes légaux totalement différents. Les Palestiniens sont sans Etat et dépourvus des droits humains les plus élémentaires. Contraste aigu : tous les Juifs – qu’ils vivent dans les territoires occupés ou en Israël – sont des citoyens de l’Etat d’Israël.

La question qui me tient éveillé la nuit, comme parent et comme citoyen, est comment assurer que mes deux enfants et les enfants de mes voisins Palestiniens ne grandissent pas dans un régime d’apartheid.

Il n’y a que deux manières morales d’y parvenir.

La première est la solution par un Etat : offrir la citoyenneté à tous les Palestiniens et établir ainsi une démocratie binationale dans toute la région contrôlée par Israël. Vu la démographie, cela reviendrait au décès d’Israël comme Etat juif ; pour la plupart des Israéliens, c’est l’anathème.

La deuxième façon d’en finir avec notre apartheid est la solution de deux Etats, qui implique le retrait d’Israël sur ses frontières d’avant 1967 (avec la possibilité d’échanges réciproques de terre), la division de Jérusalem, et une reconnaissance du droit palestinien au retour, à la condition que seul un nombre limité des 4,5 millions de réfugiés Palestiniens seraient admis en Israël, alors que le reste pourrait revenir dans le nouvel Etat palestinien.

Géographiquement, la solution à un Etat semble bien plus réalisable parce que les Juifs et les Palestiniens sont déjà complètement imbriqués les uns dans les autres ; en vérité, « sur le terrain », la solution à un Etat (sous sa version d’apartheid) est une réalité.

Idéologiquement, la solution à deux Etats est plus réaliste, parce que moins de 1% des Juifs, et une minorité des Palestiniens, soutiennent le binationalisme.

Actuellement, malgré les difficultés concrètes, il est plus sensé de toucher aux réalités géographiques qu’aux réalités idéologiques. Si dans le futur les deux peuples décident de partager un Etat, ils peuvent le faire, mais, pour l’instant, ce n’est pas cela qu’ils veulent.

Alors, si la solution à deux Etats est le moyen de stopper l’Etat d’apartheid, comment peut-on y parvenir ?

Je suis convaincu que les pressions extérieures sont la seule réponse. Au cours des trois dernières décennies, le nombre des colons juifs des territoires occupés a terriblement augmenté. Le mythe de la Jérusalem unifiée a conduit à la création d’une ville d’apartheid où les Palestiniens ne sont pas citoyens et manquent des services élémentaires. Le camp de la paix israélien s’est réduit progressivement, si bien qu’à présent, il est presque inexistant, et la politique israélienne va de plus en plus vers l’extrême droite.

Pour moi, il est clair, par conséquent, que le seul moyen de contrer la tendance vers l’apartheid est que s’exerce une pression internationale massive. Les mots et les condamnations de l’administration Obama et de l’Union Européenne n’ont donné aucun résultat, pas même un gel de la colonisation, sans parler d’une décision de se retirer des territoires occupés.

Par conséquent j‘ai décidé de soutenir le mouvement Boycott, Désinvestissements Sanctions, lancé par des militants Palestiniens en juillet 2005, et qui a rassemblé depuis un large soutien de par le monde. L’objectif est de garantir qu’Israël respecte ses obligations conformément à la loi internationale et que les Palestiniens obtiennent le droit à l’autodétermination.

A Bilbao (Espagne), en 2008, une coalition d’organisations du monde entier a formulé la Campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions en 10 points, destinée à faire pression sur Israël, de manière « graduelle et à long terme, adaptée au contexte et aux moyens ». Par exemple, l’effort commence par les sanctions contre, et le désinvestissement des firmes israéliennes qui opèrent dans les territoires occupés, suivies par des actions contre ceux qui aident à maintenir et à renforcer visiblement l’occupation. Sur des voies parallèles, les artistes venant en Israël pour attirer l’attention sur l’occupation sont bienvenus, ceux qui ne veulent que se montrer ne le sont pas.

Rien d’autre n’a marché. Mettre une pression internationale massive sur Israël, c’est le seul moyen de garantir que la prochaine génération d’Israéliens et de Palestiniens – mes deux fils parmi eux – ne grandissent pas dans un régime d’apartheid.

 

Neve Gordon *


© Los Angeles Times


* Neve Gordon a publié « Israel’s Occupation” et enseigne la politique à l’Université Ben Gourion du Neguev (Naqab) à Beersheba (Bir As-Sab), Israël.

 

Mis en ligne le 31 août 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org