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Politique

Pourquoi ils s’humilient tous devant Kadhafi ? Andrés Allemand
29/08/2009

30/08/09

Article repris du site 24heures.ch, 26 août 2009

PÉTRODOLLARS | C’est fou ce qu’un ex-paria peut obtenir des démocraties occidentales avec de l’or noir et des marchés juteux!

Kadhafi

© AP | Silvio Berlusconi avait reçu Muammar Kadhafi arborant la photo d’Omar Mukhtar, le chef de la résistance libyenne à la colonisation italienne. L’image montre la pendaison du

Mais qu’ont-ils tous à s’humilier devant le «guide de la révolution» ? Jeudi, alors que Hans-Rudolf Merz présentait des excuses très controversées pour l’arrestation, à Genève, d’Hannibal Kadhafi, l’Ecosse créait, de son côté, la polémique en libérant, «pour raisons médicales», le Libyen condamné suite à l’attentat de Lockerbie. En échange, le Royaume-Uni aurait obtenu des avantages commerciaux, assurait vendredi Seïf al-Islam, un autre fils de Kadhafi. Londres dément.

Ces deux épisodes viennent s’ajouter à la longue liste des couleuvres avalées par des démocraties européennes. En juin, par exemple, c’est un Silvio Berlusconi gêné qui laissait Kadhafi parader à Rome, arborant sur sa vareuse la photo du héros de la résistance à l’occupation italienne. Nicolas Sarkozy n’en menait pas large non plus en décembre 2007 à Paris, quand le numéro un libyen s’était permis de faire la leçon à la France en matière de droits de l’homme.

D’où la question: pourquoi tant de manières face à l’ex-paria de la communauté internationale ? Il y a peu, on l’accusait encore de soutenir des terroristes (de l’IRA à l’OLP) et d’être lié à l’attentat, en 1986, de la discothèque berlinoise La Belle (trois morts), mais surtout à celui de Lockerbie (270 morts), en 1988, et du DC-10 d’UTA, sur le Ténéré, en 1989 (170 morts) !

Il peut tout se permettre

La réponse à ces questions se calcule, bien sûr, en espèces sonnantes et trébuchantes. Merz l’a dit lui-même: s’il tient à «libérer les deux Suisses retenus en Libye», il veut aussi «rétablir les relations avec ce pays, très importantes pour les industries suisses, actuellement exclues des marchés». Sans parler de l’or noir libyen, qui couvre près de 30% des besoins helvétiques…

«Kadhafi peut tout se permettre! Par les temps qui courent, avec ses réserves insolentes de pétrole, il est l’un des chefs d’Etat les plus courtisés du moment», note Hasni Abidi, qui dirige, à Genève, le Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen. Depuis que la Libye a renoncé aux armes de destruction massive, en 2003, et commencé à dédommager les victimes d’attentats en 2004, on assiste à une véritable ruée des Occidentaux vers les juteux marchés libyens. L’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, la France, la Grande-Bretagne, etc. Tout le monde joue des coudes pour décrocher les meilleurs contrats dans ce désert qui se voit en Dubaï d’Afrique du Nord. Routes, distribution d’eau et d’électricité, télécoms, alimentation, santé, armement, machines industrielles, produits pharmaceutiques et chimiques, etc. La compétition est féroce.

«Mais ce n’est pas tout. Personne ne veut se mettre à dos l’homme qui peut ouvrir ou fermer à sa guise le robinet de l’immigration illégale vers l’Europe», note Hasni Abidi. Ainsi, depuis que Tripoli a serré la vis, l’an dernier, dix fois moins de clandestins ont débarqué en Sicile. «Enfin, Kadhafi a su rendre ses services indispensables pour quiconque cherche à négocier avec des islamistes au fin fond du Sahara. Ou à calmer le jeu en Afrique centrale. Notamment au Darfour soudanais et au Tchad.»

© 24heures.ch

 

[Article aimablement signalé par la Newsletter du CRIF].

 

Mis en ligne le 30 août 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org