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Politique française

Colonisation des esprits face à la "colonisation" de territoires, Victor Perez
27/08/2009

27/08/09

 

Texte repris du Blogue de l’auteur.

 


Sur le site Rue89, "l’expert" de l’IRIS, examine la déclaration de Nicolas Sarkozy émise lors de la Conférence annuelle des ambassadeurs. Son "analyse" s’intitule "Diplomatie : Sarkozy retrouve les rails de Chirac" (1). Au vu du titre, on ne peut douter que Pascal Boniface soit satisfait de ce constat. A lire son texte, la tournure de sa pensée témoigne de son contentement. Ainsi, affirme-t-il, le pragmatisme du Président français « le conduisait à (…) donner au conflit israélo-palestinien un caractère central dans les relations internationales - contrairement aux amis les plus inconditionnels d’Israël, qui plaident pour le qualifier « de portée limitée et régionale », et dont le règlement n’était donc pas une urgence ».

 

Il est vrai, il faut le reconnaître, que - sous la menace d’embargos de pétrole et de terrorisme, mais aussi de chantage à la guerre de civilisation - les « plus inconditionnels » du monde musulman ont conduit, eux, le monde occidental à se défaire, autant qu’il se peut, de ses valeurs séculaires afin qu’il admette l’idée qu’une fois ce conflit réglé, rien d’autre n’empêchera la planète de tourner rond. Une reconnaissance publique fortement soutenue par le mercantilisme de ce monde occidental, ainsi que par des banlieues de plus en plus islamisées.

 

Une "centralité" qui ne pourra guère satisfaire quiconque est curieux de trouver le lien entre les guerres d’Irak, d’Afghanistan, du Cachemire, du Darfour, de Tchétchénie, etc., et celle du Proche-Orient.

 

Autre passage de "l’analyse" citée :

 

« Pour ce conflit, au moment où Israël essaye de gagner du temps, il (Nicolas Sarkozy) a martelé que « le temps n’était pas notre allié mais notre juge », et il a émis le souhait qu’il y ait « un gel précis et complet de la colonisation » et une relance de la négociation, indiquant que cela serait une erreur de penser que l’on peut poursuivre la colonisation et espérer la paix, en rappelant que la création d’un Etat palestinien était un axe fort de la politique française ».

 

Si l’on peut se moquer éperdument de l’appréciation de Boniface, quant au temps "gagné" par Israël, on n’en reste pas moins perplexe quant à l’affirmation qu’un « gel précis et complet de la colonisation » fera avancer le processus de paix. Dans l’hypothèse où Israël se retirerait unilatéralement de tous les territoires conquis en 1967, Jérusalem compris, le Président pense-t-il que ce pays devra accepter le droit de retour, en son sein, de millions d’étrangers (héritiers, grâce aux bons soins de l’Onu, du statut de réfugiés de leurs pères), et forcer ainsi le peuple juif à renoncer à son droit à l’autodétermination ? A lire son silence à ce sujet dans toutes ses interviews, conférences et prises de positions, on ne peut douter que la raison du plus grand nombre oblige le Président Sarkozy à regarder le doigt et non la lune qu’il indique [1].

 

Tout expert sérieux du conflit proche-oriental affirmera, contrairement à Pascal Boniface et aux dirigeants de l’Europe, que la cause centrale du malaise entre l’Occident et le monde musulman réside dans le fait qu’Israël est vu comme une partie du monde occidental honni et que "après samedi viendra dimanche" [2].

 

En conséquence, continuer à alléguer que la "colonisation" est l’obstacle majeur à tout règlement définitif de ce « conflit central »,

  • cautionne le commerce avec ceux qui détiennent le pétrole, les pétrodollars et la paix du monde ;
  • fait le jeu des antisémites qui rêvent d’éradiquer le foyer juif ;
  • accroît l’animosité du monde musulman ;
  • et rend inévitables des lendemains sans honneur et probablement dans la guerre [3].

Pascal Boniface, par ses nombreuses interventions superficielles, facilite cet engrenage maléfique, et le Président Nicolas Sarkozy ne fait qu’assurer sa future réélection. Mais aucun des deux ne pourra prétendre, pour l’un - à l’instar de Jacques Chirac -, voir son nom associé à un début de processus de paix digne de ce nom, et pour l’autre, passer à la postérité journalistique pour des "analyses" qui appellent d’aussi âpres rappels à la réalité.

 


© Victor Perez

                                                                                                                      

 

(1) Dans la section Eco89, du site Rue89, 26 août 2009.

 

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Notes de Menahem Macina

 

[1] Allusion au proverbe chinois : « Quand le sage désigne la lune du doigt, l’idiot regarde le doigt ».

[2] Allusion à une boutade populaire qui fait florès dans la rue arabe, et qui signifie qu’après le tour des Juifs – samedi -, viendra celui des chrétiens – dimanche.

[3] Allusion à la cinglant et célèbre reproche adressé par Churchill à Neville Chamberlain, alors Premier ministre de la Grande-Bretagne, au lendemain des accords de Munich de 1938, signés avec Hitler « Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre. »

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Mis en ligne le 27 août 2009, par
M. Macina, sur le site upjf.org