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Christianisme

Christianisme et Orthodoxie juive même combat contre l’Etat d’Israel ? par Arnold Lagémi
26/08/2009

L’article que je reproduis ci-dessous, est le deuxième que j’emprunte à cet auteur à partir du blogue Terre d’Israël [*]. Malgré son intérêt pour des Juifs qui ignorent tout du christianisme, ou qui n’en ont qu’une connaissance superficielle et majoritairement polémique, il use d’une argumentation, et surtout d’une analogie, qui sont, sinon totalement irrecevables, du moins grandement réductrices. La phrase-clé - que j’estime contestable - est celle-ci : "nous ne pouvons ignorer que l’argument connu du verus Israel, le ’véritable Israël’, utilisé à satiété par l’Eglise, est repris par l’orthodoxie juive, quand elle soutient qu’elle seule représente le véritable Israël." Je ne sache pas que l’orthodoxie se considère comme le "véritable Israël", car il s’agit de Juifs parmi les Juifs. Simplement, ils sont extrêmement sévères à l’égard du sionisme, pour une raison à la fois vraie et contestable, à savoir, que "seul" le Messie peut effectuer le "kibboutz galouyot", rassemblement des dispersés [**]. La position de la chrétienté, malgré l’analogie que croit voir l’auteur avec celle de l’orthodoxie juive (plutôt les Haredim) est radicalement différente. Je compte mettre les choses au point prochainement sur cette question difficile. --- (26/08/09) Depuis, l’auteur a voulu réagir à ce que j’exprime brièvement dans ces quelques phrases introductives, et il a exigé un droit de réponse. Je le lui accorde volontiers, tout en regrettant qu’il n’ait pas voulu attendre la parution de la mise au point que j’annonçais, ce qui lui aurait permis de s’expliquer plus largement. (Menahem Macina).

[*] Voir, du même auteur : "Sionisme et orthodoxie : un mariage tardif et sans amour" (24/07/09); [**] Haïm Potok a fort bien illustré cette tension violente entre les ultra-orthodoxes juifs et les sionistes dans son beau roman porté à l’écran, L’Elu.

23/08/09 - Update du 26 août 2009

Droit de réponse de l’auteur

 

Mon intention était de montrer que, pour les raisons qui sont les leurs, christianisme et orthodoxie se retrouvent dans leur volonté de ne pas reconnaître à Israël le droit à la renaissance nationale.

Vous écrivez: « La position de la chrétienté, malgré l’analogie que croit voir l’auteur avec celle de l’orthodoxie juive est radicalement différente. »

Soit vous ne m’avez pas lu attentivement, soit vous n’avez pas compris. En justifiant la permanence de l’Exil, l’orthodoxie soutient qu’elle reste le « vrai Israël, cet Israël qui n’est pas concerné par ce qui s’est passé en 1948 ! Je vous répète donc ce qui reste l’essentiel de mon analyse : « L’orthodoxie ne reconnaît certes pas Jésus, mais, en refusant le sionisme, elle rejoint ceux qui, dans l’histoire, l’ont accepté, ce qui revient au même, puisqu’elle apporte, de facto, son concours à ceux qui refusent à Israël le droit d’exister en tant que Nation. ».

Là était l’essentiel. Je regrette qu’il vous ait échappé.


Arnold Lagémi

Texte repris du Blogue Terre d’Israël, 21 août 2009

arnold lagemi

Dans ces mêmes colonnes, j’expliquais, à propos de la récente visite du pape en Israël, que la théologie chrétienne ne pouvait qu’être réservée par rapport au retour des Juifs dans l’histoire, dans la mesure où cette renaissance s’opposait au principe du verus israel, du "véritable Israël", que l’Eglise prétend incarner depuis que les Juifs se seraient disqualifiés en refusant de reconnaître, en Jésus, le messie attendu.

Ce point de vue expliqué et commenté explique la régression des avancées du concile Vatican II, qui avaient fait croire que l’Eglise reconnaissait aux Juifs et à Israël une place toujours effective dans la rédemption. Il n’en est rien et nous comprenons mieux au travers de ce principe, la nature des bases sur lesquelles les récentes et déplorables attitudes de l’Eglise reposent.

Lorsque le pape confirmait qu’il se « rendrait en Terre Sainte », occultant la réalité historique de l’Etat d’Israël, qu’il réhabilitait un évêque négationniste, et surtout quand il rappelait, dans sa lettre aux évêques du monde, la permanence de l’enseignement doctrinal, il éloignait un peu plus Israël de la place que ce dernier avait eu l’illusion d’occuper, en rappelant implicitement que la disqualification d’Israël n’était pas matière à débat !

Voilà qui ne prête pas à confusion, voilà qui remet nos méprises au vestiaire !

Il se trouve que nous observons, dans le même temps, que cette relation au sionisme, ainsi que le rapport à l’Etat d’Israël, qu’entretient l’Eglise, présentent une singulière similitude avec les positions adoptées à ce sujet par le courant majoritaire de l’orthodoxie juive.

En effet, un courant important de l’orthodoxie juive rejoint le christianisme dans son refus de reconnaissance historique de l’Etat d’Israël et des fondements idéologiques ayant permis son avènement.

Le débat que nous organisons dans ces mêmes colonnes, sur « sionisme et orthodoxie », nous a fait prendre la mesure que la condamnation du sionisme et de son leader - au motif que « le temps de la Rédemption était à venir, que seul le Messie avait qualité pour ramener les dispersés » - se fondait sur une argumentation assez proche de la motivation chrétienne, rejetant le retour de l’exil.

En effet, nous ne pouvons ignorer que l’argument connu du verus Israel, le "véritable Israël", utilisé à satiété par l’Eglise est repris par l’orthodoxie juive, quand elle soutient qu’elle seule représente le véritable Israël.

Le sionisme restant tout aussi disqualifié, à ses yeux, que le Judaïsme l’est pour l’Eglise ! Nous observerons que la force ressemblante du sionisme et du Judaïsme réside dans le fait établi que ces deux conceptions relèvent toutes deux d’une prétention participative au rôle politique du peuple juif dans l’histoire du monde. En dépit de sa condamnation du sionisme, l’orthodoxie ne renonce pas à ce principe. Elle estime, seulement, que le moment n’est pas encore venu. On voit donc que, pour l’Eglise, Judaïsme et sionisme ont le même contenu.

La convergence des points de vue théologiques est aussi stupéfiante que les conclusions pratiques qui en découlent. L’orthodoxie ne reconnaît certes pas Jésus, mais, en refusant le sionisme, elle rejoint ceux qui, dans l’histoire, l’ont accepté, ce qui revient au même, puisqu’elle apporte, de facto, son concours à ceux qui refusent à Israël le droit d’exister en tant que Nation.

Dès lors que l’Etat Juif est désigné comme l’ennemi, peu importe de connaître les subtilités des motifs.

N’oublions pas, à ce sujet, les conditions dans lesquelles le schisme chrétien est né. C’est précisément dans son rapport à l’histoire qu’il s’est défini et, par là même éloigné de la tradition juive. N’y a-t-il pas là un élément de convergence troublante avec l’histoire juive des XIXe et XXe siècles ?

Herzl fut condamné par la majorité du monde rabbinique qui estimait qu’il ne pouvait adopter le projet sioniste.

Quand, le 25 janvier 1904, il reçut Herzl, venu lui demander d’apporter son soutien au sionisme, le pape Pie X lui dit : Non possumus, nous ne pouvons accepter. »

Où est la différence ?

Christianisme, orthodoxie juive, contre l’Etat juif, même combat ?

Arnold Lagémi

 

© Terre d’Israël

 

Mis en ligne le 22 août 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org