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Israël (Société - mentalités)
Israël (diabolisation d')

« On vole nos fils pour prendre leurs organes », Donald Boström
25/08/2009

Il n’est pas exagéré de dire que le texte traduit ci-après constitue une version moderne des accusations de meurtres atroces de chrétiens, prétendument perpétrés par des Juifs, pour vider ces malheureux de leur sang, lequel était censé entrer dans la composition du pain azyme [*]. De la même eau qu’une autre calomnie, non moins horrible, accusant les Juifs de "voler des yeux d’enfants" [**], la voici recyclée en meurtres attribués à l’armée israélienne - cette fois aux fins de «constituer une réserve d’organes pour le pays», destinés à être greffés, à prix d’or, sur des malades aisés -, avec pour conséquence qu’elle fait à nouveau, des Juifs, des parias et des monstres. Et ceci alors que nous venons d’entrer dans le troisième millénaire et le XXIe siècle, et que moins de sept décennies seulement nous séparent du déchaînement le plus bestial d’antisémitisme qu’ait connu l’humanité, lequel a coûté la vie à des millions de Juifs innocents. C’est maintenant le tour des Juifs israéliens d’être la cible de cette calomnie médiévale. Après les accusations d’apartheid, de colonialisme, de nationalisme, de nazisme, voici celle de vampirisme, tandis que - pour reprendre la formule désabusée de Ben-Dror Yemini – le monde se tait… [***] Le monde entier - pas seulement la Suède, qui se retranche derrière la liberté d’expression pour ne pas prendre fermement ses distances par rapport à un quotidien suédois qui, en déshonorant ainsi Israël, s’est déshonoré et a déshonoré son pays [****]. J’ai mis en rouge les passages qui m’ont paru les plus explicitement diabolisateurs. (Menahem Macina).

[*] Accusation recyclée, elle aussi, par les Arabes: "Du sang chrétien dans les pâtisseries de Pourim" (mars 2002); [**] "Les Israéliens, voleurs d’yeux d’enfants (MEMRI)", 31 décembre 2004 (Après cet incident, la France avait interdit de diffusion la chaîne arabe responsable de cette calomnie, voir "Sahar1 (Iran) interdite en France pour émissions antisémites" ); [***] Voir : Ben-Dror Yemini, "Et le monde se tait", septembre 2006 ; [****] Il faut préciser, à son honneur, que l’ambassadrice de Suède en Israël a condamné les propos du journal ; mal lui en a pris : elle a été désavouée par son pays, voir "En Suède, la liberté de la presse l’emporte sur la calomnie la plus meurtrière".

25/08/09


Texte original suédois "« Våra söner plundras på sina organ »", Aftonblatt, 17 août 2009

Version anglaise : "Our Sons Plundered for Their Organs", The Palestine Chronicle, 23 août 2009


Traduction française, exécutée sur la version anglaise, par Menahem Macina pour upjf.org


Note à l’attention des responsables de sites et blogues : Cet article peut être librement reproduit, sous réserve de la mention - explicite et obligatoire - de son lien : http://www.upjf.org/incitation-haine/article-17014-109-1-vole-fils-prendre-organes-donald-bostrom.html

 

 

Des jeunes Palestiniens lançant des pierres et des bouteilles [des cocktails Molotov] sur des soldats israéliens dans le nord de la Cisjordanie. C’est dans cette région que Bilal Achmed Ghanem a été hospitalisé. « Notre fils a été utilisé pour fournir des organes de rechange », expliquent les Palestiniens. Photo: Donald Boström, reprise du site du journal Aftonbladet

Bilal Achmed Ghanem, 19 ans, blessé par balles par des soldats israéliens, il a été enlevé et ramené, au bout de cinq jours, mort et recousu de l’abdomen au menton. Photo: Donald Boström, reprise du site du journal Aftonbladet.

Levy Rosenbaum Izhak arrêté par des agents du FBI. Il est suspecté de servir d’intermédiaire dans le trafic illégal d’organes. Photo: AP, reprise du site du journal Aftonbladet

 

Je suis ce qu’on pourrait appeler un «courtier en mariages», affirme Levy Izhak Rosenbaum, de Brooklyn, aux Etats-Unis, dans l’enregistrement, réalisé à son insu, d’un entretien avec un agent du FBI qu’il croyait être un client. Dix jours plus tard, à la fin de juillet de cette année, Rosenbaum est arrêté et un vaste réseau complexe de corruption est mis au jour dans le New Jersey: des rabbins, des élus et des fonctionnaires de confiance depuis des années, sont impliqués dans le blanchiment d’argent et le commerce illégal d’organes. Le "courtage" de Rosenbaum n’a rien à voir avec une histoire d’amour. Il consiste à acheter et à vendre au marché noir des reins en provenance d’Israël. Selon ses propres déclarations, il paie 10 000 $ à des gens dans le besoin, pour des organes qu’il revend 160 000 $ à des patients américains désespérés. Ces accusations ont ébranlé l’industrie américaine de la transplantation. Si la chose est avérée, c’est la première fois que le trafic d’organes est documenté aux Etats-Unis, ont déclaré des experts au magazine New Jersey Real-Time News.

Interrogé sur le nombre d’organes qu’il a vendus, Rosenbaum répond: « Pas mal ». Et de se vanter : « Je n’en ai jamais manqué ». Son affaire tourne depuis un bon bout de temps.

Francis Delmonici, professeur de chirurgie de transplantation à Harvard, et membre du conseil d’administration de la National Kidney Foundation, a déclaré dans le même média que le trafic d’organes similaire à celui qui est réputé exister en Israël a également cours ailleurs dans le monde. On estime que 10 pour cent des 63 000 greffes de reins dans le monde sont illégales, dit Delmonici.

Les pays suspects de se livrer à cette activité illicite sont le Pakistan, les Philippines et la Chine, où le bruit court que l’on prélève les organes des prisonniers exécutés. Mais les Palestiniens soupçonnent fortement Israël d’enlever de jeunes Palestiniens et de s’en servir comme d’une réserve d’organes pour le pays – une très grave accusation, qui soulève suffisamment d’interrogations pour motiver la Cour Internationale de Justice (ICJ) à ouvrir une enquête sur de possibles crimes de guerre.

Israël a été mis sur la sellette à plusieurs reprises pour la manière, contraire à l’éthique, dont elle traite les organes et les transplantations. La France fait partie des pays qui ont cessé leur coopération avec Israël en matière d’organes dans les années quatre-vingt-dix. Le Jerusalem Post écrit: "d’autres pays de l’Europe devraient suivre l’exemple de la France bientôt." [1]

La moitié des reins que les Israéliens avaient greffés depuis le début des années 2000 ont été achetés illégalement en Turquie, en Europe de l’Est, ou en Amérique latine. Les autorités sanitaires israéliennes sont tout à fait au courant de ce commerce, mais ne font rien pour l’arrêter. Lors d’une conférence, en 2003, il a été affirmé qu’Israël est le seul pays occidental dont la profession médicale ne condamne pas le commerce illégal d’organes, Le pays n’engage pas d’action en justice contre les médecins qui sont impliqués dans ce trafic illégal – au contraire, selon Dagens Nyheter (5 décembre 2003), les médecins-chefs des grands hôpitaux sont impliqués dans la plupart des transplantations illégales.

A l’été 1992, Ehud Olmert, alors ministre de la Santé, tenta de s’attaquer à la pénurie d’organes en lançant une grande campagne pour convaincre les Israéliens de s’enregistrer comme donneurs d’organes post mortem. Un demi million de tracts furent insérés dans les journaux locaux. Ehud Olmert fut le premier à s’inscrire. Quelque deux semaines plus tard, le Jerusalem Post écrivait que la campagne avait été un succès. Pas moins de 35 000 personnes s’étaient inscrites. Avant la campagne, ce chiffre aurait été de 500 en moyenne par mois. Pourtant, dans le même article, la journaliste, Judy Siegel, écrivait que l’écart entre l’offre et la demande était encore grand. 500 personnes étaient sur une liste d’attente pour une greffe de rein, mais seules 124 ont pu en bénéficier. Sur les 45 personnes ayant besoin d’un nouveau foie, seules trois purent être opérées en Israël.

Tandis que cette campagne était en cours, des jeunes hommes palestiniens commencèrent à disparaître de villages situés en Cisjordanie, et de Gaza. Cinq jours plus tard, des soldats israéliens les ramenèrent morts, le corps portant les traces d’une incision recousue de l’abdomen au menton.

Les conversations à propos de ces cadavres effrayaient la population de Cisjordanie et de Gaza. Il y avait des rumeurs d’une augmentation spectaculaire des disparitions de jeunes hommes, suivies de funérailles nocturnes des corps autopsiés.

J’étais dans le secteur à l’époque et travaillais à un livre. A plusieurs reprises j’ai été approché par des personnels de l’ONU qui étaient préoccupés par ces développements. Ceux qui m’ont contacté ont dit que des vols d’organes avaient effectivement eu lieu, mais qu’ils étaient incapables d’agir. Sur mission d’une chaîne de télévision, j’ai fait le tour d’un grand nombre de familles palestiniennes de Cisjordanie et de Gaza pour les interviewer, et j’ai rencontré des parents qui m’ont raconté qu’on avait prélevé les organes de leurs fils avant qu’ils soient tués. Bilal Achmed Ghanan, le jeteur de pierres est un exemple de ce que j’ai découvert au cours de ce voyage effrayant.

Il était près de minuit quand le grondement des moteurs d’une colonne de soldats se fit entendre dans les faubourgs de Imatin, un village de la partie nord de la Cisjordanie. Les deux mille habitants étaient réveillés. Ils se tenaient immobiles, attendant comme des ombres silencieuses dans l’obscurité, les uns étendus sur les toits, d’autres se cachant derrière des rideaux, des murs, ou des arbres, qui leur assuraient une protection durant le couvre-feu, mais permettaient de voir clairement ce qui allait devenir la tombe du premier martyr du village. Les militaires avaient coupé l’électricité dans le village et la zone était maintenant interdite - même un chat ne pouvait s’aventurer au dehors sans risquer sa vie. Le silence accablant n’était rompu que par un sanglot discret. Je ne me souviens pas si c’était le froid ou la tension qui nous faisaient frissonner. Cinq jours auparavant, le 13 mai 1992, une force spéciale israélienne s’était postée en embuscade dans l’atelier de menuiserie du village. La personne qu’ils étaient chargés de mettre hors d’état de nuire était Bilal Achmed Ghanem, l’un des jeunes palestiniens jeteurs de pierres, qui menaient la vie dure aux soldats israéliens.

Il y avait presque deux ans que l’armée recherchait Bilal Ghanem, en tant que l’un des principaux jeteurs de pierres. Avec d’autres garçons jeteurs de pierres comme lui, il s’était caché dans les collines de Naplouse, sans toit pour s’abriter. Pour ces garçons, être pris signifiait la torture et la mort, aussi leur fallait-il rester dans les collines à tout prix.

Le 13 mai, Bilal fit une exception lorsque, pour une raison quelconque, il s’aventura sans protection non loin de l’atelier de menuiserie. Talal lui-même, son frère aîné, ignore pourquoi il avait pris ce risque. Peut-être les garçons étaient-ils à court de nourriture et avaient-ils besoin de se réapprovisionner.

Tout se déroula selon le plan prévu par les forces spéciales israéliennes. Les soldats écrasèrent leur cigarette allumée, écartèrent leurs canettes de Coca-Cola et ajustèrent calmement leur arme dans l’embrasure de la fenêtre dont la vitre avait été brisée. Quand Bilal fut suffisamment proche, ils n’eurent qu’à appuyer sur la gâchette. La première balle l’atteignit à la poitrine. Selon des villageois qui ont été témoins de l’incident, il reçut ensuite une balle dans chaque jambe. Deux soldats sortirent alors en courant de la l’atelier de menuiserie et lui tirèrent une balle dans le ventre. Enfin, ils prirent Bilal par les pieds et le traînèrent sur les vingt marches de pierre de l’escalier de la menuiserie. Les villageois racontent alors que des gens de l’ONU et du Croissant-Rouge qui se trouvaient à proximité et avaient entendu les détonations étaient venus sur place pour voir s’il y avait des blessés qui avaient besoin d’aide. Il y eut une discussion pour savoir qui prendrait soin de la victime. Elle tourna court quand des soldats israéliens chargèrent Bilal, gravement blessé, dans une jeep et l’emmenèrent dans les faubourgs du village, où attendait un hélicoptère. Le garçon fut emmené vers une destination inconnue de sa famille. Cinq jours plus tard, il revint [sic] mort, enveloppé dans un drap vert d’hôpital.

Un villageois reconnut le capitaine Yahya, le chef de la colonne de militaires qui avait transporté Bilal depuis le centre de médecine pathologique d’Abu Kabir, à l’extérieur de Tel Aviv, jusqu’au lieu de son dernier repos. « Le capitaine Yahya [2] est le pire d’eux tous », me murmura à l’oreille un villageois. Après que le capitaine Yahya eut déchargé le corps et remplacé le drap vert d’hôpital par un autre en coton léger, quelques hommes de la famille furent choisis par les soldats pour exécuter la tâche consistant à creuser le sol et à gâcher le ciment.

En même temps que le bruit aigu des pelles nous pouvions entendre les rires des soldats qui, en attendant de rentrer chez eux, échangeaient quelques blagues [sic]. Quand Bilal fut mis dans la tombe, sa poitrine apparut découverte. Aussitôt, les quelques personnes présentes comprirent clairement quelle sorte d’abus avait subis le garçon. Bilal est loin d’être le premier jeune Palestinien à avoir été enterré avec une incision de l’abdomen au menton.

En Cisjordanie et à Gaza, les familles croient savoir exactement ce qui est arrivé : « Nos fils sont utilisés comme donneurs involontaires d’organes », m’ont dit des membres de la famille de Khaled, de Naplouse, et également la mère de Raed, de Jénine, et les oncles de Machmod et Nafes, de Gaza, qui ont tous disparu durant quelques jours, pour revenir [sic] de nuit, morts et autopsiés.

« Pourquoi ont-ils gardé les corps jusqu’à cinq jours avant de nous laisser les enterrer ? Qu’est-il arrivé aux corps dans l’intervalle ? Et pourquoi font-ils une autopsie, contre notre volonté, alors que la cause de la mort est évidente ? Pourquoi les corps sont-ils ramenés la nuit ? Pourquoi cela se passe-t-il sous escorte militaire ? Pourquoi la zone est-elle interdite durant les funérailles ? Et pourquoi l’électricité est-elle coupée ? ». L’oncle de Nafes était indigné et il se posait un tas de questions.

Les familles des Palestiniens tués n’avaient plus aucun doute sur les raisons des meurtres, mais le porte-parole de l’armée israélienne a affirmé que les allégations de vol d’organes sont des mensonges. Tous les Palestiniens tués sont systématiquement autopsiés, a-t-il dit. Bilal Achmed Ghanem est l’un des 133 Palestiniens tués de différentes façons cette année. Selon les statistiques palestiniennes, les causes de la mort ont été les suivantes: une balle reçue dans la rue, une explosion, des coups, des gaz lacrymogènes, un écrasement délibéré, une pendaison en prison, une balle reçue à l’école, mort à domicile, etc. Les 133 tués étaient âgés de quatre mois à 88 ans. Seuls la moitié d’entre eux, soit 69 victimes, ont subi une autopsie. L’autopsie habituelle de Palestiniens tués, dont parlait le porte-parole de l’armée, n’a aucune incidence sur la réalité dans les Territoires occupés. Les questions demeurent.

Nous savons qu’Israël a un grand besoin d’organes, qu’il existe un important commerce illicite d’organes qui dure depuis des années, que les autorités en sont conscientes, et que les médecins qui occupent des postes de direction dans les grands hôpitaux, y participent, de même que des responsables civils à des échelons divers. Et nous savons que de jeunes hommes palestiniens ont disparu, qu’ils ont été ramenés cinq jours plus tard, de nuit, en grand secret, et recousus après avoir été ouverts de l’abdomen jusqu’au menton.

Il est temps de faire la clarté sur ce commerce macabre, de mettre en lumière ce qui se passe et ce qui s’est produit dans les territoires occupés par Israël depuis que l’Intifada a commencé.

 

Donald Boström *

 

© Aftonbladet

 

* Donald Boström est un photojournaliste suédois, graphiste artistique et écrivain. Il contribue au journal du soir social-démocrate, Aftonbladet. Il a écrit cet article (initialement publié en suédois, le 17 août, dans Aftonbladet) pour PalestineChronicle.com.

 

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Notes du traducteur

[1] Malgré une recherche approfondie, je n’ai pu trouver trace de cette phrase dans les archives du JP.

 

[2] Yahya est tout sauf un nom ou un prénom israéliens. S’il n’est pas inventé, ce pourrait être un nom druze ; on sait, en effet, qu’il y a des Druzes dans les unités d’élite de Tsahal.

 

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Mis en ligne le 25 août 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org