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Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme

Histoire parallèle et antisémitisme, Moshe Sharon
23/08/2009

Bien qu’il date de 2005, cet article est toujours d’actualité. Il illustre une composante, mal connue des non-spécialistes, et, en tout état de cause, insuffisamment évoquée, de l’antisémitisme classique, dont nous voyons une résurgence virulente dans l’antisémitisme arabo-islamique. (Menahem Macina).

23/08/09

Texte paru dans Magazine Shalom, Vol. XLIV / Tichri 5766 / Automne 2005, pp. 1-4.

 


P
erversion de la propagande antisémite arabe. «Les Amants, Hitler et Sharon», caricature  parue dans la presse égyptienne en octobre 2003.

 

 

Le professeur Moshé Sharon: «Idéologiquement, l’antisémitisme islamique moderne est pire que celui des nazis.»


La haine du judaïsme et des Juifs est une création intellectuelle. Ses fonda­tions ont été jetées dans l’Antiquité par des historiens, des écrivains, des poètes, des philosophes et des artistes, bien avant que le christianisme y apporte sa di­mension théologique. Ce phénomène a eu depuis des répercussions considé­rables, qui ont accompagné les Juifs à travers toute leur histoire tourmentée.

Né dans l’Égypte de l’époque hellénistique, l’antisémitis­me intellectuel se distingue par deux caractéristiques complémentaires: d’une part, l’invention d’une histoi­re parallèle (ou contre-histoire) des Juifs et, d’autre part, la description des membres de ce peuple comme êtres humains inférieurs, répugnants, porteurs de maladies et ennemis de l’humanité et des dieux. L’histoire parallèle affirme que les témoignages his­toriques du peuple-cible sont faux, et elle présente sa propre version comme la seule véridique. Depuis sa création par les antisémites d’Égypte au IIIe siècle avant J.-C., cette pratique s’est poursuivie jusqu’à nos jours. Elle a connu plusieurs étapes importantes, comme les écrits de certains Pères de l’Eglise, les œuvres de plusieurs historiens et théologiens musul­mans du Moyen-Âge, l’article de Voltaire sur les Juifs dans Le Dictionnaire philosophique, Le Pro­tocole des sages de Sion, le Mein Kampf de Hitler. Aujourd’hui, l’histoire parallèle est largement répandue dans les manuels scolaires arabes, sur une foule de sites Internet et dans de nombreuses publi­cations niant la Shoah.

L’histoire parallèle trouve son illustration la plus ré­cente et la plus arrogante dans la négation de la Shoah, l’apogée en quelque sorte de l’antisémitisme des temps modernes. Les négationnistes connaissent la vérité, car la Shoah est un des événements les plus documentés de l’histoire. Cela ne les empêche pas d’absoudre les nazis, d’accuser les victimes et de présenter l’extermi­nation des six millions de Juifs comme une conspira­tion juive. Parmi ces «historiens», on trouve l’actuel président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Ab­bas (connu sous le nom de guerre de Abou Mazen). En 1982, il a obtenu son doctorat en philosophie de l’uni­versité Lumumba de Moscou, pour sa thèse intitulée « Les relations secrètes entre les nazis et le sionisme », dans laquelle on retrouve toutes les composantes caractérisant le négationnisme. Rappelons que, dans de nombreux pays occidentaux, il s’agit d’un délit dont les auteurs sont passibles de prison.

La première tentative connue d’une histoire parallè­le des Juifs a été rédigée à Alexandrie par le prêtre égyptien Manéthon ; son œuvre était destinée à four­nir aux lecteurs grecs une réponse au récit biblique de l’Exode, dans le but explicite de dénigrer les Juifs. D’après l’histoire parallèle de Manéthon, les Juifs formaient un groupe de quelque 80 000 lépreux qui s’étaient rebellés ; ils avaient conquis l’Égypte et gou­verné le pays pendant plus d’une dizaine d’années, y semant la mort et la terreur. Ils étaient menés par Osarseph, un prêtre originaire d’Héliopolis. Après treize ans d’exil, le roi d’Égypte était revenu dans son pays, il avait tué la plupart des rebelles et expul­sé les derniers d’entre eux, pourchassant les fugitifs jusqu’aux frontières de la Syrie. Le récit de Mané­thon était destiné à éliminer tout élément positif con­cernant les Juifs. Les Juifs décrivent Joseph comme un sage gouverneur qui a sauvé l’Égypte de la catas­trophe ; Manéthon réplique en en faisant un prêtre apostat d’Osiris (d’où le nom Osarseph) qui a ruiné le pays. Les Juifs se considèrent comme un peuple et Manéthon en fait un horrible ramassis de lépreux.

Les Juifs affirment que D.ieu les a sortis d’Égypte, Ma­néthon déclare qu’ils ont été expulsés.

Le rapport «historique» de Manéthon et les nom­breux récits horrifiques sur les Juifs propagés par ses copieurs et successeurs sont marqués d’un mélange de haine et de peur. Quelques siècles plus tard, les historiens musulmans classiques ont à leur tour créé leur propre histoire parallèle des Juifs. Contraire­ment à leurs prédécesseurs, leur version est le pro­duit d’une haine née d’un profond mépris plutôt que de la peur. Toutefois, à peine les musulmans se sont-ils familiarisés avec l’antisémitisme européen qu’ils adoptent la description occidentale du Juif comme incarnation du mal, le judaïsme devenant une reli­gion sanguinaire dont les adeptes complotent la domination du monde avec l’aide de Satan. Désor­mais, la haine des musulmans pour les Juifs compor­te deux éléments, la peur et le mépris.

Le serpent, symbole populaire de l’antisémitisme arabe, se retrouve fréquemment dans les caricatures anti-israéliennes. (Al-Hayat al-Jadidah, journal de l’Olp, 2003)


L’accusation de meurtre rituel, ce calomnieux men­songe propagé par l’Europe chrétienne, a aussitôt pris une place prépondérante dans la pensée et la pra­tique de l’antisémitisme islamique. L’affaire de Da­mas constitue le premier cas jugé par un régime isla­mique des temps modernes. En 1840, les Juifs de Damas sont accusés du meurtre rituel d’un moine capucin. Loin de se récrier devant cette fausse accu­sation, le consul de France à Damas, Ratti Menton, cautionne l’action juridique entamée. Soutenu par le gouvernement français, il se charge personnellement de diriger «l’enquête» avec le gouverneur musul­man. Toute la communauté juive est retenue en otage, ses dirigeants sont arrêtés et certains même torturés à mort, avant qu’un tollé général dans le monde mette un point final à l’affaire. Cependant, Ratti Menton n’a jamais été convaincu de l’innocence des Juifs. Accuser les Juifs de meurtre rituel devient un sujet populaire parmi les intellectuels musulmans et le thème principal de la propagande antisémite mu­sulmane. En fait, l’affaire de Damas n’a pas cessé de faire des remous. Jusqu’à ce jour, elle est invoquée comme preuve de la pratique du meurtre rituel dans la religion juive. Le ministre syrien de la Guerre, Moustapha Tlas, a écrit une thèse de doctorat sur le sujet et l’a publiée sous le titre Le Pain azyme de Sion. Dans cet ouvrage populaire, qui en était à son huitième tirage en 2002, il présente l’affaire de Da­mas avec force détails et s’en sert pour prouver l’exis­tence de cette pratique au sein du judaïsme, recou­rant également au témoignage de Ratti Menton. Le lectorat arabe se montre aujourd’hui grand ama­teur de littérature antisémite rédigée en arabe, ou traduite en d’autres langues. Parmi les traductions, Le Protocole des sages de Sion, une grossière et primiti­ve contrefaçon antisémite russe, et Mein Kampf, de Hitler, sont des best-sellers ; ces deux ouvrages figu­rent par ailleurs au programme d’étude des écoles militaires. L’infâme ouvrage du chanoine August Rohling, Der Talmudjude [le Juif talmudique], constitue la bible de l’historien mu­sulman moderne. Dénoncé comme menteur et ignare par des savants européens en 1885, Rohling a été contraint de renoncer à son poste universitaire. Mais les écrivains musulmans ne se laissent pas démonter par des détails triviaux de ce genre. Pour eux, Rohling, Le Protocole, Hitler, Tlas, Abou Mazen et leurs sem­blables, forment une authentique bibliothèque et ser­vent de référence pour toute étude sur les Juifs et le judaïsme. Les autres sources relèvent de la catégorie « conspiration juive (ou sioniste) ». Après avoir adopté comme vérité absolue la thèse du meurtre rituel juif, les écrivains musulmans ont donné libre cours à leur imagination. Si le cercle des victimes était limité aux chrétiens, ils l’élargissent désormais, incluant des enfants palestiniens et autres ; par ailleurs, le meurtre rituel est requis non seulement pour le pain azyme de la Pâque, mais également pour les gâteaux de Pourim

Sharon en diable, avec des cornes, symbole classique de l’antisémitisme, affublé d’une croix gammée, demandant à des Juifs au nez crochu

de construire des implantations afin qu’elles puissent être démolies devant les caméras. (Wafd, Égypte 2003).


L’établissement de l’État d’Israël et les défaites répétées des armées arabes intensifient, bien enten­du, la peur mythologique des Juifs parmi les musul­mans ; mais, pour sauver la face, il leur faut une expli­cation plausible immédiate. Elle leur est très com­modément fournie par Le Protocole et Mein Kampf, qui dévoilent la conspiration juive destinée à domi­ner le monde. L’information livrée par ces ouvrages a l’avantage de confirmer leurs peurs tout en expli­quant leurs échecs. Ils ne se sentent plus seuls, ils ap­partiennent à la vaste communauté des victimes glo­bales, exposés comme ces dernières à la menace pour l’humanité représentée par le judaïsme inter­national, l’ennemi de D.ieu.

Il n’y a pas beaucoup de variété dans la littérature antisémite musulmane, pas plus que dans son équi­valent européen. Les mêmes slogans sont repris dans des centaines d’ouvrages, les mêmes caricatures, ins­pirées directement du modèle nazi, dont on retrou­ve les dessins du Juif hideux, inhumain et vicieux. Contentons-nous ici de quelques exemples choisis au hasard dans cette vaste littérature.

Anis Mansour, écrivain égyptien et proche conseil­ler des présidents de ce pays, décrit la fourberie du Juif et fournit sans broncher des détails sur l’usage de sang humain dans la fabrication du pain azyme, tout en insinuant qu’il se fonde sur des sources jui­ves:

« Le célèbre historien juif, [Flavius] Josèphe, a été le pre­mier à révéler au monde que les Juifs avaient besoin de sang humain afin de fabriquer les matzot pour leurs fêtes. En général, les Juifs n’abattent pas la vic­time. Ils se contentent de percer le crâne, puis le cœur, et boivent le sang de la tête et du cœur en mê­me temps ; ensuite, ils se débarrassent du corps. »

Or les écrits de [Flavius] Josèphe ne contiennent rien de tel ; il a, au contraire, défendu le judaïsme contre l’antisémi­tisme grec. Mais Mansour sait que son audience ab­sorbe ses paroles et qu’elle ne se soucie guère de vé­rifier l’authenticité de ses sources.

«La haine des Juifs contre l’Humanité». Pamphlet d’une société de bienfaisance de l’Olp, Tul Karim 2003

Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, Hadj Amin al-Husseini, le mufti de Jérusalem, a collaboré avec les nazis, soutenu par d’autres dirigeants musul­mans ; il s’est rendu à Berlin pour offrir ses services à la machine de propagande du régime et préparer une force militaire destinée à participer à la solution finale prévue par les nazis pour les Juifs. Les antisémites musulmans procèdent à une inversion totale des faits.

Comparer les Juifs aux nazis est devenu chose courante dans l’histoire parallèle islamique, c’est le refrain le plus rebattu des débats télévisés, le thème-clé de la propagande anti-israélienne et le sujet le plus fréquent des grossières caricatures arabes. Dans le livre, Musulmans! Les Juifs arrivent, Mohamed Abd el-Aziz Mansour accuse les Juifs de ne pas être différents des nazis et leur attribue d’innommables atrocités: bébés massacrés, femmes enceintes poignardées, femmes non juives torturées et violées, etc.

En 1985, le roi Fahd d’Arabie saoudite a publié les observations suivantes au sujet d’Israël et des Juifs, dans l’hebdomadaire populaire al-Musawwar :

« Depuis les temps anciens, Israël a des intentions malveillantes. Son objectif est la destruction de toutes les autres religions. L’histoire a démontré que ce sont les Juifs qui ont déclenché les croisades à l’époque de Saladin, afin que la guerre affaiblisse à la fois les musulmans et les chrétiens. Ils considèrent les autres religions comme inférieures et les autres peuples comme d’un niveau moindre. Quant au sujet de la vengeance, il y a un jour de l’année où ils mélangent le sang de non-Juifs à leur pain et le consomment. Il y a deux ans, alors que je me trouvais en visite à Paris, la police a découvert cinq enfants assassinés. Leur sang avait été extrait et il s’est avéré que certains Juifs les avaient tués afin de prendre leur sang et de le mélanger au pain qu’ils mangeaient ce jour-là. Cela démontre l’étendue de leur haine et de leur animosité envers des peuples non juifs. »

Dans un autre passage, on découvre une discussion au sujet de la

« coutume juive consistant à tuer des enfants, qui date de l’époque où les magiciens juifs se servaient du sang d’enfants et où le sang d’enfants non juifs était utilisé pour le pain azyme (fatir) de la Pâque ».

Il affirme aussi que les Juifs « empoisonnent l’eau des puits et contrefont les monnaies », deux accusations communément répandues en Europe contre les Juifs, depuis le Moyen-Âge.

Identification du judaïsme et du nazisme. Caricature d’un Juif portant un uniforme nazi.


Dans son livre, Guerre sainte et victoire, le Dr Abd el-Halim Mahmoud, recteur de la célèbre université al-Azhar, écrit:

« Les Juifs ont mis au point un programme pour la destruction de l’humanité en corrompant la religion et la morale. Ils ont déjà entamé l’application du programme grâce à leur argent, leur contrôle des médias publics et leur propagande. Ils ont falsifié le savoir, violé les normes de la vérité littéraire et entrepris sans scrupules de démolir et d’anéantir l’humanité. »

Dans son livre, La Personnalité juive d’après le Coran, le Dr Salah ‘Abd al-Fattah al-Khalidi, conclut que

« les Juifs sont menteurs, corrompus, envieux, fourbes, frauduleux, stupides, abjects, veules et misérables ; ils brisent les accords et les traités et provoquent l’injustice dans le monde... ».

Qui oserait s’opposer à une telle érudition ?

La littérature antisémite médiévale chrétienne était loin d’être tendre, mais elle ne peut rivaliser avec la bassesse de son équivalent arabo-islamique et de l’histoire parallèle fondée sur ces écrits. L’énorme littérature antisémite arabe répond à une demande et à une nécessité. Elle décrit les Juifs comme une entité démoniaque, légitimant ainsi leur extermination.

Sur le plan idéologique, l’antisémitisme islamique moderne est pire encore que celui des nazis.

 

Moshe Sharon *

 

© Shalom Magazine

 

* Le professeur Moshé Sharon, est une autorité mondiale en langue et civilisation arabes et professeur d’histoire islamique à l’Université hébraïque de Jérusalem.

 

Mis en ligne le 23 août 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org