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Les Suédois brisent la loi du silence sur leur passé nazi, Anne-Françoise Hivert
27/08/2009

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la Suède, malgré sa neutralité, est allée plus loin que d’autres pays dans l’application des lois raciales. ("Libération"). Suite au scandale déclenché par l’article antisémite d’un journaliste suédois [*], de nombreuses allusions (majoritairement sans référence ni contexte sont faites, ces jours-ci, dans divers médias – et surtout sur des sites et des blogues -, à l’application, par les autorités suédoises, durant la Seconde Guerre mondiale, de certaines mesures raciales nazies. Comme souvent, en ces matières polémiques et peu documentées, il se dit à peu près tout et n’importe quoi, c’est pourquoi je crois utile de mettre en ligne l’article qui suit, bien qu’il remonte à 2006. S’il peut contribuer au sérieux du débat, je serai amplement payé du temps considérable que j’ai passé à rechercher ce document important. (Menahem Macina).

[*] Voir, entre autres : Donald Boström "« On vole nos fils pour prendre leurs organes »" ; "Israël hausse le ton contre la Suède" ; M. Macina, "L’«aftonbladette» comme Boström, recette pour criminaliser, à l’ancienne, les Israéliens".

27/08/09 


Article paru le 6 avril 2006, dans Libération.


La Suède n’en finit plus de fouiller son passé et le quotidien Dagens Nyheter de l’exposer. Après ses révélations sur l’achat d’or nazi, puis, sur la campagne de stérilisation forcée menée de 1935 à 1976 en Suède, le journal a publié, mardi, un témoignage relatant l’application des lois de Nuremberg par le royaume, durant la Deuxième Guerre mondiale. Agé aujourd’hui d’une soixantaine d’années, Mathias Rapps raconte l’histoire de ses parents, d’origine allemande, réfugiés en Suède en 1935. Sa mère était «aryenne», son père juif. Ils voulaient se marier. Mais les autorités suédoises s’y opposèrent et refusèrent même de reconnaître leur mariage, célébré plus tard au Royaume-Uni. Et ce, jusqu’à la capitulation de l’Allemagne nazie.

 

«Embarrassantes»

A l’époque, la Suède arguait qu’elle s’était engagée à respecter le droit marital des pays tiers, en signant la convention internationale de La Haye, en 1902. Or, la législation allemande était claire. Depuis 1935, la loi «pour la protection du sang et de l’honneur allemand» interdisait les mariages entre juifs et citoyens «de sang allemand ou assimilé». L’histoire du couple Rapps est loin d’être unique. Mais elle était méconnue, jusqu’à ce qu’un chercheur du centre de théologie et d’étude des religions, de l’Université de Lund, s’y intéresse. Ces cinq dernières années, Anders Jarlert a analysé l’application des lois raciales en Suède, de 1937 à 1947. Ses découvertes sont «surprenantes, embarrassantes et inquiétantes», selon le Conseil suédois de la recherche.

En 2001, le gouvernement a alloué 29 millions de couronnes (3,05 millions d’euros) à l’organisme pour qu’il finance divers projets d’étude, destinés à faire le point sur les relations de la Suède avec l’Allemagne nazie. Les premiers résultats de ces cinq années de recherche viennent d’être dévoilés. Le tableau dressé par l’historien Klas Amark, professeur à l’université de Stockholm et coordinateur du projet, est sombre. Selon lui, le travail réalisé par une dizaine de chercheurs illustre «le dilemme moral engendré par la politique de neutralité». Il précise : «La majorité des Suédois, ainsi que le gouvernement, ne désiraient rien d’autre que la paix. Ils étaient donc prêts à céder aux exigences de l’Allemagne nazie, si cela pouvait permettre d’éviter la guerre.»

La collaboration a pris diverses formes. Les travaux d’Anders Jarlert décrivent comment l’Eglise et le ministère des Affaires étrangères parvinrent à empêcher les «mariages mixtes», entre juifs et «aryens». Le chercheur constate que «la Suède est allée bien plus loin que d’autres pays dans l’application des lois raciales», en exigeant des citoyens suédois qui souhaitaient épouser un citoyen allemand, une déclaration sur l’honneur, stipulant qu’aucun de leurs grands parents n’était de «descendance juive».

Anders Jarlert a retrouvé 430 de ces déclarations. Or, «contrairement à ce qu’on pourrait croire, les Suédois ne semblent pas avoir protesté», observe-t-il. Et si plusieurs prêtres tentèrent de résister, le nombre des opposants «semble avoir été presque nul». Afin d’accommoder Berlin, la Suède a accepté, en outre, de renvoyer des déserteurs allemands qui avaient franchi ses frontières. Ils furent expulsés vers la Norvège, occupée alors par les troupes nazies, sur l’ordre du ministre des Affaires sociales et de son secrétaire d’Etat, tous deux sociaux-démocrates. Par ailleurs, les opposants au régime nazi réfugiés en Suède, étaient souvent réduits au silence, et parfois internés dans des camps. La presse refusait de publier certaines informations qui pouvaient fâcher Berlin. Et certains patrons acceptèrent même de licencier leurs employés de confession juive, à la demande de l’Allemagne.


Archives

Pendant longtemps, la Suède a refusé d’évoquer cette sombre page de son histoire. «Nous avions honte d’avoir cédé autant aux exigences de l’Allemagne», affirme Klas Amark. L’historien compare le comportement des Suédois à celui du hérisson «qui se referme sur lui-même, sort ses piquants et ferme les yeux sur ce qui se passe autour de lui». Après la guerre, «nous avons opté pour la loi du silence», remarque Anders Jarlert. En 2000, à l’occasion de la conférence internationale sur le génocide organisée à Stockholm, le Premier ministre, Göran Persson, a promis d’ouvrir les archives du royaume datant de cette époque. Il a d’ailleurs encouragé les pays occidentaux à faire de même. Pourtant, cinq ans plus tard, les historiens suédois attendent toujours.

 

Anne-Françoise Hivert

 

© Libération

 

Mis en ligne le 27 août 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org