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Israël (Société - mentalités)
Israël (histoire moderne d')

Histoire : La famille Rothschild et la Terre Sainte (2ème partie), C. Pilverdier
11/09/2009

11/09/09

Texte repris du site "Un écho d’Israël", 5 septembre 2009. 

Voir Première partie de ce dossier

Un jeune baron grandit à Paris

Le 19 août 1845, Batia, la femme de James de Rothschild, met au monde leur troisième fils : Benjamin Edmond. Juive très pratiquante, elle éduque ses enfants qui grandissent dans un château rempli d’œuvres d’art. Il est le lieu de rencontre pour les artistes et gens de lettres, ainsi que les membres de l’académie d’Art de Paris. De son maître Albert Cohen, il apprend le judaïsme et hérite de son amour pour l’histoire et la tradition d’Israël. Il épouse Adélaïde sa cousine, fille de Karl Wilhem de Francfort. Très proche du grand rabbin de Paris, Tsadok Hacohen, qui aura sur lui une grande influence pour ses actions envers le peuple et la Terre d’Israël.

Le jeune baron face aux problèmes juifs

En Russie qui à cette époque comprend la Pologne, la Lituanie et d’autres régions d’Europe de l’Est, avec à sa tête le Tsar tout puissant, vivent la majorité des Juifs. Dans le monde d’alors, on en compte environ 7 millions et demi, dont 4 millions et demi sont des sujets du Tsar, qui les déteste. Parqués dans certaines régions, pauvres, leur seule richesse est leur propre culture. Le peuple russe qui souffre aussi de l’autorité du souverain, voit naître des mouvements révolutionnaires en son sein, aspirant à la liberté existant en Occident. Parmi ceux-ci, de jeunes Juifs créent le mouvement des « Amants de Sion ».

En 1881 le Tsar Alexandre II est assassiné. Suite à cet attentat, les Juifs deviennent le bouc émissaire des foules, encouragées par le souverain lui-même pour détourner la colère du peuple, écrasé par son gouvernement. Il ajoute d’autres limitations à la vie des juifs. Un grand nombre de réfugiés juifs, dépouillés de tout, cherchent à émigrer vers l’Ouest.

Très rapidement les chefs des communautés juives de l’Europe occidentale s’organisent pour faire émigrer leurs frères en Amérique. Le comité français d’aide aux Juifs divulgue un écrit contre l’antisémitisme du Tsar et de son gouvernement, signé par le baron Benjamin Edmond de Rothschild. Il voyage à Bakou, ville pétrolière au sud de la Russie dont les installations appartiennent à sa famille. De bouche à oreille la nouvelle se répand dans les villages et une foule se rassemble le long de la voie de chemin de fer pour voir le baron « au bon cœur » qui s’émeut de voir tous ses frères misérables qui ont besoin d’aide.


Edmond de Rothschild en Terre Sainte

En 1882, des pionniers parmi les "Amants de Sion" disent qu’il faut trouver une solution définitive en Terre d’Israël. Certains y émigrent et fondent ou renforcent des villages comme Petah Tikva et Rosh Pina, nés 5 ans plus tôt avec des Juifs de Jérusalem et de Safed, mais qui n’avaient pas réussi. Sont créés également Rishon LeTsion et Zamarim, appelé plus tard Zikhron Yaacov, du nom du père du baron Benjamin Edmond. Ces jeunes se voient pionniers, mais ils sont sans expérience en agriculture et sans connaissance du pays. Les maladies, les attaques des Arabes et la malveillance de l’autorité turque font que les villages périclitent. Les puits manquent et l’aide des "Amants de Sion" de Russie se tarie. Le secours viendra du baron Benjamin Edmond de Rothschild.

Le rabbin Samuel Mohaliver des "Amants de Sion" fait un tour d’Europe pour ramasser des fonds, mais il quitte l’Allemagne déçu et arrive à Paris où il s’adresse au grand rabbin Tsadok Hacohen qui lui organise une entrevue avec le baron. Mohaliver ne vient pas en mendiant comme de nombreux autres Juifs, mais il veut toucher le cœur du baron pour cette idée cruciale de la Terre d’Israël. Après un long entretien, le baron décide de pourvoir à l’immigration et à l’implantation de dix familles de cultivateurs russes à condition qu’ils apprennent un certain temps à l’école d’agriculture de Mikwe Israël. Il leur procure la terre suffisante pour les faire vivre, l’aide pour la construction de leurs maisons et l’achat du matériel agricole. Si le projet réussit, on continuera son développement.

"Le Bienfaiteur connu"

C’était le début de "Mazkeret Batia" du nom de la mère du baron. Quinze jours plus tard, Joseph Finberg vient comme envoyé de Rishon Le Tsion pour demander de l’aide, avec une lettre de recommandation de Karl Netter, fondateur et directeur de Mikwe Israël. Après s’être informé auprès de Finberg des possibilités pour faire de l’agriculture, il promet son aide en y mettant des conditions :

- que les membres du village soient d’accord pour accueillir 10-15 familles supplémentaires.
- que le directeur de Mikwe Israël gère l’argent.
- qu’ils ne demandent pas d’aide à d’autres personnes.
- qu’on ne dévoile pas trop son nom.
Cette dernière condition lui valut le surnom de "Bienfaiteur connu".

Un après, Zalman David Levantin, un des fondateurs de Rishon Le Tsion, visite le baron et celui-ci lui explique ce qui le motive : "Je ne suis pas philanthrope, il y a beaucoup de Juifs misérables en Russie et en Roumanie et nous ne pouvons pas ne pas les aider. Je suis entré dans cette affaire pour voir si l’on peut implanter des Juifs en Terre d’Israël".

Le baron tient sa promesse et envoie une délégation d’experts agricoles à Rishon LeTsion avec à sa tête un agronome français pour étudier les problèmes. Les résultats sont positifs. Ils racontent au baron qu’une belle vigne se promène entre les bâtiments, et qu’elle pousse naturellement, bon présage pour planter des vignobles aussi bons qu’en France, et qu’on peut former des vignerons. Le baron enthousiasmé s’écrie : "Amen", voyant la réalisation du prophète : "Et on construira des maisons et on plantera des vignes, dans la terre promise".

Le baron décide d’adopter Rishon LeTsion et de pourvoir à tous ses besoins. Il nomme Samuel Hirsh et l’agronome français comme directeurs du village. Tout d’abord : on plante des vignes (sur le compte du baron), on paie les ouvriers (sur le compte du baron), on creuse des puits, on construit les premières maisons (sur le compte du baron). S’ajoutent aux membres des villages des gens du mouvement "Bilou", organisation de jeunes juifs fondée en Russie à la suite de pogromes qui appelait à un réveil national du peuple juif en terre d’Israël.

 
Mazkeret Batia

Pour la joie du baron et des habitants, les vignes donnent leurs fruits. Le baron achète d’autres terres à l’ouest de Rishon où il installe de nouvelles familles et fait planter de nouvelles vignes. En 1883 il fait venir des familles juives de Lituanie pour fonder le village d’Ekron qui deviendra Mazkeret Batia, du nom de sa mère. En même temps, deux villages créés peu auparavant sont en mauvais état, alors il les soutient : Rosh Pina et Zikhron Yaacov du nom de son père. Puis il aide Petah Tikva et Guedéra fondés par les Amants de Sion aux moyens faibles. Partout il fait planter des vignes. Il crée la société Carmel qui deviendra Carmel Mizrahi et il fait construire une usine de fabrication de bouteilles à Tantura sur la côte. Il veut que les cultivateurs puissent vivre de leurs produits. Pour cela, il fait venir de France des volailles et des œufs fécondés, ainsi que de bonnes chèvres laitières. Le baron visite dans le monde entier les expositions agricoles pour commencer des recherches sur l’agriculture. A Rosh Pina il lance un essai de tissage de la soie et une distillerie pour les parfums. Les échecs ne le ralentissent pas dans son élan de construction du pays. Il achète de nombreuses terres pour créer de nouveaux villages et agrandir ceux qui existent.

Le baron se soucie de la santé des agriculteurs. Les régions marécageuses et le manque d’hygiène favorisent le développement de la malaria. Il crée des dispensaires et des pharmacies pour les fermiers et leurs familles. Les médecins vont à cheval de village en village, malgré les dangers.
Il crée également des écoles, désirant que l’enseignement soit en hébreu. Il fait construire des synagogues, des bains rituels, et veille à ce qu’il y ait un rabbin et un boucher rituel pour l’abattage des bêtes selon les règles de la loi juive.

Pour surveiller la bonne marche de tout cela, il institue des nouveaux "gardiens" car les précédents voyaient en ces fermiers de pauvres bougres et les menaient d’une main dure. Mais plus tard, les fermiers soutenus par le baron, perdent de leur indépendance, et certains se révoltent.

Les 18 premières années, de 1882 à 1900, sont les années de fondation, de l’implantation de Juifs en Terre d’Israël, où le baron verse plus de 40 millions de francs, quand les "Amants de Sion n’en versent que 2 millions.

Le Baron passe la main

A cette même époque, un autre baron juif de Paris se manifeste, Maurice Hirsh, connu comme l’une des personnes les plus riches d’Europe. Il aide à l’immigration des Juifs russes en Amérique et surtout en Argentine. En 1896 il meurt et lègue sa fortune à la société Ika. Le baron de Rothschild désire qu’elle serve au développement de la Terre d’Israël. Au début de 1900 il fait un accord avec cette compagnie et lui remet la direction du développement en Palestine. Dans le cadre de celle-ci, le début du conseil palestinien a été créé, et 15 millions de francs d’or lui ont été remis pour que la Société continue son œuvre. La secrétairerie du baron se termine, Ika prend la relève. Les fermiers ne "dépendent plus du donateur" et doivent se prendre en main.

Ika développe les installations alors que le baron tient encore les rennes, et ceci jusqu’en 1923, où il fonde la société Pika pour remplacer Ika qui continuera son action à travers le monde. A la tête de cette compagnie il nomme son fils James.

L’action du baron Hirsh en Amérique et en Argentine échoue alors qu’en Terre d’Israël elle réussit. David Ben Gourion, le premier chef du gouvernement d’Israël, déclarera plus tard : "L’action du baron Hirsh ne venait pas du cœur ni de la volonté historique du peuple juif, alors que celle du baron de Rothschild buvait à la source du dessein messianique du peuple hébreu, du salut par l’antique nation".

Cécile Pilverdier

© Un écho d’Israël

 

Mis en ligne le 11 septembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org