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Christianisme

Les Evangéliques: une appréciation, Isi Leibler
03/09/2009

Quand les Premiers ministres israéliens, à la suite d’Ariel Sharon, reçoivent chaleureusement des dirigeants religieux chrétiens favorables à Israël et s’adressent aux membres de leurs différents groupes venus en Israël témoigner de leur soutien, on crie à l’instrumentalisation politique, voire au cynisme pragmatique (les Evangéliques témoignent d’une grande générosité financière!). Mais voici qu’un Juif religieux, qui est aussi un fervent sioniste et une personnalité intellectuelle de premier plan, n’hésite pas à saluer, comme ils le méritent, ces chrétiens non seulement pro-Juifs, mais pro-Israéliens et pro-sionistes. Il se peut que cet éloge fasse froncer les sourcils aux ultras des deux bords (juifs et chrétiens), tant pis, ou tant mieux. En tout état de cause, il réparera quelque peu les méchantes calomnies dont sont victimes ces gens méritants. Certains d’entre eux, il est vrai, font preuve d’une exaltation gênante, d’autres ne peuvent cacher leur désir secret d’une adhésion du peuple juif à la foi au Christ, mais sachons passer outre. Comme Isi Leibler, rendons-leur justice de ce qu’ils font de bien à notre peuple, et surtout, ne mordons pas la main qui nous bénit. (Menahem Macina).

02/09/09

Un point de vue juif sur les Chrétiens Évangéliques

 par ISI LEIBLER - The Jerusalem Post, 17 août 2009
Traduit et adapté par Danielle Elinor Guez
 
Un important dirigeCFIant de la Communauté juive américaine m’a dit récemment que la «standing ovation» passionnée qu’il a reçue après s’être adressé à 4.000 participants du congrès des «Chrétiens Unis pour Israël» du Pasteur John Hagee [1] à Washington, lui rappelait les rassemblements sionistes fervents auxquels il avait assisté quand il était jeune. Ce rassemblement de Chrétiens évangéliques de deux jours avait pour objectifs d’exprimer son soutien à Israël, de recevoir les dernières informations sur les défis auxquels est confronté l’Etat juif et de faire pression sur les membres du Congrès pour qu’ils soutiennent Israël. Les participants ont pu écouter les discours retransmis par satellite du Premier Ministre Binyamin Nétanyahou, du Sénateur Joe Lieberman, de l’Ambassadeur d’Israël Michael Oren, de Malcolm Hoenlein de la Conférence des Présidents et d’autres encore. Au moment où l’opinion publique mondiale juge Israël à travers le miroir déformant des diffamations arabes et antisémites, des millions d’Évangéliques sont devenus nos plus dévoués partisans.
 
L’évolution de cette relation est extraordinaire et défie toute logique. C’est seulement au cours des trois dernières décennies que le soutien à Israël a pris une telle ampleur parmi ce courant chrétien, qui est en plein développement tandis que les autres Églises accusent un dramatique déclin.
 
Jusqu’à récemment, la plupart des Juifs considéraient les Chrétiens évangéliques comme des zélotes obsédés par le désir de faire du prosélytisme. Ils pensaient aussi que leurs sentiments philosémites n’étaient pas sincères car basés sur une eschatologie qui prédit que la seconde venue du Messie n’adviendra que lorsque le Peuple juif sera retourné en Israël, provoquant la fin des temps.
 
En outre, la Communauté juive américaine à prédominance libérale, obsédée par la séparation de l’Église et de l’État, par les droits des homosexuels et par le droit à l’avortement, considèrent les Évangéliques comme de dangereux extrémistes d’extrême droite et jusqu’à récemment, se plaignait de se sentir très embarrassée quand des hommes politiques comme Netanyahu, faisaient des discours lors de leurs rassemblements.
 
Pourtant malgré cette hostilité, les Évangéliques ont accru leur soutien à Israël à tel point que c’est aujourd’hui une caractéristique fondamentale de leur vision du monde. Comme si la Providence divine était intervenue, le changement s’est opéré précisément quand les libéraux, les défenseurs traditionnels des juifs, se sont engouffrés dans le postmodernisme et ont commencé à s’opposer à Israël, qui n’apparaissait plus comme une victime. Hélas, aujourd’hui, de nombreux libéraux sont engagés dans des campagnes de démonisation et de délégitimation de l’État juif.
 
Le soutien des Évangéliques à Israël n’a aucune commune mesure avec celui des autres Confessions chrétiennes. Beaucoup d’Églises protestantes ont en effet transformé leur antipathie envers Israël, en haine. L’Église catholique a fait d’énormes progrès en condamnant l’antisémitisme, mais à cause d’une combinaison de realpolitik et de la réticence à avaler cette amère pilule théologique, à savoir la reconnaissance d’un État juif, elle est encore loin d’être équitable dans son rapport au conflit israélo-arabe.
 
En vérité les Évangéliques ne représentent pas plus que les Juifs un courant monolithique. Ils incluent des groupes marginaux fanatiques, croyant à la fin apocalyptique du Peuple juif, des missionnaires et même des antisémites. Mais la vaste majorité des Évangéliques sont des personnes craignant Dieu qui prient pour le bien d’Israël et ont en commun un amour inconditionnel pour les Juifs, en qui ils voient le peuple choisi par Dieu.
 
La raison principale du soutien évangélique, c’est que, contrairement aux autres groupes chrétiens, ils rejettent la théologie de la substitution, qui enseigne que Dieu a abandonné les Juifs parce qu’ils ont rejeté Jésus. Ils respectent le judaïsme comme étant à l’origine du christianisme et croient que les Juifs resteront toujours le peuple choisi par D.ieu. Ils croient que la revendication juive sur la terre d’Israël repose sur la promesse biblique de D.ieu. Cela peut embarrasser les Juifs laïcs, mais, pour les Juifs traditionnels, c’est bien l’origine de leur relation avec la Terre Sainte.
 
Les Évangéliques croient également que lorsque Di.eu a dit à Abraham que ceux qui bénissent « les enfants d’Israël » seront à leur tour bénis (Genèse 12, 3) cela signifie que D.ieu bénira les Chrétiens qui aiment le Peuple juif et soutiennent l’État d’Israël. Ils croient également que le rassemblement des Juifs précédera le retour du Messie, et citent Isaïe 60, 14 : « Les enfants de vos oppresseurs viendront s’incliner devant vous » comme la prophétie annonçant que les Justes parmi les Gentils participeront à ce processus.balfour
 
Ces sentiments ont nourri les Sionistes chrétiens du début du XIXe siècle et ultérieurement des gens motivés comme Lord Balfour [2], auteur de la déclaration Balfour; Orde Wingate, qui aida à créer la Haganah; le Révérend John Stanley Grauel, le héros qui était à bord de l’Exodus et a divulgué ce qui s’était passé, dans un rapport de première main, lequel a eu un impact crucial sur la Commission Spéciale de l’ONU sur la Palestine; des écrivains, comme Pierre van Paassen, qui aidèrent à promouvoir la cause sioniste; et bien d’autres.
 
Le soutien évangélique à l’État juif se manifeste aujourd’hui principalement par la défense d’Israël. Toutefois, ils précisent qu’ils n’exerceront jamais publiquement « de pression, ni ne s’opposeront aux politiques adoptées par le Gouvernement d’Israël démocratiquement élu ». Le poids politique des Évangéliques dans l’Administration Démocrate est considérablement plus faible qu’il ne l’était dans la précédente administration, durant la présidence de George W. Bush. Néanmoins, avec plus de 60 millions d’adhérents, ils continuent à représenter une des forces politiques les plus puissantes aux États-Unis. Ils ont récemment formé l’équivalent chrétien de l’AIPAC pour faire pression sur les membres du congrès et empêcher l’approbation d’une législation hostile à Israël.
 
Beaucoup de simples fidèles des Églises évangéliques font des dons généreux, en faveur de projets conçus pour renforcer Israël. Par exemple, « l’Amitié Internationale entre Chrétiens et Juifs » fondée par le rabbin Yechiel Eckstein, représente aujourd’hui le principal donateur de l’Agence Juive et figurait parmi les premiers contributeurs du projet Nefesh B’Nefesh [Vie pour Vie].

Les 50 représentants de l’Ambassade Chrétienne Internationale de Jérusalem (ICEJ), qui a des filiales dans 80 pays, sont le fer de lance de la noble présence des Chrétiens sionistes en Terre promise. Ils publient et diffusent des informations sur Israël dans le monde entier. Grâce aux contributions généreuses de leurs membres, ils financent des programmes sociaux importants, notamment une assistance pour aider à l’intégration des nouveaux immigrants et un soutien aux anciens résidents du Goush Katif. Ils concourent de manière active à promouvoir des missions en Israël et accueillent de grands groupes de pèlerins. Ils représentent désormais une des sources les plus dynamiques du tourisme israélien.
 
Bien que la plupart des Israéliens et des Juifs apprécient désormais la valeur considérable du soutien évangélique, quelques Juifs libéraux continuent à critiquer cette relation, et les Juifs orthodoxes mal informés persistent dans leurs perceptions erronées qui voient des missionnaires dans tous les Évangéliques. Bien évidemment notre théologie diffère de celle des Évangéliques, mais une alliance basée sur des objectifs spécifiques n’oblige pas les deux parties à adopter les mêmes positions sur des questions plus larges.
 
Sur les questions concernant Israël, une coopération pragmatique n’est pas une question de credo, mais de bon sens politique. De plus, le soutien des Évangéliques n’est pas conditionné par une quelconque contrepartie. Il est extrêmement inconvenant que nous restions passifs face à des Juifs très mal informés qui se comportent d’une manière aussi grossière à l’égard de nos plus grands partisans.
 
En ce qui me concerne, je suis fier d’être associé aux Évangéliques pour divers projets destinés à promouvoir Israël. J’aime aussi pouvoir discuter de questions politiques avec des gens qui reconnaissent encore l’existence du bien et du mal, au lieu de discuter, de manière abêtissante, avec des libéraux à l’esprit confus, de leurs badgesujets de prédilection, que sont le postmodernisme ou l’équivalence morale.
 
L’alliance avec les Évangéliques représente une des rares lumières éclatantes dans un environnement politique lugubre. En effet s’il y avait plus d’Évangéliques dans l’Europe protestante et catholique, l’hostilité envers Israël, qui prédomine dans cette région, pourrait diminuer considérablement.
 
En tant que juif pratiquant, j’apprécie leur soutien et j’espère que cette amitié sera pour eux une source de bénédictions.
 
Note1 [1] Voir le site Christians United for Israel.
Note2 [2] Photo : Lord Balfour à Tel-Aviv.
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Version originale :


Evangelicals: An appreciation

The Jerusalem Post, 17/08/09

A prominent American Jewish leader recently told me that the passionate standing ovation he received after addressing 4,000 participants at John Hagee’s Christians United for Israel rally in Washington was reminiscent of the fervent Zionist gatherings he attended as a youngster. The two-day Evangelical Christian parley was designed to express support for Israel, receive updates on the current challenges facing the Jewish state and lobby congressmen in support of Israel. They heard addresses from Prime Minister Binyamin Netanyahu via satellite, Sen. Joe Lieberman, Ambassador Michael Oren, Malcolm Hoenlein of the Presidents’ Conference and others.
At a time when much of global public opinion views
Israel through the distorted lenses of Arab and anti- Semitic defamation, millions of Evangelicals have emerged as our most devoted supporters.

The evolution of this relationship is extraordinary and defies logic. It is only over the past three decades that support for Israel assumed such a high priority among this Christian denomination, which is rapidly expanding at a time when other churches are in dramatic decline.

Until recently, most Jews regarded Evangelicals as zealots obsessed with a desire to convert everyone. They also believed that their philo-Semitism was not "genuine" because it was based on an eschatology which predicted that the second coming of the messiah would only come after the Jewish people had returned to Israel and brought about the end of days.

In addition, the strongly liberal American Jewish community, obsessed with separation of church and state, gay rights and abortion, regarded Evangelicals as dangerous right-wing extremists and until recently were complaining that politicians like Netanyahu, who addressed their gatherings, embarrassed them.

YET DESPITE this hostility, the Evangelicals continued to upgrade support for Israel, to the point where it is now a central feature of their world outlook.
As though divine providence had intervened, the change took place precisely when liberals, the traditional supporters of the Jews, embraced postmodernism and began turning against
Israel, which was no longer an underdog. Alas, today, many liberals engage in campaigns demonizing and delegitimizing the Jewish state.
Evangelical support for
Israel is not matched by other Christian denominations. Many Protestant churches have in fact transformed their antipathy toward Israel into hatred. The Catholic Church made enormous progress identifying the evil of anti-Semitism, but due to a combination of realpolitik and an unwillingness to swallow the bitter theological pill of recognizing Jewish statehood, it is still far from evenhanded in relation to the Arab-Israel conflict.

The truth is that Evangelicals are no more monolithic than Jews. They do include fringe groups who are fanatics, believers in the apocalyptic end of the Jewish people, missionaries and even anti-Semites. But the vast majority are God-fearing people who pray for the welfare of Israel and share an unconditional love for Jews as God’s chosen people.

The principal reason for Evangelical support is that unlike other Christian groups, they reject replacement theology, which teaches that God forsook the Jews for having rejected Jesus. They respect Judaism as the foundation of Christianity and believe that the Jews will always remain God’s chosen people. They believe that the Jewish claim to Israel is based on the biblical promise from God. That may embarrass secular Jews, but for traditional Jews it remains the core of their relationship with the Holy Land.
Evangelicals also believe that when God told Abraham that those who bless the "Children of Israel" will also be blessed (Genesis 12:3) this meant that God would bless Christians who love the Jewish people and support the State of Israel. They also believe that the ingathering of the Jews will precede the return of the messiah, and quote Isaiah 60:14 saying: "The sons of your oppressors will come bowing before you" as a prophecy that righteous gentiles can partake in this process.

These feelings nurtured the early 19th century Christian Zionists and subsequently motivated people like Lord Balfour, who authored the Balfour Declaration; Orde Wingate, who helped create the Hagana; Rev John Stanley Grauel, the hero on board the Exodus, who disclosed what happened in a firsthand report which had a crucial impact on the UN Special Committee on Palestine; writers like Pierre van Paassen, who promoted the Zionist cause; and many others.

EVANGELICALS’ SUPPORT for the Jewish state today manifests itself primarily by advocacy for Israel. However, they insist that they will never publicly "pressure or oppose policies adopted by Israel’s democratically elected government."
Evangelical political clout with the Democratic administration is considerably weaker than it was under president George W. Bush. Nevertheless, with more than 60 million adherents, they still represent one of the most powerful political forces in the
United States. They recently formed a Christian counterpart to AIPAC to lobby congressmen and canvass against legislation hostile to Israel.

Many rank-and-file church-goers donate generously to projects designed to strengthen Israel. For example, the International Fellowship of Christians and Jews initiated by Rabbi Yechiel Eckstein today represents the largest single donor to the Jewish Agency and was among those who contributed seed money to launch Nefesh B’Nefesh.

The 50 dedicated representatives of the International Christian Embassy Jerusalem, which has branches in 80 nations, spearhead the noble Christian Zionist presence in the Holy Land. They publish and broadcast information about Israel to the world. From generous contributions from members, they fund substantial social programs including assistance to integrate immigrants and support for former Gush Katif residents. They actively promote missions to Israel and host major pilgrim tours. They now represent one of the most dynamic sources of Israeli tourism.

Although most Israelis and Jews now appreciate the enormous value of Evangelical support, some liberal Jews continue to criticize the relationship, and ill-informed Orthodox Jews persist in mistakenly perceiving all Evangelicals as missionaries. It is axiomatic that we differ with Evangelicals over theology. But an alliance based on specific goals does not oblige both parties to adopt each other’s approach on broader issues.
On Israel-related issues, a pragmatic cooperation is not a matter of creed but of political common sense. Besides, Evangelical support has never been conditional on a quid pro quo. It is thus surely unbecoming for us to remain passive while misguided Jews behave in a churlish manner to our greatest supporters.

On a personal level, I am proud to be associated with Evangelicals on various projects to promote Israel. I also enjoy being able to discuss political issues with people who still recognize the existence of good and evil instead of dealing with mind-numbing postmodernism and the moral equivalency that one continuously encounters with confused liberals.

The alliance with the Evangelicals represents one of the few bright lights in an otherwise dismal political environment. Indeed, were there more Evangelicals in Protestant/Catholic Europe, the prevailing hostility against Israel in that region might yet be substantially modified.

As an observant Jew, I appreciate their support and hope that they will be blessed for their friendship.


Isi Leibler

 

© Jerusalem Post