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Obama pousse Israël à la guerre, Bret Stephens
16/09/2009

« Le président Obama ne peut sous-traiter des questions de guerre et de paix à un autre Etat. » (WSJ).

16/09/09

Wall Street Journal Online, 15 septembre 2009

Texte original anglais : "Obama Is Pushing Israel Toward War"

 

Traduction française : Patric Choffrut, pour Objectif-info

 

Les événements sont en train de précipiter Israël vers une frappe préventive contre les installations nucléaires iraniennes. Elle aura probablement lieu au printemps prochain. Il est possible que cette frappe échoue. Ou bien qu’elle réussisse au prix d’un baril de brut à 300 dollars, une guerre au Moyen-Orient, et des soldats américains pris entre deux feux. Pourquoi alors le gouvernement Obama fait-il tout son possible pour accélérer le processus de guerre ?

Lors du dernier G-8 en Italie, il avait été décidé que l’Iran aurait jusqu’au 1er octobre pour commencer des négociations sur ses programmes nucléaires. L’Iran a donné sa réponse la semaine dernière : c’est non.

Par contre, ce que Téhéran nous a offert, c’est un document de cinq pages en guise de pied de nez diplomatique. Il commence en regrettant « les manières de penser impies qui prévalent dans les relations internationales », et poursuit on suggérant des discussions approfondies sur une variété de sujets : la démocratie, les droits de l’homme, le désarmement, le terrorisme, le « respect du droit des nations » et d’autres domaines dans lesquels brille l’Iran. Y manque seulement la moindre mention du programme nucléaire de l’Iran, qui se trouve maintenant au point de bascule – et là-dessus, insistent Mahmoud Ahmadinejad et son chef Ali Khamenei, il n’y a rien à discuter.

Que doit donc faire le président des Etats-Unis face à ce document qui voue la négociation à l’échec ? Eh bien, prétendre qu’il n’en n’est rien. Les discussions commenceront donc le 1er octobre.

Cette position permet de persuader les dirigeants israéliens – qui sont loin d’être rassurés – que lorsque le Président Obama déclare qu’un Iran possédant l’arme nucléaire est « intolérable », c’est à peu près aussi sérieux qu’une remontrance salée à un adolescent difficile. Cette impression se trouve renforcée par sa décision de retirer l’Iran de l’ordre du jour de la réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU, qu’il dirigera le 24 septembre ; ou par l’opposition publique du ministre de la Défense, Robert Gates, à des frappes militaires sur les installations nucléaires de l’Iran ; ou par l’annonce de la Russie qu’elle ne soutiendra pas d’autres sanctions contre l’Iran.

Bref, les Israéliens en concluent que le gouvernement Obama ne lèvera pas le petit doigt pour arrêter l’Iran, et qu’il en sera de même en ce qui concerne la « communauté internationale ». C’est la raison pour laquelle Israël poursuit une stratégie totalement différente, qui cherche, en fait, à pousser les Etats-Unis à empêcher, ou au moins à retarder une attaque israélienne, en imposant de sévères sanctions à l’Iran, voire en lançant des frappes militaires de sa propre initiative.

Ainsi, contrairement aux frappes aériennes contre le réacteur irakien en 1981, ou contre le réacteur syrien en 2007 – actions qui avaient été planifiées dans le secret le plus absolu, les Israéliens ont fait tout leur possible pour faire connaître leurs craintes, leurs désirs, et leurs capacités militaires. Ils ont fait traverser le Canal de Suez par des bâtiments militaires, au yeux du monde entier, ils ont procédé à des exercices de combat aérien à longue portée, qu’ils ont largement contribué à faire connaître. Contrairement à leur habitude, ils se sont montrés très diserts dans leurs rencontres avec la presse, ne manquant pas une occasion d’exprimer leur confiance sur la capacité de leur pays à faire le travail.

Or, le problème est que le gouvernement Obama ne mord pas à l’hameçon, et l’on peut se demander pourquoi. Peut-être pense-t-il que sa diplomatie réussira, ou qu’il a tout le temps, ou qu’il peut convaincre les Israéliens de ne pas attaquer l’Iran. Ou bien, il désire qu’Israël attaque l’Iran sans donner l’impression qu’il est d’accord avec eux. Ou encore, il ne se soucie pas vraiment du problème

Mais Israël, lui, est très préoccupé. Et à force de retarder le moment où il faudra que les Etats-Unis montrent les dents, les Israéliens seraient bien capables de sentir qu’ils doivent procéder à ces frappes. Un rapport publié aujourd’hui par le Bipartisan Policy Center (un groupe de réflexion réunissant Républicains et Démocrates), et signé par le démocrate, Chuck Robb, le républicain, Dan Coats, et le général (à la retraite) Charles Ward, fait remarquer qu’avant l’année prochaine, l’Iran sera « capable de produire suffisamment d’uranium enrichi pour fabriquer une bombe… en moins de deux mois ». Autre point critique qui va déterminer le calendrier israélien : la livraison, attendue, à l’Iran de batteries anti-aériennes russes S-300. Il est alors pratiquement certain qu’Israël devra frapper avant qu’elles soient livrées, peu importe qu’une bombe iranienne puisse être fabriquée dans les deux mois ou les deux ans.

Une telle attaque pourrait bien être du plus grand intérêt pour Israël est, quoique cela dépende totalement de la réussite ou de cette frappe. En tout cas, il est de l’intérêt supérieur de l’Amérique que l’Iran n’accède pas à une véritable capacité nucléaire, quel que soit son niveau de sophistication. Cela vaut aussi pour le Moyen-Orient, qui n’a certes pas besoin d’une course aux armements nucléaires, que déclencherait inévitablement la possession de la bombe par l’Iran.

Et là encore, il n’est pas de l’intérêt des Etats-Unis qu’Israël soit l’instrument du désarmement de l’Iran. Tout d’abord, sa capacité d’y parvenir est incertaine. Les stratèges israéliens ne se gênent pas pour nous rappeler qu’il faudra sans doute procéder à d’autres frappes dans quelques années si l’Iran reconstruit ses installations. Par ailleurs, l’Iran pourrait répondre à une frappe israélienne non seulement par une frappe contre Israël, mais aussi en prenant pour cible des objectifs américains en Irak et dans le Golfe Persique.

Mais le plus grave, c’est que la sous-traitance de la guerre et de la paix fût-ce à un allié, constituerait, pour une superpuissance, un renoncement à une prérogative majeure. Le Président Obama vient de céder son siège de conducteur au Premier ministre Netanyahu dans l’affaire de l’Iran. Il serait bon qu’il reprenne le volant et qu’il se rende compte que l’Iran n’a que faire de ses grands talents d’orateur. Et qu’il se souvienne aussi de l’utile adage romain : Si vis pacem, para bellum [*].

 

Bret Stephens

 

© Wall Street Journal Online

 

[*] "Si tu veux la paix, prépare la guerre" (Note d’upjf.org).


Mis en ligne le 16 septembre 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org